{"id":41992,"date":"2009-12-29T12:20:38","date_gmt":"2009-12-29T17:20:38","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/index.php\/2020\/12\/29\/double-nationalite-lailleurs-en-soi\/"},"modified":"2021-02-08T17:19:43","modified_gmt":"2021-02-08T22:19:43","slug":"double-nationalite-lailleurs-en-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2009\/12\/29\/double-nationalite-lailleurs-en-soi\/","title":{"rendered":"Double nationalit\u00e9 \u2013 L\u2019ailleurs en soi"},"content":{"rendered":"<p><strong><u><a href=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Double-nationalit\u00e9-\u2013-L\u2019ailleurs-en-soi.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16005 alignleft\" src=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Double-nationalit\u00e9-\u2013-L\u2019ailleurs-en-soi.jpg\" alt=\"\" width=\"343\" height=\"343\" \/><\/a>Double nationalit\u00e9 \u2013 L\u2019ailleurs en soi<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Quel que soit le bout par lequel elle est abord\u00e9e, la th\u00e9matique de la double nationalit\u00e9 g\u00e9n\u00e8re un puits sans fond de grilles de lecture et de questionnements. Enqu\u00eate sur un enjeu du judo contemporain.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0, si j\u2019avais fait une m\u00e9daille, je serais mont\u00e9 sur le podium avec mes deux drapeaux, l\u2019uruguayen et le fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb <\/em>(Alvaro Paseyro, judoka form\u00e9 en France, 5<sup>e<\/sup> en -81 kg aux JO de Sydney sous les couleurs de l\u2019Uruguay, cit\u00e9 par <em>L\u2019Esprit du judo<\/em> n\u00b034, octobre-novembre 2011)<\/p>\n<p>C\u2019est peu de dire que la question divise. Est-ce une affaire de droits\u00a0? Celui de saisir toutes les opportunit\u00e9s l\u00e9gales pour aller au bout d\u2019une qu\u00eate \u00e0 la fois sportive et personnelle, voire intime ? Est-ce une affaire de devoirs \u2013 celui de la loyaut\u00e9 du combattant envers la patrie qui l\u2019a form\u00e9 ? Ou, comme le laissent entendre entre les lignes les plus mystiques d\u2019entre les concern\u00e9s, de \u00ab\u00a0<em>destin<\/em>\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0<em>chapitre qui reste \u00e0 \u00e9crire\u00a0<\/em>\u00bb ou de vie \u00ab\u00a0<em>choisie<\/em>\u00a0\u00bb plut\u00f4t que \u00ab\u00a0<em>subie<\/em>\u00a0\u00bb, en tous les cas \u00ab\u00a0<em>trop courte pour \u00eatre petite\u00a0<\/em>\u00bb ? Dans le haut niveau, vaut-il mieux se contenter d\u2019ajouter des ann\u00e9es \u00e0 sa vie ou, au contraire, essayer de mettre de la vie \u00e0 ses ann\u00e9es\u00a0? Le sujet est complexe, \u00e0 tiroirs. Comme chaque carrefour de l\u2019existence, il rel\u00e8ve autant de l\u2019histoire que de la g\u00e9ographie, et fait appel \u00e0 des notions de sciences non seulement humaines mais aussi \u00e9conomiques voire politiques.<\/p>\n<p><strong>Contexte. <\/strong>De loin en loin, nous autres m\u00e9dias nous faisons l\u2019\u00e9cho des grandes man\u0153uvres du moment. Pour prendre l\u2019exemple du tennis, autre sport-individuel-qui-n\u00e9cessite-des-partenaires, les cycles de naturalisation ont longtemps co\u00efncid\u00e9 avec un contexte g\u00e9opolitique. Ainsi, du temps de l\u2019Apartheid, c\u2019est sous les couleurs de l\u2019Oncle Sam que, sur le circuit international, les serveurs-volleyeurs sud-africains des <em>eighties<\/em> Johan Kriek et Kevin Curren pass\u00e8rent de chenilles \u00e0 papillons. De la m\u00eame mani\u00e8re, en ces ann\u00e9es de Guerre froide et de Rideau de fer, l\u2019Eldorado occidental avait \u00e9galement s\u00e9duit les multi-titr\u00e9s tch\u00e9coslovaques Hana Mandlikova, Martina Navratilova et Ivan Lendl, devenus respectivement ressortissante australienne pour la premi\u00e8re et citoyens am\u00e9ricains pour ses deux ex-compatriotes, apr\u00e8s moults p\u00e9ritp\u00e9ties et sacrifices affectifs \u2013 lire \u00e0 cet \u00e9gard les pages poignantes consacr\u00e9es au retour \u00e0 Prague, onze ans apr\u00e8s son douloureux aller sans retour pour l\u2019Ouest, de la gauch\u00e8re aux 18 titres individuels du Grand Chelem, lors d\u2019un week-end de Fed Cup opposant en 1986 sa Tch\u00e9coslovaquie natale \u00e0 ses Etats-Unis d\u2019adoption, dans l\u2019essai <em>Les rivales\u00a0: Chris Evert contre Martina Navratilova, des duels \u00e9piques et une extraordinaire amiti\u00e9<\/em>, par Johnette Howard, 2005. Plus r\u00e9cemment, le passage sous pavillon kazakhstanais de la Bulgare Karatantcheva et des Russes Korolev, Kukushkin et Golubev ob\u00e9it, lui, \u00e0 une dynamique collective diff\u00e9rente, faisant autant les affaires de joueurs en attente de perspectives nouvelles que d\u2019un Etat jeune souhaitant investir dans des <em>role models<\/em> sur un march\u00e9 porteur d\u2019avenir.<\/p>\n<p><strong>Pandore.<\/strong> En judo, la culture de la baston et la densit\u00e9 au kilom\u00e8tre carr\u00e9 des combattants caucasiens furent longtemps deux des explications avanc\u00e9es par les analystes pour justifier le retour r\u00e9current de cette question de la double nationalit\u00e9. La fin de l\u2019URSS et de son repr\u00e9sentant unique par cat\u00e9gories, au d\u00e9triment de toutes les m\u00e9dailles qu\u2019auraient pu potentiellement remporter les combattants de plusieurs des r\u00e9publiques composant alors l\u2019Union sovi\u00e9tique\u00a0? Loin de r\u00e9soudre la question, le Big Bang administratif et constitutionnel des ann\u00e9es 1989 \u00e0 1992 agit plut\u00f4t comme une bo\u00eete de Pandore. Des ic\u00f4nes grecque et ukrainienne Ilias Iliadis et Georgii Zantaraia, tous deux n\u00e9s en G\u00e9orgie,\u00a0\u00e0 Huseyin Ozkan ou Selim Tataroglu, Tch\u00e9tch\u00e8nes de naissance puis respectivement champion olympique des -66 kg \u00e0 Sydney et quadruple m\u00e9daill\u00e9 mondial des lourds sur la m\u00eame p\u00e9riode sous les couleurs turques, la vague est l\u00e0. R\u00e9guli\u00e8re, cyclique et mue par des int\u00e9r\u00eats de plus en plus crois\u00e9s, m\u00e9lange d\u2019odyss\u00e9es individuelles donc, mais aussi d\u2019Iliades \u00e9tatiques qui ne disent pas toujours leur nom. En jeu, le rayonnement par le sport, \u00e0 l\u2019image ces derni\u00e8res ann\u00e9es des m\u00e9daill\u00e9s olympique et mondiaux \u00e9miratis Sergiu Toma, Victor Scvortov ou Ivan Remarenco\u00a0: en raison du faible soutien logistique et financier de leur f\u00e9d\u00e9ration d\u2019origine, ces trois Moldaves furent longtemps surnomm\u00e9s les \u00ab\u00a0<em>Sans dojo fixe\u00a0<\/em>\u00bb par leurs partenaires et h\u00f4tes successifs tout autour du globe, avant d\u2019\u00eatre recrut\u00e9s pour porter l\u2019\u00e9cusson des \u00c9mirats Arabes Unis et de faire retentir, pour les deux premiers nomm\u00e9s, l\u2019hymne de leur nouveau pays, notamment \u00e0 \u00ab\u00a0domicile\u00a0\u00bb lors du Grand Chelem d\u2019Abou Dhabi\u00a02013.<\/p>\n<p><strong>Ultra-concurrence.<\/strong> Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il y a aussi eu le passage du N\u00e9erlandais Elco van der Geest vers la Belgique, celui de la Cubaine Yahima Ramirez vers le Portugal, de deux -70 kg des Pays-Bas vers la G\u00e9orgie (Esther Stam) et Isra\u00ebl (Linda Bolder), celui de la Flamande Rosseneu ou de la Br\u00e9silienne Kamikawa vers Isra\u00ebl \u00e9galement, ou de\u2026 l\u2019Isra\u00e9lienne Schlesinger vers la Grande-Bretagne. En France \u2013 pays dont Angelo Parisi, tout premier champion olympique de l\u2019Histoire du judo tricolore, est n\u00e9 en Italie et fut huit ans plus t\u00f4t m\u00e9daill\u00e9 olympique pour l\u2019Angleterre -, le bimestriel <em>L\u2019Esprit du judo<\/em> avait consacr\u00e9 notamment depuis 2011 plusieurs articles \u00e0 cette th\u00e9matique foisonnante, \u00e0 travers les cas par exemple de combattants de bon voire de tr\u00e8s bon niveau national, confront\u00e9s \u00e0 l\u2019ultra-concurrence alors en vigueur dans certaines cat\u00e9gories et partis d\u00e9fendre les couleurs du pays de l\u2019un voire de leurs deux parents, comme Alvaro Pasayro (Uruguay) mais aussi, en \u00e9cho au pass\u00e9 de l\u2019ancien empire colonial fran\u00e7ais, Rizlen Zouak et Asma Niang (Maroc), S\u00e9verine Nebie (Burkina Faso), Mustapha Boulemia (Alg\u00e9rie) ou Baye Diawara (S\u00e9n\u00e9gal).<\/p>\n<p><strong>Tokyo.<\/strong> R\u00e9cemment, le d\u00e9but de la course \u00e0 l\u2019armement dans la perspective de l\u2019\u00e9preuve par \u00e9quipes mixtes aux prochains Jeux olympiques de Tokyo semble avoir remis une pi\u00e8ce dans le juke-box. D\u00e9but 2017, deux combattantes mongoles ainsi que l\u2019Ukrainienne Kindzerska, vainqueur quelques semaines plus t\u00f4t du Grand Prix de D\u00fcsseldorf en +78 kg, officialisaient leur passage sous les couleurs de l\u2019Azerba\u00efdjan. \u00c0 l\u2019automne, c\u2019est le -90 kg slov\u00e8ne Mihael Zgank, encore aur\u00e9ol\u00e9 de sa m\u00e9daille d\u2019argent aux championnats du monde de Budapest, qui annon\u00e7ait avoir enclench\u00e9 la proc\u00e9dure pour combattre pour la Turquie, un pays qui sait se montrer correct voire large avec les pays formateurs de ses nouveaux athl\u00e8tes en leur offrant notamment les meilleures conditions d\u2019h\u00e9bergement lors des \u00e9preuves ou stages organis\u00e9s sur son sol. Ainsi, dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, la Turquie avait d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0recrut\u00e9\u00a0\u00bb ces derni\u00e8res ann\u00e9es la Fran\u00e7aise Ketty Math\u00e9, devenue Kayra Sayit, ou le G\u00e9orgien Betkil Shukvani, devenu Bekir Ozlu. D\u00e9but 2018, c\u2019est un autre Turc de 25 ans, inconnu au bataillon sous son patronyme de Vedat Albayrak, qui \u00e9tonne en claquant trois finales de Grands Prix cons\u00e9cutives pour deux titres \u00e0 Agadir puis Antalya. Vedat Albayrak\u00a0? Un rapide tour sur la Bible <em>JudoInside<\/em> remettait les pendules \u00e0 l\u2019heure\u00a0: il s\u2019agit en fait de l\u2019ancien Grec Roman Moustopoulos, champion d\u2019Europe des -23 ans en 2014 et lui-m\u00eame\u2026 n\u00e9 g\u00e9orgien sous le nom de Vano Revazishvili\u00a0! Toujours en ce printemps 2018, le -73 kg Ferdinand Karapetian, un Arm\u00e9nien de 25 ans, vice champion de Russie en 2014, satellisait le champion olympique italien Basile en demi-finale du Grand Chelem d\u2019Ekaterinbourg, puis offrait un mois plus tard \u00e0 sa nouvelle patrie le second titre europ\u00e9en de son histoire, treize ans apr\u00e8s le premier. Quasiment au m\u00eame moment, trois Mongols de tout premier plan \u2013 l\u2019ancien n\u00b01 mondial des -66 kg Tumurkhuleg Davaadorj, le -81 Dagvasuren Nyamsuren, 3<sup>e<\/sup> en d\u00e9cembre 2017 au Grand Chelem de Tokyo, et le +100kg Temuulen Battulga, porte-drapeau de la Mongolie aux JO de Rio (!) \u2013 rejoignaient \u00e0 leur tour les \u00c9mirats Arabes Unis. De leur c\u00f4t\u00e9, le Fran\u00e7ais Mewen Ferey Mondesir et l\u2019Autrichien Marko Bubanja faisaient, eux, encore mieux\u00a0: apr\u00e8s quelques mois d\u2019une exp\u00e9rience non concluante de double nationalit\u00e9 (en Alg\u00e9rie pour le premier, au Montenegro pour le second), les deux -90 kg sont revenus \u00e0 la case d\u00e9part et aspirent de nouveau \u00e0 d\u00e9fendre les couleurs de leur\u2026 premi\u00e8re nation\u00a0! Quant au Canada, Catherine Beauchemin-Pinard, la tauli\u00e8re des -57 kg sur l\u2019olympiade pr\u00e9c\u00e9dente, a sans doute eu le nez creux en montant en -63 kg apr\u00e8s les Jeux de Rio. Son ancienne cat\u00e9gorie est pass\u00e9e depuis sous la coupe de deux de ses jeunes co\u00e9quipi\u00e8res, et pas les moindres\u00a0: Jessica Klimkait, 3<sup>e<\/sup> aux championnats panam\u00e9ricains 2018 (elle s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e en 2017) puis 2<sup>e<\/sup> au Grand Prix de Chine, a en effet les deux fois \u00e9t\u00e9 battue par sa \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb compatriote Christa Deguchi, n\u00e9e, form\u00e9e et r\u00e9sidant l\u2019essentiel de son temps au Japon, double m\u00e9daill\u00e9e mondiale junior pour son ancienne patrie et d\u00e9sormais d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 aller \u00ab\u00a0<em>le plus haut possible<\/em>\u00a0\u00bb sous les couleurs du pays de son p\u00e8re, apr\u00e8s avoir patient\u00e9 trois ann\u00e9es comme le veut le r\u00e8glement international.<\/p>\n<p><strong>Cadre.<\/strong> En effet. A priori gagnant-gagnant pour les int\u00e9ress\u00e9s, le processus n\u2019est cependant pas sans faire grincer quelques dents du c\u00f4t\u00e9 des tenants de la m\u00e9ritocratie, du droit du sol et du droit du sang, a fortiori au sein d\u2019un microcosme aussi concurrentiel que peut l\u2019\u00eatre la famille du judo dans certains pays, o\u00f9 la fronti\u00e8re reste en outre parfois fine entre patriotisme et nationalisme. Or qui dit grincements de dents dit n\u00e9cessit\u00e9 de poser un cadre pour bordurer en amont toute d\u00e9rive ou exc\u00e8s. Que disent les textes officiels en la mati\u00e8re\u00a0? Selon la Section 1, point 9 du R\u00e8glement sportif de la F\u00e9d\u00e9ration internationale de judo, dans sa derni\u00e8re mouture dat\u00e9e du 19 mars 2017, \u00ab\u00a0<em>si un comp\u00e9titeur a plusieurs nationalit\u00e9s, il ne pourra combattre que pour un pays. Un comp\u00e9titeur qui a repr\u00e9sent\u00e9 un pays aux Jeux olympiques, aux Championnats du monde, dans des jeux ou championnats continentaux ou r\u00e9gionaux, ou dans des tournois organis\u00e9s par la FIJ ou sous son \u00e9gide, et qui a chang\u00e9 sa nationalit\u00e9 ou acquis une nouvelle nationalit\u00e9 peut participer sous les couleurs de son nouveau pays \u00e0 condition que trois ann\u00e9es au moins se soient \u00e9coul\u00e9es depuis la derni\u00e8re fois qu\u2019il a repr\u00e9sent\u00e9 son ancien pays. Si les deux f\u00e9d\u00e9rations nationales concern\u00e9es sont d\u2019accord, elles peuvent demander \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration internationale de judo de raccourcir la p\u00e9riode de trois ans, voire supprimer la dur\u00e9e (voir la r\u00e9gle n\u00b041 et 41 bis de la Charte olympique).<\/em><\/p>\n<p><em>Par ailleurs, la FIJ ne peut raccourcir la p\u00e9riode de trois ans sans l\u2019accord \u00e9crit des deux f\u00e9d\u00e9rations nationales concern\u00e9es (\u2026)<\/em>\u00a0\u00bb S\u2019ensuivent quatre paragraphes relatifs aux formalit\u00e9s \u00e0 remplir pour raccourcir ce fameux d\u00e9lai triennal.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9dommagement.<\/strong> Sorte d\u2019indemnit\u00e9 en nature ou de compensation morale en temps, destin\u00e9e \u00e0 garantir le pays formateur des cons\u00e9quences du changement de nationalit\u00e9 dans un sport amateur qui ne pr\u00e9voit pas (officiellement) de contreparties financi\u00e8res en d\u00e9dommagement de ce transfert, le d\u00e9lai triennal est donc au c\u0153ur des discussions entre les parties. Pour en mesurer les tenants et les aboutissants, rien ne vaut trois cas concrets. Nous avons choisi deux t\u00e9moins ayant le recul des ann\u00e9es (l\u2019Hungaro-australienne M\u00e1ria P\u00e9kli et le Franco-canadien Alister Ward) et une autre qui, en cette ann\u00e9e de ses 36 ans, l\u2019a aussi \u00e0 sa mani\u00e8re, tout en \u00e9tant encore la t\u00eate dans le guidon\u00a0: la Germano-panam\u00e9enne Miryam Roper-Yearwood.<\/p>\n<p><strong><u>M\u00e1ria P\u00e9kli \u2013 Trois ans en arri\u00e8re, une vie en avant<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00c0 24 ans, l\u2019ancienne Hongroise n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 sacrifier trois des plus belles ann\u00e9es de sa jeunesse pour suivre le chemin qui \u00e9tait le sien. Un choix dont, deux d\u00e9cennies plus tard, elle se f\u00e9licite chaque jour.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Issue du JC Baja \u00e0 200 km au sud de Budapest, l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Laszlo Andrassy a 24 ans, deux JO et trois championnats du monde derri\u00e8re elle lorsque, ce 12 octobre 1996, elle remporte son sixi\u00e8me et dernier titre de championne de Hongrie senior, le quatri\u00e8me cons\u00e9cutif. Elle qui se classait cinq mois plus t\u00f4t vice championne d\u2019Europe des -56 kg ne le sait pas encore, mais elle devra attendre exactement 1104 jours et l\u2019US Open de Colorado Springs en octobre 1999 avant de fouler \u00e0 nouveau le tapis d\u2019une comp\u00e9tition internationale. La raison\u00a0? Son choix de quitter la Hongrie pour l\u2019Australie, patrie natale de son compagnon d\u2019alors. Faute d\u2019accord avec son club d\u2019origine, elle doit s\u2019acquitter int\u00e9gralement de la r\u00e8gle des trois ann\u00e9es en retrait du circuit international. Dur, dur, d\u2019autant que les ann\u00e9es entre 24 et 27 ans sont statistiquement celles o\u00f9 les athl\u00e8tes entrent dans la fleur de l\u2019\u00e2ge et de la performance \u2013 ainsi que, dans un autre registre, le boxeur et objecteur de conscience Mohammed Ali en fit lui aussi en son temps l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience, sur fond de guerre du Vietnam et de lutte pour les droits civiques&#8230; Une frustration que M\u00e1ria tente vaille que vaille de contrebalancer en continuant \u00e0 s\u2019entra\u00eener et en s\u2019alignant sur les rares comp\u00e9titions organis\u00e9es sur le territoire du pays-continent \u2013 elle remportera un Open et trois titres nationaux sur la p\u00e9riode. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai toujours voulu revenir. J\u2019ai donc fait en sorte de me tenir pr\u00eate pour le jour o\u00f9 je recevrai ma citoyennet\u00e9 australienne.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Fiert\u00e9.<\/strong> Apr\u00e8s une reprise en douceur sur le continent nord-am\u00e9ricain puis aux championnats d\u2019Oc\u00e9anie, ce n\u2019est qu\u2019en mars 2000 qu\u2019elle foule \u00e0 nouveau les tatamis europ\u00e9ens. \u00ab\u00a0<em>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 les filles se souvenaient de moi, de l\u2019autre elles avaient quelque peu oubli\u00e9 mon style. Ce d\u00e9calage de perception m\u2019a sans doute valu un effet de surprise et quelques belles victoires.<\/em>\u00a0\u00bb Il reste alors six mois avant les Jeux de Sydney. Boost\u00e9e par un compliment du maquignon slov\u00e8ne Marjan Fabjan, pourtant avare en la mati\u00e8re mais qui, apr\u00e8s l\u2019avoir vu malmener ses prot\u00e9g\u00e9es au cours d\u2019un stage, lui glisse entre deux portes qu\u2019il la sent bien \u00ab\u00a0<em>finir sur le podium \u00e0 Sydney\u00a0<\/em>\u00bb, la d\u00e9sormais -57 kg enquille deux finales \u00e0 Rome puis Rotterdam puis \u2013 divine r\u00e9compense pour ses ann\u00e9es de patience \u2013 le bronze olympique le 18 septembre \u00e0 Sydney. \u00ab\u00a0<em>Je souhaite \u00e0 tout le monde de conna\u00eetre un jour la magie absolue que constitue une m\u00e9daille olympique \u00e0 domicile.<\/em>\u00a0\u00bb Sa plus belle fiert\u00e9 \u00e0 ce jour\u00a0? Non, paradoxalement. Celle-ci interviendra en effet huit ans plus tard, \u00e0 P\u00e9kin. Demi-finaliste puis finalement 5<sup>e<\/sup> de ses cinqui\u00e8mes et derniers JO, elle ne retient que du positif de cette sortie de sc\u00e8ne face \u00e0 la Br\u00e9silienne Quadros, de quinze ans sa cadette : \u00ab\u00a0<em>J\u2019avais 36 ans, j\u2019\u00e9tais maman, avais \u00e9t\u00e9 5<sup>e<\/sup> aux championnats du monde pour la Hongrie en 1993 puis pour l\u2019Australie en 2003, je jonglais entre l\u2019entra\u00eenement, le travail et ma maison \u00e0 faire tourner, et voir que j\u2019\u00e9tais encore dans le coup face \u00e0 des filles qui avaient presque la moiti\u00e9 de mon \u00e2ge, \u00e7a signifiait \u00e9norm\u00e9ment pour moi.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Marches.<\/strong> Dix ans ont pass\u00e9 depuis cet ultime baroud d\u2019honneur. Lorsqu\u2019elle regarde dans le r\u00e9troviseur, la d\u00e9sormais directrice technique de la F\u00e9d\u00e9ration australienne n\u2019a aujourd\u2019hui aucun regret, retenant les marches franchies plut\u00f4t que les ann\u00e9es perdues. \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019aurais jamais eu la vie et la famille que j\u2019ai aujourd\u2019hui si je n\u2019avais pas fait ce choix en 1996. Ma m\u00e9daille \u00e0 Sydney a eu un \u00e9norme impact pour un sport qui reste encore minoritaire en Australie, et je vois aujourd\u2019hui nos cadets commencer \u00e0 s\u2019illustrer \u00e0 l\u2019international. Je sais le prix de ces m\u00e9dailles et savoure d\u2019autant plus cette progression que nous la r\u00e9alisons avec une aide gouvernementale des plus r\u00e9duites.<\/em>\u00a0\u00bb Sa Hongrie natale\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Toute ma famille y vit. Depuis la mort de ma m\u00e8re il y a quelques mois, je suis l\u2019a\u00een\u00e9e de ceux qui restent. Je m\u2019y rends d\u00e8s que possible ainsi que dans mon ancien club. J\u2019y envoie m\u00eame de jeunes athl\u00e8tes car je n\u2019oublie pas que c\u2019est l\u00e0-bas que, pour moi, tout a commenc\u00e9.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>Alister Ward \u2013 Retour et investissement<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Fran\u00e7ais jusqu\u2019en 2011, puis canadien jusqu\u2019en 2014, puis \u00e0 nouveau fran\u00e7ais depuis, coup d\u2019\u0153il sur le parcours d\u2019un -66 kg \u00e0 la trajectoire peu banale.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pass\u00e9 par le sport-\u00e9tudes de Bordeaux et m\u00e9daill\u00e9 aux championnats de France cadets et juniors, Alister Ward a 20 ans \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2011 lorsque, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un stage pr\u00e9paratoire pour les championnats du monde de Paris, l\u2019opportunit\u00e9 se pr\u00e9sente \u00e0 lui de rejoindre les rangs de l\u2019\u00e9quipe canadienne. Le projet fait sens pour le -66 kg form\u00e9 \u00e0 l\u2019UJ du Bassin d\u2019Arcachon Sud dans le sud-ouest de la France. Natif de Montr\u00e9al o\u00f9 il vit les premiers mois de sa vie avant d\u2019arriver en France, il est \u00ab\u00a0<em>en CE2\u00a0<\/em>\u00bb lorsque ses parents se s\u00e9parent et que son guitariste de p\u00e8re d\u00e9cide de retraverser l\u2019Atlantique pour s\u2019\u00e9tablir bient\u00f4t \u00e0 Nashville, Tennessee, et aller au bout de sa vocation de jazzman.<\/p>\n<p><strong>\u00c9mulation.<\/strong> Les deux f\u00e9d\u00e9rations n\u2019y mettant pas de v\u00e9to, les premi\u00e8res s\u00e9lections arrivent presqu\u2019imm\u00e9diatement. En comp\u00e9tition, l\u2019exp\u00e9rience canadienne d\u2019Alister d\u00e9butera en octobre 2011 lors de l\u2019European Cup de Boras en Su\u00e8de et prendra fin en f\u00e9vrier 2014, apr\u00e8s une victoire de prestige au premier tour du Grand Chelem de Paris face \u00e0 Kilian Le Blouch, futur titulaire fran\u00e7ais aux JO de Rio. Entre ces deux dates, celui qui continue alors \u00e0 s\u2019entra\u00eener r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019Institut du judo de Paris aura pu go\u00fbter \u00e0 une dizaine de tournois internationaux, une opportunit\u00e9 qu\u2019il n\u2019aurait sans doute pas eue dans de telles proportions s\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 dans le giron hexagonal, les portes de la cat\u00e9gorie \u00e9tant alors verrouill\u00e9es \u00e0 triple tour par le trio Larose-Dragin-Korval. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u2019autant mieux accueilli dans l\u2019\u00e9quipe du Canada que je n\u2019\u00e9tais pas per\u00e7u comme un rival mais plut\u00f4t comme ce que je pourrais appeler un \u2018partenaire en progression\u2019. Je ne prenais la place de personne et n\u2019ai donc rencontr\u00e9 que de la bienveillance et une saine \u00e9mulation\u00a0<\/em>\u00bb. Lorsque, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2013, Nicolas Gill \u00e9voque avec lui la possibilit\u00e9 qu\u2019il vienne s\u2019installer \u00e0 Montr\u00e9al, Alister r\u00e9fl\u00e9chit puis d\u00e9cline poliment. \u00ab\u00a0<em>J\u2019avais 22 ans et la conscience que je devais, \u00e0 ce moment de mon parcours, privil\u00e9gier mes \u00e9tudes en Education physique. Il devenait important que je puisse commencer \u00e0 gagner ma vie. Nous en sommes donc rest\u00e9s l\u00e0, en excellents termes qui plus est car j\u2019ai vraiment eu affaire \u00e0 des personnes bien, pos\u00e9es, qui comprenaient les enjeux du haut niveau et de tout ce qu\u2019il y a autour.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>D\u00e9placement.<\/strong> Mais ce qu\u2019Alister retient surtout de cette parenth\u00e8se unifoli\u00e9e, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s une douzaine d\u2019ann\u00e9es de communication <em>a minima<\/em> par le biais des r\u00e9seaux sociaux, elle lui aura permis de se rapprocher de son p\u00e8re, et pas seulement g\u00e9ographiquement. \u00ab\u00a0<em>Le 5 juillet 2012, je me suis class\u00e9 3<sup>e<\/sup> aux championnats du Canada \u00e0 Toronto. Mais ce dont je me souviens le plus de cette journ\u00e9e et des deux semaines sur place qui ont suivi, c\u2019est que j\u2019ai revu mes fr\u00e8res et s\u0153urs install\u00e9s l\u00e0-bas, et surtout que notre p\u00e8re a fait le d\u00e9placement depuis Nashville pour nous voir.<\/em>\u00a0\u00bb D\u00e9sormais pompier de m\u00e9tier et champion de France universitaire puis militaire (5<sup>e<\/sup> aux mondiaux militaires en 2016), Alister Ward a go\u00fbt\u00e9 en novembre 2017 aux joies d\u2019un premier podium national senior, \u00e0 26 ans, en battant pour le bronze l\u2019exp\u00e9riment\u00e9 Sofiane Milous, ancien champion d\u2019Europe et 5<sup>e<\/sup> aux JO de Londres dans la cat\u00e9gorie inf\u00e9rieure. Bien dans ses pompes et prenant d\u00e9sormais \u00ab\u00a0<em>chaque moment de judo comme un moment avec les copains\u00a0<\/em>\u00bb, cette m\u00e9daille obtenue sous les couleurs des Arts Martiaux d\u2019Asni\u00e8res n\u2019est pourtant pas le souvenir n\u00b01 qu\u2019il conservera de cette ann\u00e9e-l\u00e0. Cinq mois plus t\u00f4t, en mai 2017, Alister s\u2019est en effet mari\u00e9. La c\u00e9r\u00e9monie eut lieu du c\u00f4t\u00e9 de Voisins-le-Bretonneux, dans les Yvelines. Au premier rang des invit\u00e9s, son p\u00e8re et le reste de sa famille d\u2019outre-Atlantique. \u00ab\u00a0<em>Mon exp\u00e9rience canadienne fut br\u00e8ve, mais elle est all\u00e9e bien au del\u00e0 du judo\u00a0<\/em>\u00bb commente-t-il sobrement.<\/p>\n<p><strong><u>Miryam Roper-Yearwood \u2013 Capitaine de son \u00e2me<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Parce qu\u2019elle estimait qu\u2019elle seule \u00e9tait en droit de d\u00e9cider du jour o\u00f9 elle arr\u00eaterait, l\u2019ex-trentenaire allemande vit depuis 2017 une seconde jeunesse sous les couleurs du Panama.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Automne 2016. Quelques semaines apr\u00e8s les JO de Rio o\u00f9, comme \u00e0 Londres en 2012, elle s\u2019inclina d\u2019entr\u00e9e et pour la dixi\u00e8me fois en autant de confrontations face \u00e0 sa Nemesis, la Br\u00e9silienne Rafaela Silva (championne olympique \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e ce 8 ao\u00fbt), l\u2019Allemande Miryam Roper s\u2019accorde six semaines de break dont un long <em>road trip<\/em> en France pour tirer le bilan des sept ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler. Titulaire \u00e0 29 ans de ses tous premiers championnats du monde \u2013 en 2011 \u00e0 Paris, o\u00f9 elle d\u00e9buta par un plaquage fracassant sur la Portugaise Monteiro, finaliste des trois derni\u00e8res \u00e9ditions, ne s\u2019inclinant ensuite qu\u2019en place de trois face \u00e0 la Japonaise Matsumoto, championne du monde en titre et championne olympique onze mois plus tard -, cette polyglotte fille d\u2019ing\u00e9nieurs a su prendre sa chance dans une cat\u00e9gorie longtemps phagocyt\u00e9e par Yvonne Boenisch, championne olympique 2004 et double finaliste mondiale. N\u00b01 mondiale \u00e0 l\u2019automne 2013, triple m\u00e9daill\u00e9e europ\u00e9enne en 2012, 2014 et 2015, celle qui conserve pr\u00e9cieusement accroch\u00e9e \u00e0 la poign\u00e9e de la porte de la chambre de son appartement de Cologne sa lourde m\u00e9daille de bronze obtenue aux mondiaux de Rio en 2013, a d\u00e9sormais 34 ans. Repartir pour un cycle olympique\u00a0? L\u2019\u00e9tudiante en litt\u00e9rature compar\u00e9e fran\u00e7aise et espagnole ne se projette pas si loin. En revanche, aller chercher une ultime m\u00e9daille mondiale lui semble dans ses cordes, quand bien m\u00eame elle sait qu\u2019elle est \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019une des doyennes du circuit. \u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e2ge, c\u2019est dans la t\u00eate\u00a0<\/em>\u00bb r\u00e9p\u00e9tait 25 ans plus t\u00f4t le sprinteur britannique Linford Christie, champion tardif comme celle qui partagea longtemps ses semaines entre ses trois s\u00e9ances hebdomadaires en club et de multiples jobs alimentaires (agence de pub, bar, caf\u00e9, boulangerie, glacier\u2026).<\/p>\n<p><strong>Appel.<\/strong> Automne 2016, donc. \u00ab\u00a0Mimi\u00a0\u00bb re\u00e7oit un appel de Claudiu Pusa, le nouvel entra\u00eeneur-chef de la Mannshaft. Comme d\u2019autres de sa g\u00e9n\u00e9ration, elle comprend que ses jours en s\u00e9lection nationale sont \u00e0 pr\u00e9sent compt\u00e9s. En 2020 elle aura 38 ans et, m\u00eame si sa carri\u00e8re n\u2019a d\u00e9coll\u00e9 que tardivement, le nouveau staff pr\u00e9f\u00e8re miser sur des athl\u00e8tes plus jeunes. Choqu\u00e9e par la forme autant que par le fond de cette d\u00e9cision, la combattante d\u00e9cide que non, \u00ab\u00a0<em>c\u2019est sur le tapis que se d\u00e9cide la fin d\u2019une carri\u00e8re, pas par t\u00e9l\u00e9phone<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>\u00c9l\u00e9gance.<\/strong> L\u2019alternative\u00a0? Elle l\u2019a dans le sang. En 2014, un voyage \u00e0 Panama lui avait permis de renouer avec la famille de son p\u00e8re, perdue de vue depuis trop longtemps. C\u2019est l\u00e0, \u00e0 9000 km de Cologne, dans cette \u00e9troite lande d\u2019Am\u00e9rique centrale, que son oncle lui a un jour pos\u00e9 la question qui allait changer sa vie\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Et pourquoi ne d\u00e9fendrais-tu pas un jour les couleurs de Panama\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb Elle y pense de plus en plus s\u00e9rieusement en d\u00e9cembre 2016 lorsque, en Tch\u00e9tch\u00e9nie, elle remporte la Golden League avec ses amies autrichiennes du Samurai de Vienne, battant symboliquement en finale sa jeune compatriote Theresa Stoll. En f\u00e9vrier 2017, au moment d\u2019un Grand Prix de D\u00fcsseldorf dont elle fut longtemps l\u2019une des t\u00eates d\u2019affiche mais qu\u2019elle se contenta cette fois de regarder des tribunes, Miryam prend attache avec Estela Riley, la pr\u00e9sidente de la F\u00e9d\u00e9ration panam\u00e9enne. Heureuse surprise\u00a0: la F\u00e9d\u00e9ration allemande a l\u2019\u00e9l\u00e9gance de ne pas faire obstacle au transfert. \u00ab\u00a0<em>En trois semaines l\u2019affaire \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9e\u00a0<\/em>\u00bb. Dans sa t\u00eate, Miryam vient soudain de rajeunir de dix ans. Elle sait que le challenge sera relev\u00e9, mais aussi que la dimension familiale de l\u2019aventure va la transcender.<\/p>\n<p><strong>Opportunit\u00e9.<\/strong> Comme Ilias Iliadis en son temps, elle fait alors l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019immense cha\u00eene de solidarit\u00e9 de la plan\u00e8te judo \u00e0 l\u2019\u00e9gard des loups solitaires dans son genre. Les fr\u00e8res Lambert \u00e0 Cologne, son p\u00e8re spirituel Michael Bazynski aux Pays-Bas, ses amis Sugoi Uriarte et Laura Gomez en Espagne, Javier Guedes au Panama\u00a0: le monde se r\u00e9v\u00e8le un immense dojo, \u00e0 elle de s\u2019organiser pour picorer les ingr\u00e9dients du succ\u00e8s. \u00ab\u00a0<em>La libert\u00e9 est une opportunit\u00e9 mais aussi une responsabilit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb r\u00e9sume-t-elle. \u00ab\u00a0<em>Je ne sais pas vivre au pass\u00e9. La vie, c\u2019est aujourd\u2019hui et maintenant.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong>Famille.<\/strong> Comme un symbole, sa toute premi\u00e8re comp\u00e9tition sous ses nouvelles couleurs a lieu \u00e0\u2026 Panama. Sous les encouragements chaleureux de sa famille, en d\u00e9pit des nouvelles r\u00e8gles et d\u2019un manque de rep\u00e8res d\u00fb \u00e0 sa longue coupure, et apr\u00e8s avoir d\u00e9fini avec son entra\u00eeneur v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien les mots-cl\u00e9s en espagnol qu\u2019elle avait besoin d\u2019entendre au fil des combats, elle se classe 5<sup>e<\/sup> de ses premiers championnats panam\u00e9ricains, battue par la Canadienne Klimkait puis par l\u2019Am\u00e9ricaine Malloy &#8211; la cat\u00e9gorie des -57 kg \u00e9tant l\u2019une des plus denses du continent. Quelques semaines plus tard, coup de tonnerre. D\u00e9sormais soutenue financi\u00e8rement par l\u2019IJF, elle r\u00e9alise un improbable doubl\u00e9\u00a0: or au Grand Chelem de Russie, argent au Grand Prix du Mexique. Dans sa poche, un bout de papier sur lequelle elle a \u00e9crit en espagnol \u00ab\u00a0<em>La pression est une perte d\u2019\u00e9nergie. Tout ce dont j\u2019ai besoin, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 en moi.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Inspiration.<\/strong> 5<sup>e<\/sup> aux championnats du monde 2017, 3<sup>e<\/sup> aux championnats panam\u00e9ricains en 2018, r\u00e9guli\u00e8rement m\u00e9daill\u00e9e en tournois, elle est \u00e0 35 ans pass\u00e9s peu \u00e0 peu devenue \u00ab\u00a0<em>l\u2019autre fille de [son] oncle<\/em>\u00a0\u00bb, multiplie les op\u00e9rations de relations publiques et prend \u00e0 c\u0153ur son r\u00f4le de \u00ab\u00a0<em>source d\u2019inspiration pour les femmes d\u2019Am\u00e9rique centrale\u00a0<\/em>\u00bb. Toujours bas\u00e9e en Allemagne, elle n\u2019oublie pas que son destin aurait pu \u00eatre autre et, malgr\u00e9 les in\u00e9vitables difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la distance, se f\u00e9licite chaque matin d\u2019en avoir d\u00e9cid\u00e9 autrement. \u00ab\u00a0<em>Je ne cherche pas \u00e0 revivre le pass\u00e9 car ces jours-l\u00e0 sont derri\u00e8re moi. Chaque nouveau jour est une nouvelle opportunit\u00e9. Je veux en savourer chaque seconde et en faire de nouveaux souvenirs. Mon histoire, c\u2019est moi qui l\u2019\u00e9cris &#8211; et personne d\u2019autre.\u00a0<\/em>\u00bb S\u2019il fallait r\u00e9sumer la th\u00e9matique de la double nationalit\u00e9 en une phrase, ce serait celle-ci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Double nationalit\u00e9 \u2013 L\u2019ailleurs en soi Quel que soit le bout par lequel elle est abord\u00e9e, la th\u00e9matique de la double nationalit\u00e9 g\u00e9n\u00e8re un puits sans<span class=\"excerpt-hellip\"> [\u2026]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41992"}],"collection":[{"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41992"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41992\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}