{"id":41864,"date":"2003-12-29T12:18:57","date_gmt":"2003-12-29T17:18:57","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/index.php\/2020\/12\/29\/il-etait-une-fois-en-hongrie\/"},"modified":"2021-02-08T17:34:08","modified_gmt":"2021-02-08T22:34:08","slug":"il-etait-une-fois-en-hongrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2003\/12\/29\/il-etait-une-fois-en-hongrie\/","title":{"rendered":"Il \u00e9tait une fois en Hongrie"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Untitled.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-13550 alignleft\" src=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Untitled-719x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"251\" \/><\/a><\/h5>\n<h5><strong>Anthony Diao<\/strong> Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce <span style=\"color: #333333;\">journaliste<\/span> fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. Titulaire d\u2019une Ma\u00eetrise en Droit international, il \u00e9crit en fran\u00e7ais, en anglais ou en espagnol pour diff\u00e9rents supports depuis 2003 (sport, culture, soci\u00e9t\u00e9, environnement), dont le bimestriel fran\u00e7ais <strong><i>L\u2019Esprit du judo<\/i><\/strong> auquel il collabore depuis f\u00e9vrier 2006 et son n\u00b02. Auteur de reportages en immersion d\u2019Afrique du Sud en Pologne en passant par Cuba, la Russie, l\u2019Ukraine en guerre ou la Slov\u00e9nie, il a aussi \u00e9t\u00e9 le sparring et l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Ilias Iliadis lors de son premier s\u00e9minaire \u00e0 l\u2019Insep de Paris, le portraitiste au long cours de judokas anonymes comme de figures incontournables (Ezio Gamba, Jeon Ki-young, Ronaldo Veit\u00eda\u2026),\u00a0et a suivi quotidiennement de 2013 \u00e0 2016 des athl\u00e8tes comme Antoine Valois-Fortier ou Kayla Harrison dans le cadre d\u2019un feuilleton intitul\u00e9 la World Judo Academy. Sa ligne directrice\u00a0? Traiter les champions olympiques et les ceintures blanches avec un respect identique \u2013 \u00ab\u00a0<i>accorder \u00e0 chacun la m\u00eame attention que si j\u2019\u00e9crivais \u00e0 propos de mon p\u00e8re ou de ma m\u00e8re<\/i>\u00a0\u00bb. Photo \u00a9Xavier Nuer<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><u>Il \u00e9tait une fois en Hongrie<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>H\u00f4te des premiers championnats du monde senior de l\u2019olympiade menant \u00e0 Tokyo 2020, la Hongrie et son judo sont riches d\u2019une histoire complexe et tourment\u00e9e. Aper\u00e7us d\u2019un puzzle en perp\u00e9tuelle (d\u00e9)construction. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Vingt-six ans apr\u00e8s les championnats d\u2019Europe de Debrecen et quatre ans apr\u00e8s ceux sis dans la m\u00eame Laszlo Papp Sportarena, Budapest a accueilli du 28 ao\u00fbt au 3 septembre 2017 les 33es championnats du monde de judo. Une \u00e9dition plac\u00e9e sous le signe de la qu\u00eate d\u2019une 25<sup>e<\/sup> m\u00e9daille \u00e0 ce niveau pour les judokas locaux, la premi\u00e8re depuis l\u2019argent du -90kg Kriszti\u00e1n T\u00f3th en 2014 \u00e0 Chelyabinsk. Un challenge a priori \u00e0 la port\u00e9e de cette \u00e9quipe \u00e0 l\u2019effectif pl\u00e9thorique, l\u2019une des six seules avec le Japon, la France, la Mongolie, le Br\u00e9sil et la Cor\u00e9e du Sud \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019aligner le maximum de combattants autoris\u00e9s par le r\u00e8glement, \u00e0 savoir neuf chez les f\u00e9minines et autant chez les masculins. Le r\u00e9sultat final\u00a0? Trois places de 5<sup>e<\/sup> en -81, -90 et +100 kg chez les gar\u00e7ons, aucun Top 7 chez les filles. Une 25<sup>e<\/sup> place au classement des nations inversement proportionnelle au pedigree de certains athl\u00e8tes et \u00e0 la ferveur populaire observ\u00e9e dans la salle \u00e0 chaque entr\u00e9e en lice d\u2019un combattant du cru \u2013 la palme revenant \u00e0 la troisi\u00e8me matin\u00e9e de comp\u00e9tition lors de l\u2019encha\u00eenement des combats de la -57 Hedvig Karakas et du -73 Miklos Ungvari. Sur le papier, une semi-d\u00e9ception pour un pays de 13300 licenci\u00e9s r\u00e9partis en 312 \u00e9coles de judo, selon les chiffres rapport\u00e9s par la brochure officielle de la comp\u00e9tition. Dans les faits, un r\u00e9sultat \u00e0 relativiser eu \u00e9gard aux forces en pr\u00e9sence \u2013 728 combattants venus de 126 pays, dont un Japon et une Mongolie raflant \u00e0 eux seuls et avec leurs 36 combattants 18 des 56 m\u00e9dailles individuelles en jeu. Pour rappel, en 1981 et 2013, la Hongrie n\u2019avait \u00e0 chaque fois ramen\u00e9 \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb trois m\u00e9dailles de \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb championnats d\u2019Europe \u00e0 domicile.<\/p>\n<p><strong>Entit\u00e9s.<\/strong> Ces mondiaux 2017 furent aussi l\u2019occasion de voir de pr\u00e8s comment \u00e9tait structur\u00e9e l\u2019\u00e9quipe nationale hongroise. Ou plut\u00f4t\u00a0: comment sont structur\u00e9es les entit\u00e9s composant l\u2019\u00e9quipe nationale hongroise. Car s\u2019il est une chose qui frappe au fil de ces sept jours de comp\u00e9tition, c\u2019est l\u2019autonomie de fonctionnement des bin\u00f4mes entra\u00eeneurs-athl\u00e8tes qui constituent l\u2019\u00e9quipe au surv\u00eat violet et blanc et au T-shirt turquoise ou orange pastel. \u00ab\u00a0<em>Cela remonte \u00e0 quelques ann\u00e9es\u00a0<\/em>\u00bb, explique Szandra Sz\u00f6gedi, une -63kg install\u00e9e \u00e0 Londres, hongroise de naissance c\u00e9l\u00e8bre pour avoir disput\u00e9 les JO de Rio sous les couleurs du Ghana, et bien connue des internautes pour ses commentaires lors des retransmissions en streaming pour le site de l\u2019Union europ\u00e9enne de judo. \u00ab\u00a0<em>Jusqu\u2019aux Jeux d\u2019Ath\u00e8nes<\/em>, poursuit-elle, <em>l\u2019\u00e9quipe nationale s\u2019entra\u00eenait quotidiennement au Centre de Tata, \u00e0 une heure environ de Budapest<\/em>.\u00a0\u00bb L\u2019entra\u00eeneur en chef \u00e9tait alors l\u2019Allemand Ferenc N\u00e9meth. Sous sa houlette \u2013 et selon un entretien qu\u2019il accorda \u00e0 un confr\u00e8re allemand en mai 2012 -, l\u2019\u00e9quipe de Hongrie remporta \u00ab\u00a0<em>35 m\u00e9dailles europ\u00e9ennes et mondiales <\/em>\u00bb. Une r\u00e9ussite qui s\u2019accompagnait r\u00e9guli\u00e8rement de discussions houleuses avec les entra\u00eeneurs de clubs, chacun cumulant une d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s forte personnalit\u00e9 avec la ferme et constante conviction d\u2019avoir raison. Le r\u00e9sultat\u00a0? Au lendemain de JO d\u2019Ath\u00e8nes une nouvelle fois en de\u00e7\u00e0 des attentes nationales \u2013 z\u00e9ro m\u00e9daille, comme \u00e0 Atlanta et Sydney ainsi qu\u2019aux mondiaux de Chiba, Paris, Birmingham et Osaka \u2013 la F\u00e9d\u00e9ration d\u00e9cida pendant quelques mois de laisser les commandes de l\u2019\u00e9quipe nationale \u00e0 certains de ces entra\u00eeneurs de clubs. Mais les vieux clivages sont tenaces. Alors, plut\u00f4t que de laisser les cl\u00e9s d\u2019un camion aussi sensible que celui de l\u2019\u00e9quipe nationale \u00e0 un seul entra\u00eeneur en mode \u00ab\u00a0un contre tous, tous sur un\u00a0\u00bb, la F\u00e9d\u00e9ration propose alors aux clubs le deal suivant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Vous voulez avoir la main\u00a0? Alors prenez la main et faisons l\u2019essai\u00a0: vous vous formez chacun de votre c\u00f4t\u00e9 et avez pour unique imp\u00e9ratif f\u00e9d\u00e9ral de vous retrouver une fois par semaine pour un entra\u00eenement en commun avec le reste de l\u2019\u00e9quipe nationale. Soit vous r\u00e9ussissez, et \u00e0 ce moment-l\u00e0 nous continuerons sur ce mode de fonctionnement. Soit vous \u00e9chouez, et l\u00e0 c\u2019est nous qui reprendrons la direction des op\u00e9rations.\u00a0<\/em>\u00bb Douze ans, deux m\u00e9dailles olympiques, treize m\u00e9dailles mondiales et 39 m\u00e9dailles europ\u00e9ennes plus tard \u2013 dont sept, record absolu, lors de la campagne de Vienne en 2010 -, il faut croire que le syst\u00e8me fonctionne. En tout cas si la Hongrie n\u2019est pas dans le peloton de t\u00eate des nations mondiales, elle reste un pays avec qui il faut compter, et ce en d\u00e9pit de ses divisions.<\/p>\n<p><strong>Clubs.<\/strong> \u00ab\u00a0<em>Pour nous, cela permet d\u2019individualiser au maximum notre pr\u00e9paration et d\u2019organiser nos d\u00e9placements au plus pr\u00e8s de nos attentes<\/em>\u00a0\u00bb loue ainsi la -48 \u00c9va Csernoviczki, l\u2019actuel plus gros palmar\u00e8s de l\u2019\u00e9quipe avec ses dix m\u00e9dailles europ\u00e9ennes cons\u00e9cutives (s\u00e9rie en cours), sa m\u00e9daille mondiale de 2011 et son bronze olympique de Londres \u2013 remport\u00e9 sans coach puisque son p\u00e8re Csaba et sa faconde v\u00e9h\u00e9mente furent pri\u00e9s de baisser d\u2019un ton et de suivre la fin du combat pour le bronze depuis les tribunes. \u00ab\u00a0<em>Pour autant, un seul entra\u00eenement par semaine tous ensemble, c\u2019est insuffisant si nous voulons \u00e0 terme combler le foss\u00e9 qui s\u00e9pare l\u2019\u00e9lite de la base<\/em>\u00a0\u00bb, estime la d\u00e9sormais trentenaire de Tatab\u00e1nya, \u00e0 60 km \u00e0 l\u2019ouest de Budapest, elle dont le regard clair s\u2019inqui\u00e8te d\u00e9j\u00e0 pour la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019apr\u00e8s. Son club fait partie de la demi-douzaine qui constituent aujourd\u2019hui l\u2019ossature du judo hongrois. Les autres\u00a0? Il s\u2019agit des militaires du Honved de Budapest (BHSE) entra\u00een\u00e9s par P\u00e9ter Toncs et o\u00f9 \u00e9voluent ou sont pass\u00e9s notamment Bertalan Hajt\u00f3s, Anett Breitenbach (n\u00e9e M\u00e9sz\u00e1ros), Hedvig Karakas, D\u00e1niel Hadfi, Krisz\u00e1n Szabolcs ou G\u00e1bor V\u00e9r. Il s\u2019agit aussi du KSI SE Judo Szakoszt\u00e1ly\u00e1nak entra\u00een\u00e9 par G\u00e1bor P\u00e1ncz\u00e9l et d\u2019o\u00f9 sont entre autres issus Abig\u00e9l Erd\u00e9lyi-Joo et Krizsti\u00e1n T\u00f3th. Le troisi\u00e8me QG de Budapest, en nette perte de vitesse depuis quelques ann\u00e9es, est l\u2019\u00dajpesti Toma Egilet (\u00daTE) de S\u00e1ndor Ill\u00e9s, par o\u00f9 sont pass\u00e9s nombre de cadors dans un pass\u00e9 encore r\u00e9cent. Hors capitale et hors le fief Csernoviczki \u00e0 Tatabanya, le club de Paks de l\u2019incontournable L\u00e1szl\u00f3 Hangy\u00e1si, \u00e0 120 km au sud de Budapest, a notamment vu passer Barna Bor, Mikl\u00f3s Cirjenics ou L\u00e1szl\u00f3 Csoknyai mais surtout, quelques ann\u00e9es avant, Antal Kov\u00e1cs, \u00c1kos Braun et Anett Breitenbach, respectivement champion olympique, champions du monde et quadruple m\u00e9daill\u00e9e mondiale. Enfin, le club de Cegl\u00e9d, \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres au sud-est de la capitale, est le fief des insubmersibles fr\u00e8res Ungv\u00e1ri et de leur entra\u00eeneur Tam\u00e1s Bir\u00f3.<\/p>\n<p><strong>Ajustements.<\/strong> Si le judo hongrois est affaire de g\u00e9ographie, il est \u00e9galement affaire d\u2019histoire(s). En 1956, ann\u00e9e des tout premiers championnats du monde de judo, l\u2019URSS r\u00e9primait par la force un mouvement de contestation favorable aux vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendance du Premier ministre Imre Nagy. 61 ans plus tard, comme un symbole, MM. Poutine et Orb\u00e1n, ci-devant les Pr\u00e9sident russe et Premier ministre hongrois, mirent un point d\u2019honneur \u00e0 assister c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te en tribunes au premier bloc final de ces premiers championnats du monde sur le sol magyar. 1989 et la chute du Rideau de fer sont pass\u00e9s par l\u00e0. Si le chaos qui en d\u00e9coula apporta malgr\u00e9 tout son lot d\u2019heureuses surprises \u2013 le doubl\u00e9 JO-mondiaux en 1992 et 1993 d\u2019un -95kg de 20 ans, le junior Antal Kov\u00e1cs -, il charria aussi nombre d\u2019ajustements peu \u00e9vidents. \u00ab\u00a0<em>Il nous fallait travailler le matin avant l\u2019entra\u00eenement puis courir l\u2019apr\u00e8s-midi pour d\u00e9marcher les sponsors et pallier ainsi aux coupes budg\u00e9taires brutales, le gouvernement ayant alors d\u2019autres priorit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>, se rem\u00e9more P\u00e9ter Toncs, n\u00e9 en 1974 et donc de cette g\u00e9n\u00e9ration dont les meilleures ann\u00e9es furent sacrifi\u00e9es sur l\u2019autel de cette transition g\u00e9opolitique d\u00e9licate.\u00a0\u00ab\u00a0<em>Heureusement depuis 2011 le gouvernement parvient \u00e0 aider davantage les clubs pour les entra\u00eenements et les stages\u00a0<\/em>\u00bb poursuit celui qui est devenu entra\u00eeneur d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 24 ans et dont l\u2019\u00e9l\u00e8ve Hedvig Karakas confiait il y quelques ann\u00e9es son bonheur simple de pouvoir enfin \u00ab\u00a0<em>programmer un stage au Japon\u00a0<\/em>\u00bb. Et que dire de la com\u00e8te Zsusza Nagy\u00a0? Exhum\u00e9e au printemps 2017 des archives continentales \u00e0 la faveur de l\u2019av\u00e8nement \u00e0 Varsovie d\u2019une Ukrainienne de 16 ans, Daria Bilodid, dont beaucoup se demandaient si elle ne devenait pas \u00e0 cette occasion la plus jeune championne d\u2019Europe de l\u2019histoire, la r\u00e9ponse fusa de la banque de donn\u00e9es <em>Judo Inside\u00a0<\/em>: non, le record appartient depuis 1991 \u00e0 une Hongroise alors \u00e2g\u00e9e de 15 ans, \u00e0 la carri\u00e8re aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que d\u00e9sar\u00e7onnante, puisque quelques mois plus tard elle tournait d\u00e9finitivement le dos \u00e0 la discipline. \u00ab\u00a0<em>C\u2019\u00e9tait des ann\u00e9es dures\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient aujourd\u2019hui celle qui dit n\u2019avoir remis les pieds dans le monde du judo qu\u2019en int\u00e9grant l\u2019\u00e9quipe d\u2019organisation des championnats d\u2019Europe 2013 et des championnats du monde 2017. \u00ab\u00a0<em>Un an avant mon titre europ\u00e9en, le dernier champion d\u2019Europe\u00a0 du judo hongrois, L\u00e1szl\u00f3 Tolnai, avait eu en r\u00e9compense un appartement. Moi, mon titre \u00e0 Prague m\u2019a tout juste rapport\u00e9 de quoi m\u2019acheter un v\u00e9lo.\u00a0<\/em>\u00bb 7<sup>e<\/sup> deux mois plus tard aux mondiaux de Barcelone \u2013 battue par la Fran\u00e7aise Cathy Fleury, tenante du titre et future championne olympique -, la cadette de l\u2019\u00e9quipe nationale pour les JO de Barcelone vit mal, \u00e0 16 ans et en raison de son potentiel, le fait de ne pas avoir de budget pour \u00eatre accompagn\u00e9e par son entra\u00eeneur ou le sparring de son choix sur une \u00e9ch\u00e9ance aussi importante. Elimin\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment en Catalogne, elle se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re en partie en octobre en prenant la 3<sup>e<\/sup> place aux mondiaux juniors de Buenos Aires mais, somm\u00e9e de mettre de l\u2019eau dans son vin quant \u00e0 ses exigences lors d\u2019un stage de fin d\u2019ann\u00e9e, elle perd d\u00e9finitivement le go\u00fbt et en reste bient\u00f4t l\u00e0, \u00e0 17 ans, au lendemain d\u2019un ultime d\u00e9placement en Sardaigne. Encore lyc\u00e9enne, elle pr\u00e9f\u00e8rera investir son \u00e9nergie dans la cr\u00e9ation du r\u00e9seau de fitness Gilda Max puis, \u00e0 la naissance de sa fille Bogi et avec une ma\u00eetrise en Sciences en poche, prendra la t\u00eate du club de tennis de Tengerszem. Ses m\u00e9dailles de judo\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Si je devais un jour les revendre, ce ne serait pas un probl\u00e8me pour moi<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Unit\u00e9.<\/strong> Si la position enclav\u00e9e de ce territoire d\u2019Europe centrale \u2013 qui compte pas moins de sept pays frontaliers\u00a0! \u2013 et ses dures ann\u00e9es de transition post-1989 ont pu occasionner d\u2019humains r\u00e9flexes de repli sur soi, elles ont \u00e0 l\u2019inverse aussi d\u00e9bouch\u00e9 sur des parcours d\u2019excellence, acad\u00e9mique ou non, d\u00e9passant de loin le cadre du sport. Un exemple parmi d\u2019autres ? La reconversion professionnelle du premier champion du monde et seul champion olympique \u00e0 ce jour du judo hongrois, le -95kg Antal Kov\u00e1cs \u2013 \u00e9galement l\u2019un des rares -100kg de la plan\u00e8te \u00e0 avoir battu Kosei Inoue par ippon au cours des ann\u00e9es de quasi-invincibilit\u00e9 du Japonais, entre 1999 et 2003. Docteur en Economie, il cumule plusieurs postes \u00e0 responsabilit\u00e9s \u00e0 la Centrale nucl\u00e9aire de Paks, au Comit\u00e9 national olympique et \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration de judo. Autre symbole de cette ouverture\u00a0: c\u2019est sur le sol hongrois que la F\u00e9d\u00e9ration internationale de judo a ouvert, d\u00e9but 2016, son centre d\u2019entra\u00eenement de Dunavars\u00e1ny. Destin\u00e9 avant tout aux combattants issus de nations ne disposant pas des ressources ou des comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour mener \u00e0 bien leur carri\u00e8re de haut niveau, le complexe tout \u00e9quip\u00e9 est chapeaut\u00e9 notamment par Florian Velici, exp\u00e9riment\u00e9 entra\u00eeneur nagu\u00e8re du Roumain naturalis\u00e9 allemand Daniel Lascau (champion du monde 1991 des -78kg) et de l\u2019Allemand Michael Jurack (3<sup>e<\/sup> des JO 2004 en -100kg). En \u00e9change d\u2019une participation des f\u00e9d\u00e9rations nationales aux frais d\u2019inscription et de transport pour les comp\u00e9titions internationales, l\u2019h\u00e9bergement, la nourriture et l\u2019entra\u00eenement sont couverts par l\u2019IJF. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est une ambiance hyper studieuse car nous sommes \u00e0 40 minutes de Budapest, avec deux \u00e0 trois entrainements par jour d\u00e8s 6 h 30 du matin et un \u00e0 deux entra\u00eenements par semaine en commun avec l\u2019\u00e9quipe de Hongrie\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9taille Szandra Sz\u00f6gedi, qui fut une assidue des lieux dans la derni\u00e8re ligne droite de la course \u00e0 la qualification olympique et qui aura vu passer, pour quelques jours voire pour de plus longs s\u00e9jours, des s\u00e9lections nationales venues de Cor\u00e9e du Nord, de Moldavie ou de Bulgarie. Premi\u00e8re \u00e0 poser le pied dans le Centre d\u00e9but 2016 \u2013 Florian Velici \u00e9tait alors son entra\u00eeneur national \u00e0 l\u2019\u00cele Maurice -, la -52kg Christianne Legentil y aura b\u00e2ti les \u00e9tapes-cl\u00e9s de sa qualification pour les Jeux de Rio, elle qui revenait tout juste d\u2019une op\u00e9ration des crois\u00e9s et qui, surtout, avait en 2012 battu \u00e0 Londres et \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale (elle \u00e9tait encore junior) la Kosovare Kelmendi. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est une opportunit\u00e9 extraordinaire que nous donne l\u00e0 l\u2019IJF. C\u2019est dur car il y a l\u2019\u00e9loignement familial, mais \u00e0 la fin le jeu en vaut la chandelle<\/em>\u00a0\u00bb souligne celle qui termina \u00e0 nouveau 7<sup>e<\/sup> des Jeux \u00e0 Rio. La V\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne Elvismar Rodr\u00edguez, n\u00b01 mondiale des -70kg au printemps 2017, la Portoricaine Mar\u00eda P\u00e9rez, vice championne du monde de la cat\u00e9gorie le 1<sup>er<\/sup> septembre \u00e0 Budapest, ou le Palestinien Simon Yakoub, qui tint la drag\u00e9e haute au premier tour des -66kg au champion olympique Fabio Basile, figurent parmi les nombreuses individualit\u00e9s \u00e0 avoir converti leur isolement national en opportunit\u00e9 via ce centre. \u00ab\u00a0<em>Il y a environ une quarantaine de r\u00e9sidents \u00e0 Dunavars\u00e1ny<\/em>, compl\u00e8te Nicolas Messner, le directeur M\u00e9dias de l\u2019IJF. <em>Juste avant les championnats du monde, 160 athl\u00e8tes sont venus s\u2019y pr\u00e9parer, ce qui a oblig\u00e9 \u00e0 trouver des logements \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/em>\u00a0\u00bb \u00c0 d\u00e9faut d\u2019une unit\u00e9 nationale de fa\u00e7ade, la Hongrie du judo rassemble et rapproche d\u2019autres nations sur son sol. Ce n\u2019est pas le moindre de ses paradoxes. <strong>Anthony Diao<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. 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