{"id":42088,"date":"2013-12-29T12:22:12","date_gmt":"2013-12-29T17:22:12","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/index.php\/2020\/12\/29\/montreal-vue-de-france\/"},"modified":"2021-02-08T17:01:26","modified_gmt":"2021-02-08T22:01:26","slug":"montreal-vue-de-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2013\/12\/29\/montreal-vue-de-france\/","title":{"rendered":"Montr\u00e9al vue de France"},"content":{"rendered":"<h5><strong><a href=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Diao.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-18302 alignleft\" src=\"https:\/\/www.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Diao.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"220\" \/><\/a>Anthony Diao<\/strong>\u00a0Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce\u00a0journaliste\u00a0fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. Titulaire d\u2019une Ma\u00eetrise en Droit international, il \u00e9crit en fran\u00e7ais, en anglais ou en espagnol pour diff\u00e9rents supports depuis 2003 (sport, culture, soci\u00e9t\u00e9, environnement), dont le bimestriel fran\u00e7ais\u00a0<strong><i>L\u2019Esprit du judo<\/i><\/strong>\u00a0auquel il collabore depuis f\u00e9vrier 2006 et son n\u00b02. Auteur de reportages en immersion d\u2019Afrique du Sud en Pologne en passant par Cuba, la Russie, l\u2019Ukraine en guerre ou la Slov\u00e9nie, il a aussi \u00e9t\u00e9 le sparring et l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Ilias Iliadis lors de son premier s\u00e9minaire \u00e0 l\u2019Insep de Paris, le portraitiste au long cours de judokas anonymes comme de figures incontournables (Ezio Gamba, Jeon Ki-young, Ronaldo Veit\u00eda\u2026),\u00a0et a suivi quotidiennement de 2013 \u00e0 2016 des athl\u00e8tes comme Antoine Valois-Fortier ou Kayla Harrison dans le cadre d\u2019un feuilleton intitul\u00e9 la World Judo Academy. Sa ligne directrice\u00a0? Traiter les champions olympiques et les ceintures blanches avec un respect identique \u2013 \u00ab\u00a0<i>accorder \u00e0 chacun la m\u00eame attention que si j\u2019\u00e9crivais \u00e0 propos de mon p\u00e8re ou de ma m\u00e8re<\/i>\u00a0\u00bb. Photo \u00a9Xavier Nuer<\/h5>\n<p><strong><em>\u00c0 quelques jours du d\u00e9but du Grand Prix du Canada (du 5 au 7 juillet 2019), il nous a paru int\u00e9ressant de demander \u00e0 des judokas fran\u00e7ais quel regard ils portaient sur la lente mais constante mont\u00e9e en puissance du judo canadien.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><u>Montr\u00e9al 1976 &#8211; L\u2019apparition sur la carte<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9quipe de France pose le pied sur le sol montr\u00e9alais \u00e0 quelques jours du coup d\u2019envoi des Jeux de la XXIe olympiade de l\u2019\u00e8re moderne, il y a bien plus qu\u2019un oc\u00e9an qui s\u00e9pare l\u2019armada tricolore de son h\u00f4te d\u2019un \u00e9t\u00e9. \u00c0 eux cinq, les s\u00e9lectionn\u00e9s Yves Delvingt (-63 kg), Patrick Vial (-70 kg), Jean-Paul Coche (-80 kg), Jean-Luc Roug\u00e9 (-93 kg et Open) et R\u00e9mi Berthet (+93 kg) ont tous entre 23 et 29 ans et p\u00e8sent, \u00e0 cet instant de leurs carri\u00e8res respectives, douze m\u00e9dailles olympique, mondiales ou continentales. Un ratio consid\u00e9rable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du grand g\u00e2teau plan\u00e9taire, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le Japon et l\u2019URSS en particulier ne laissent que peu de joncaille \u00e0 la concurrence. En face, l\u2019\u00e9quipe unifoli\u00e9e \u2013 uniquement masculine elle aussi, les f\u00e9minines n\u2019\u00e9tant int\u00e9gr\u00e9es en sport de d\u00e9monstration qu\u2019en 1988 puis pour de bon en 1992 -, para\u00eet bien tendre. Brad Farrow (-63 kg), Wayne Erdman (-70 kg), Rainer Fischer (-80 kg), Joe Meli (-93 kg) et le regrett\u00e9 Tom Greenway (Open, et qui deviendra par la suite le premier Canadien de l\u2019Histoire \u00e0 battre un judoka japonais) ont respectivement 20, 24, 26, 19 et 20 ans. \u00c0 l\u2019\u00e9chelon national, leurs principaux faits d\u2019armes\u00a0paraissent bien l\u00e9gers en comparaison de ceux de leur glorieux a\u00een\u00e9, le lourd Doug Rogers, 2<sup>e<\/sup> aux JO 1964, 5<sup>e<\/sup> en 1972 et 3<sup>e<\/sup> des championnats du monde 1965. La g\u00e9n\u00e9ration 76\u00a0? Elle compte en tout et pour tout trois m\u00e9dailles aux Jeux panam\u00e9ricains de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, deux autres en championnats panam\u00e9ricains et une septi\u00e8me place aux derniers championnats du monde de Vienne pour le \u00ab\u00a0doyen\u00a0\u00bb, Wayne Erdman.<\/p>\n<p><strong>De v\u00e9ritables aventuriers.<\/strong> \u00ab\u00a0<em>En fait jusqu\u2019ici les Canadiens nous les croisions surtout au Japon\u00a0\u00bb<\/em>, rembobine quatre d\u00e9cennies plus tard R\u00e9mi Berthet depuis son spartiate bureau du dernier \u00e9tage du Club du Rh\u00f4ne, dans les locaux mythiques de la rue de l\u2019\u00c9p\u00e9e \u00e0 Lyon. V\u00e9ritable \u00e9cole de \u00ab\u00a0<em>darwinisme social\u00a0<\/em>\u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Michel Brousse, le pays du Soleil levant repr\u00e9sente, \u00e0 l\u2019\u00e9poque comme aujourd\u2019hui, l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga pour qui entend d\u00e9passer l\u2019\u00e9loge de la participation si ch\u00e8re au baron de Coubertin. \u00ab\u00a0<em>Comme nous \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec le Racing Club de France, ils partaient longtemps et souvent seuls. C\u2019\u00e9tait de v\u00e9ritables aventuriers m\u00eame si, du fait sans doute de leur \u00e9loignement g\u00e9ographique, les r\u00e9sultats tardaient \u00e0 venir.\u00a0<\/em>\u00bb Une d\u00e9couverte quasi mutuelle, donc, entre un pays et une discipline. \u00ab\u00a0<em>Bien avant le judo et les JO, le Canada pour moi, c\u2019\u00e9tait d\u2019abord le Nouveau monde, le pays des grands espaces\u00a0<\/em>\u00bb, confirme Patrick Vial.<\/p>\n<p><strong>Baume au c\u0153ur.<\/strong> En 1975, le titre mondial de Jean-Luc Roug\u00e9 a galvanis\u00e9 l\u2019Occident en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019\u00e9quipe de France en particulier. Et pourtant les acquis d\u2019une ann\u00e9e ne sont pas ceux de la suivante. Le bronze de Patrick Vial ce 29 juillet-l\u00e0 sera finalement le meilleur r\u00e9sultat et de la carri\u00e8re du judoka de Maisons-Alfort, et des cinq engag\u00e9s fran\u00e7ais. Un authentique baume au c\u0153ur pour les ambitieux tricolores au milieu d\u2019une semaine mal embouch\u00e9e avec les d\u00e9faites bien plus t\u00f4t que redout\u00e9es des trois premiers engag\u00e9s, le champion du monde Jean-Luc Roug\u00e9 en t\u00eate. Pour son bapt\u00eame du feu sur cette partie du globe qu\u2019il ach\u00e8vera de d\u00e9couvrir par un tour dans les Laurentides, l\u2019expert \u00e8s-yoko tomoe nage se souvient surtout d\u2019une ambiance \u00ab\u00a0<em>\u00e9tonnante, avec ce tatami au milieu d\u2019un v\u00e9lodrome et ce village olympique excentr\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Fin de l\u2019innocence.<\/strong> Pour R\u00e9mi Berthet, Montr\u00e9al 1976 arrivera \u00e0 jamais apr\u00e8s Munich 1972, o\u00f9 le +93 kg \u00e9tait rempla\u00e7ant mais dont l\u2019organisation carr\u00e9e, le Village olympique en plein centre-ville et la F\u00eate de la bi\u00e8re qui s\u2019ensuivit ont laiss\u00e9 un souvenir ind\u00e9passable bien que terni pour toujours par la tragique prise d\u2019otages d\u2019athl\u00e8tes et d\u2019entra\u00eeneurs isra\u00e9liens op\u00e9r\u00e9e par le commando palestinien Septembre Noir. \u00ab\u00a0<em>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 la fin de l\u2019innocence et de l\u2019insouciance olympiques. Derri\u00e8re, tout est devenu plus s\u00e9curitaire et, quatre ans plus tard, Montr\u00e9al n\u2019a eu d\u2019autre choix que de s\u2019inscrire dans cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0.\u00a0<\/em>\u00bb Quelle ne fut pas la surprise d\u2019ailleurs du clan fran\u00e7ais lorsque, \u00e0 peine arriv\u00e9s sur site, ils virent presque sous leurs yeux seize puis vingt-deux des pays africains faire leurs valises. \u00c0 l\u2019exception du S\u00e9n\u00e9gal et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, tous entendaient ainsi marquer leur d\u00e9saccord profond avec la participation de la Nouvelle-Z\u00e9lande, coupable d\u2019avoir continu\u00e9 \u00e0 disputer des matches de rugby avec l\u2019Afrique du Sud s\u00e9gr\u00e9gationniste du r\u00e9gime d\u2019Apartheid&#8230;<\/p>\n<p><strong>Der des ders.<\/strong> Pour Jean-Paul Coche, le souvenir de cet \u00e9t\u00e9 1976 restera cuisant. \u00c0 29 ans, le tout frais m\u00e9daill\u00e9 mondial, triple champion d\u2019Europe et unique rescap\u00e9 des trois \u00ab\u00a0bronz\u00e9s\u00a0\u00bb fran\u00e7ais des Jeux pr\u00e9c\u00e9dents, arrive au Canada convaincu d\u2019une chose\u00a0: le triple champion du monde nippon Shozo Fujii absent, Montr\u00e9al sera \u00ab\u00a0<em>[son] apoth\u00e9ose\u00a0<\/em>\u00bb. En chambre, ses uchi-komi nocturnes avec les draps de son lit (<em>sic<\/em>) rendent pourtant d\u00e9j\u00e0 nerveux son camarade Berthet, \u00e9limin\u00e9 d\u2019entr\u00e9e par un Hongrois le premier jour et en pleine r\u00e9flexion depuis quant au futur plut\u00f4t anxiog\u00e8ne que la retraite sportive ouvre soudain devant lui\u2026 Pour Jean-Paul Coche aussi, cette campagne-l\u00e0 sera la der des ders. Un 28 juillet de cauchemar, au lendemain de l\u2019\u00e9chec pr\u00e9matur\u00e9 du leader Jean-Luc Roug\u00e9. Le Marseillais doit s\u2019incliner contre Fred Marhenke, un Allemand de l\u2019Ouest qu\u2019il avait jusqu\u2019ici \u00ab\u00a0<em>toujours domin\u00e9, et domin\u00e9 tout ce combat-l\u00e0 en plus\u00a0<\/em>\u00bb. Sa seule consolante\u00a0: avoir retrouv\u00e9 \u00e0 cette occasion des amis de son \u00e9pouse, une C\u00e9venole mari\u00e9e \u00e0 un Canadien. Le couple les emm\u00e8nera se balader et se changer les id\u00e9es. \u00ab\u00a0<em>Leur chaleur m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 \u00e9vacuer m\u00eame si, plus de quarante ans apr\u00e8s, il m\u2019arrive encore de me r\u00e9veiller en pensant \u00e0 cette journ\u00e9e de juillet \u00e0 Montr\u00e9al. Ce jour o\u00f9 tout aurait d\u00fb \u00eatre diff\u00e9rent&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>De Nicolas Gill \u00e0 Antoine Valois-Fortier\u00a0&#8211; Le temps des loups solitaires <\/u><\/strong><\/p>\n<p>Pendant les trois d\u00e9cennies qui vont suivre, et hormis le bronze obtenu aux JO de Los Angeles par le +95 kg Mark Berger, le judo canadien vu de France va essentiellement rimer avec un nom\u00a0: Nicolas Gill. En l\u2019espace de quatre JO et six championnats du monde, le combattant form\u00e9 par Hiroshi Nakamura ach\u00e8vera sa carri\u00e8re avec deux m\u00e9dailles olympiques et trois m\u00e9dailles mondiales en -86 puis en -100 kg. En 2004 \u00e0 Ath\u00e8nes, pour son ultime sortie \u00e0 32 ans, il sera m\u00eame le porte-drapeau de sa d\u00e9l\u00e9gation\u2026 Huit ans apr\u00e8s sa retraite d\u2019athl\u00e8te et sept apr\u00e8s et sa reconversion en entra\u00eeneur puis en directeur de la Haute performance, Nicolas aura la fiert\u00e9 d\u2019\u00e9treindre un de ses \u00e9l\u00e8ves en larmes au bord d\u2019un tatami olympique. Antoine Valois-Fortier, l\u2019\u00e9l\u00e8ve en question, va en effet incarner le passage de t\u00e9moin entre deux g\u00e9n\u00e9rations, un fameux 31 juillet 2012 \u00e0 l\u2019ExCeL Arena de Londres.<\/p>\n<p><strong>D\u2019ouvrier en architecte.<\/strong> Du d\u00e9sormais big boss du judo canadien, intronis\u00e9 au <em>Hall of Fame<\/em> de l\u2019IJF en 2018, qu\u2019\u00e9crire d\u2019ailleurs qui ne l\u2019ait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dans <em>L\u2019homme aux mille mouvements<\/em>, l\u2019ouvrage que Claude Gagnon lui consacra en 2017\u00a0? Au fil des pages, l\u2019auteur raconte la mue progressive du champion, pass\u00e9 symboliquement d\u2019ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 des tatamis en architecte dot\u00e9 d\u2019une vision claire et f\u00e9d\u00e9ratrice de ce qui est bon selon lui pour l\u2019avenir du judo canadien. \u00ab\u00a0<em>En cette m\u00eame p\u00e9riode couvrant les ann\u00e9es glorieuses entre les Jeux de Barcelone et ceux d\u2019Atlanta<\/em>, pouvons-nous lire page 64 de l\u2019ouvrage, <em>il d\u00e9cide alors de se transformer en cet ap\u00f4tre du judo dans son pays. Il comprend que les enjeux d\u00e9passent les surfaces de combat, qu\u2019ils se jouent dans les bureaux et chez les marchands. Pour mettre toutes les chances de son c\u00f4t\u00e9 entre une comp\u00e9tition et une visite scolaire, il entreprend des \u00e9tudes universitaires en gestion. \u00c9tudes qu\u2019il poursuivra avec brio et qui lui permettront d\u2019arriver peut-\u00eatre jusqu\u2019aux officines o\u00f9 se prennent les d\u00e9cisions politiques, et aux foires des march\u00e9s.\u00a0<\/em>\u00bb Pour financer sa carri\u00e8re, Nicolas Gill sera l\u2019un des piliers ces ann\u00e9es-l\u00e0 de la section judo du Paris Saint-Germain des champions olympiques fran\u00e7ais David Douillet et Djamel Bouras, ainsi que le raconte un autre champion olympique, Thierry Rey, alors pr\u00e9sident du club, dans <em>Sept vies<\/em>, son autobiographie parue \u00e0 l\u2019automne 2018. Une opportunit\u00e9 en or pour l\u2019autodidacte de mettre du beurre dans les \u00e9pinards mais aussi de capitaliser sur ces semaines pass\u00e9es en Europe pour s\u2019entra\u00eener au contact de la cr\u00e8me du Vieux continent.<\/p>\n<p><strong>Prise de confiance.<\/strong> C\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin, la triple championne du monde et championne olympique Lucie D\u00e9cosse reste la mieux plac\u00e9e pour t\u00e9moigner de progressive prise de confiance en elles des combattantes canadiennes. Le d\u00e9but de carri\u00e8re de la Fran\u00e7aise\u00a0? C\u2019est celui d\u2019un boulet de canon. Championne du monde junior en 2000, vainqueur du tournoi de Paris 2001 et championne d\u2019Europe senior 2002. En 2004 \u00e0 Ath\u00e8nes, ses o-uchi gari ken-ken et l\u2019autorit\u00e9 de sa posture de gauch\u00e8re en font, \u00e0 23 ans, l\u2019une des favorites de la cat\u00e9gorie des -63 kg aux JO. Son pire adversaire\u00a0? Une nonchalance qu\u2019elle mettra du temps \u00e0 assumer mais \u00e0 laquelle elle consacrera le courageux chapitre IV de son autobiographie <em>Je suis rest\u00e9e debout<\/em>, parue en 2015. En Gr\u00e8ce, cet attentisme l\u00e9tal lui vaudra un premier \u00e9chec dans le tableau principal face \u00e0 l\u2019Argentine Krukower, championne du monde en titre. Quelques minutes plus tard, c\u2019est Marie-H\u00e9l\u00e8ne Chisholm qui la privera en rep\u00eachages de ce premier podium plan\u00e9taire que son potentiel lui promet depuis si longtemps. Marie-H\u00e9l\u00e8ne Chisholm\u00a0? Une Canadienne de deux ans son a\u00een\u00e9e, descendue des -70 kg en d\u00e9but de saison, et dont le plus haut fait d\u2019arme dans sa nouvelle cat\u00e9gorie se r\u00e9sume alors \u00e0 une victoire \u00e0 l\u2019Open de Belgique pendant l\u2019hiver et une troisi\u00e8me place aux championnats panam\u00e9ricains au printemps. \u00ab\u00a0<em>Elle \u00e9tait tr\u00e8s forte au sol alors que c\u2019\u00e9tait mon point faible. Je ne l\u2019avais jamais prise avant alors qu\u2019elle, visiblement, avait travaill\u00e9 sur moi.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>La drag\u00e9e haute.<\/strong> Cette rigueur tactique est une constante des retours des athl\u00e8tes fran\u00e7ais de ces ann\u00e9es-l\u00e0 \u00e0 propos de la lente mais s\u00fbre affirmation des judokas canadiens, pass\u00e9s en ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle de quasi-<em>nobodies<\/em> \u00e0 \u00e9pouvantails en puissance. \u00c0 Londres, en 2012, c\u2019est une autre Canadienne qui faillit \u00e0 nouveau faire tourner bourrique l\u2019archi-favorite fran\u00e7aise. Vice-championne olympique quatre ans plus t\u00f4t \u00e0 P\u00e9kin, double championne du monde en titre, Lucie D\u00e9cosse <em>doit<\/em> gagner. Et pourtant d\u2019entr\u00e9e voici que Kelita Zupancic, 22 ans, quatre m\u00e9dailles continentales dont un titre, lui tient la drag\u00e9e haute. Le round d\u2019observation \u2013 et donc finalement de doute, pour une athl\u00e8te r\u00e9put\u00e9e aussi exp\u00e9ditive \u2013 s\u2019\u00e9tire sur 4\u201930 avant qu\u2019un o-soto-gari ne renvoie l\u2019imp\u00e9trante \u00e0 ses ch\u00e8res \u00e9tudes. \u00ab\u00a0<em>L\u2019amusant<\/em>, relativise avec le recul la d\u00e9sormais entra\u00eeneur de l\u2019\u00e9quipe de France f\u00e9minines, <em>c\u2019est que nos parents se sont crois\u00e9s le matin dans le m\u00e9tro de Londres, avec des T-shirts \u00e0 nos effigies respectives\u00a0! Sur le tapis, j\u2019avais une strat\u00e9gie claire mais je me m\u00e9fiais \u00e0 double titre\u00a0: et de ma difficult\u00e9 \u00e0 parfois entrer dans les comp\u00e9titions, et de sa confiance sans doute boost\u00e9e par la m\u00e9daille de son compatriote Valois-Fortier la veille.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong>Antoine Valois-Fortier.<\/strong> \u00c2g\u00e9 aujourd\u2019hui de 29 ans, le h\u00e9ros de 2012 commentait \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019un humble et presque scolaire \u00ab\u00a0<em>j\u2019ai bien fait mes devoirs sur eux<\/em>\u00a0\u00bb sa formidable \u00e9pop\u00e9e londonienne lui ayant permis d\u2019\u00e9carter des pointures comme l\u2019Azerba\u00efdjanais Mammadli (champion olympique en titre dans la cat\u00e9gorie inf\u00e9rieure), le double m\u00e9daill\u00e9 mondial et chouchou du public britannique Euan Burton ou, en fin de journ\u00e9e, son grand rival continental l\u2019Am\u00e9ricain Travis Stevens, contre qui il restait sur quatre d\u00e9faites d\u2019affil\u00e9e\u2026 Oppos\u00e9 \u00e0 lui dans plusieurs combats couperets de l\u2019olympiade suivante (demie des mondiaux 2014 remport\u00e9e par le Canadien, demie des mondiaux 2015 remport\u00e9e par le Fran\u00e7ais, premier tour des JO 2016 remport\u00e9 par le Qu\u00e9becois), le Fran\u00e7ais Lo\u00efc Pietri souligne, derri\u00e8re cette \u00e9paisseur tactique, l\u2019empreinte d\u2019une \u00ab <em>programmation intelligente, adapt\u00e9e et coh\u00e9rente, avec une vraie continuit\u00e9 et des sorties r\u00e9guli\u00e8res<\/em>\u00a0\u00bb. Pour lui, \u00ab\u00a0AVF\u00a0\u00bb est devenu \u00ab\u00a0<em>l\u2019un des rares du circuit \u00e0 savoir fermer la boutique pour g\u00e9rer un shido d\u2019avance\u00a0<\/em>\u00bb et, m\u00eame si les r\u00e8gles incitent davantage d\u00e9sormais \u00e0 faire tomber, \u00ab\u00a0<em>saura faire ce qu\u2019il faut pour s\u2019adapter\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><strong><u>G\u00e9n\u00e9ration Klimkait-Deguchi \u2013 Naissance d\u2019une nation\u00a0? <\/u><\/strong><\/p>\n<p>Et puis quelque chose a pass\u00e9. Petit \u00e0 petit, Montr\u00e9al est devenu aux yeux des judokas fran\u00e7ais autre chose qu\u2019une chanson de Robert Charlebois, le QG des Cowboys Fringants ou l\u2019\u00e9crin de quelques uns des plus m\u00e9connus romans de Bernard Clavel. \u00c0 la constance de m\u00e9tronome d\u2019Antoine Valois-Fortier et aux \u00e9clairs de Kyle Reyes sur l\u2019olympiade pr\u00e9c\u00e9dente sont peu \u00e0 peu venus s\u2019ajouter d\u2019autres patronymes, de plus en plus r\u00e9guliers et de plus en plus nombreux. Week-end apr\u00e8s week-end, les noms de Kelita Zupancic, de Catherine Beauchemin-Pinard, d\u2019Arthur Margelidon, d\u2019Antoine Bouchard ou de Shady El Nahas sont revenus de plus en plus souvent sur les l\u00e8vres des speakers des blocs finaux. Depuis d\u00e9but 2018, l\u2019intense rivalit\u00e9 entre Christa Deguchi et Jessica Klimkait a soudain teint de rouge et de blanc l\u2019\u00e9picentre d\u2019une cat\u00e9gorie des -57 kg traditionnellement trust\u00e9e par les Asiatiques. \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ai pas souvenir d\u2019avoir combattu des Canadiennes pendant mes ann\u00e9es junior<\/em>, essaie de se rem\u00e9morer la Fran\u00e7aise H\u00e9l\u00e8ne Receveaux, m\u00e9daill\u00e9e mondiale de la cat\u00e9gorie en 2017. <em>En revanche, pour mes premiers championnats du monde seniors en 2015 \u00e0 Astana, c\u2019est Catherine Beauchemin-Pinard qui me sort. Depuis, elle est mont\u00e9e en -63 kg et les deux autres ont pris le commandement. Pour avoir eu les deux dans les mains en stage ou en tournoi, je suis convaincue que leur rivalit\u00e9 booste l\u2019\u00e9quipe. J\u2019ai moi-m\u00eame connu \u00e7a dans la course aux derniers JO avec Automne Pavia, qui a d\u00fb remporter un nouveau titre europ\u00e9en dans la derni\u00e8re ligne droite pour assurer sa place \u00e0 Rio<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Plus fort avec les autres.<\/strong> Parmi les observateurs attentifs de cette mont\u00e9e en puissance, les mieux plac\u00e9s sont encore ceux qui se sont rendus sur place. Nous avions d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 dans un billet pr\u00e9c\u00e9dent la courte mais positive exp\u00e9rience du -66 kg <a href=\"https:\/\/www.judocanada.org\/fr\/double-nationalite-lailleurs-en-soi\/\">Alister Ward<\/a>. Son point de vue est corrobor\u00e9 par son ami Mewen Ferey Mond\u00e9sir qui, du haut de ses 26 ans, a d\u00e9j\u00e0 combattu sous les couleurs de la France et de l\u2019Alg\u00e9rie avant de stabiliser un niveau Premi\u00e8re division depuis son retour en 2016 sous le giron tricolore. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pass\u00e9 trois semaines au Centre national de Montr\u00e9al \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Alister y \u00e9tait. C\u2019est beau de voir une dynamique se mettre en place. Pour ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration, le judo canadien se r\u00e9sumait \u00e0 Nicolas Gill et Antoine Valois-Fortier. Aujourd\u2019hui tu as les -73, les -100, les jeunes qui arrivent\u2026 Moi, qu\u2019est-ce que j\u2019ai vu l\u00e0-bas\u00a0? J\u2019ai vu une \u00e9quipe qui accueille avec le sourire les partenaires \u00e9trangers. Une \u00e9quipe o\u00f9 les crit\u00e8res de s\u00e9lection sont clairs, o\u00f9 l\u2019arithm\u00e9tique pr\u00e9vaut sur l\u2019affectif. Une \u00e9quipe o\u00f9 la comp\u00e9tence va se rechercher l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve. Si c\u2019est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ce sera \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le staff est canadien, polonais, portugais, exp\u00e9riment\u00e9, jeune\u2026 En bref, tu \u00e9volues dans une atmosph\u00e8re o\u00f9, clairement, c\u2019est avec les autres que tu peux devenir plus fort.\u00a0<\/em>\u00bb M\u00eame son de cloche du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Antoine Lamour, -90 kg Premi\u00e8re division de Sainte-Genevi\u00e8ve Sports, venu au Centre d\u2019entra\u00eenement de Montr\u00e9al en ao\u00fbt 2018 avec son compatriote Maxime Flament. \u00ab\u00a0<em>Dans la perspective de nos \u00e9ch\u00e9ances de l\u2019automne, nous cherchions un stage \u00e0 l\u2019\u00e9tranger dans une nation que nous ne connaissions ni l\u2019un ni l\u2019autre. Perso, je sortais d\u2019une op\u00e9ration du genou et j\u2019avais besoin de prendre l\u2019air. C\u2019est Kate Guica qui, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 deux saisons chez nous \u00e0 Sainte-Genevi\u00e8ve, nous avait donn\u00e9 les coordonn\u00e9es de Nicolas Gill. \u00c0 notre grand \u00e9tonnement du fait de notre statut l\u00e9g\u00e8rement en de\u00e7\u00e0 de ce qu\u2019ils pouvaient escompter venant d\u2019un pays comme la France, ils ont tous \u00e9t\u00e9 incroyables de simplicit\u00e9. H\u00e9bergement, infrastructures, ils ont tout fait pour nous mettre \u00e0 l\u2019aise. Avant m\u00eame notre arriv\u00e9e, nous avions re\u00e7u le programme, et tout le reste s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 comme \u00e7a. L\u2019esprit du judo tel que tu te l\u2019imagines, je l\u2019ai vraiment senti l\u00e0-bas.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une exp\u00e9rience r\u00e9g\u00e9n\u00e9rante\u00a0?<\/strong> S\u2019il y en a un qui est bien plac\u00e9 pour raconter les effets \u00ab\u00a0cure thermale\u00a0\u00bb de Montr\u00e9al depuis le temps qu\u2019il baigne dans le judo, c\u2019est bien Nicolas Brisson. Arriv\u00e9 avec femme et enfants \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2018 par \u00ab\u00a0<em>projet de vie et<\/em> <em>go\u00fbt du changement<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019ancien titulaire de l\u2019\u00e9quipe de France aux championnats du monde de Rotterdam en a profit\u00e9 pour retrouver un cousin pr\u00e9parateur physique de l\u2019\u00e9quipe canadienne de judo. Les affinit\u00e9s \u00e9lectives lui font \u00e9galement vite croiser la route de Nicolas Gill, qui fut un temps le co\u00e9quipier au PSG Judo de Thierry Dibert, son entra\u00eeneur durant de longues ann\u00e9es \u00e0 l\u2019ACBB, ainsi que celle d\u2019Alexandre \u00c9mond, un ancien adversaire retrait\u00e9 depuis 2013. \u00ab\u00a0<em>En fait c\u2019est comme une grande famille. Les installations sont top et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Institut national du sport est simple, \u00e9vident, facile. \u00c0 37 ans, avec le v\u00e9cu que j\u2019ai dans les mains, il me semble \u00eatre en mesure de repr\u00e9senter le type de partenaires rugueux dont les mecs ont besoin\u00a0pour progresser. En fait j\u2019ai retrouv\u00e9 des approches avec lesquelles je suis fondamentalement en phase\u00a0: en un, r\u00e9fl\u00e9chir pour performer et en deux, bosser, bosser, bosser. Moi qui ai quitt\u00e9 le France en me disant que j\u2019aurais pu faire tellement plus, ici je me dis qu\u2019il ne tient qu\u2019\u00e0 moi. Du coup je me suis repris au jeu alors que j\u2019avais annonc\u00e9 que les France 2017 seraient mes derniers. \u00c0 l\u2019automne dernier je me suis align\u00e9 aux championnats de France o\u00f9, certes je me suis bless\u00e9 au bras et pas qu\u2019un peu, mais o\u00f9 je me suis class\u00e9 cinqui\u00e8me.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><strong>Le mot de la fin\u00a0?<\/strong> Professeur au Butokuden Dojo de Saint-Pierre-et-Miquelon pendant la saison 2017-2018, aujourd\u2019hui \u00e0 Tahiti apr\u00e8s avoir jadis roul\u00e9 sa bosse en Guadeloupe, au Vietnam ou au Qatar, le globe-trotter fran\u00e7ais Alexandre Paysan fut, de par la situation g\u00e9ographique de son archipel (Montr\u00e9al est \u00e0 2 h 45 de vol), \u00e0 la fois proche et plein de recul sur les carrefours de d\u00e9veloppement qui s\u2019ouvrent aujourd\u2019hui devant le judo canadien. \u00ab\u00a0<em>Je suis all\u00e9 trois fois en comp\u00e9tition sur le continent avec mes \u00e9l\u00e8ves. Premier constat\u00a0: la taille-m\u00eame du pays fait qu\u2019il est difficile pour les combattants de se rendre \u00e0 tous les tournois. Rien que pour nous c\u2019\u00e9tait au minimum un trajet en avion puis huit heures de voiture. Minimum\u00a0! Et c\u2019est pareil pour les Canadiens qui arrivent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du pays\u00a0! Apr\u00e8s, <\/em><em>ces comp\u00e9titions offrent un niveau d\u2019organisation extraordinaire. D\u00e9j\u00e0, elles sont payantes. La pes\u00e9e a lieu la veille, les horaires sont respect\u00e9s le jour du tournoi. La salle est chauff\u00e9e, tr\u00e8s propre. Tous les gens (organisateurs, b\u00e9n\u00e9voles, arbitres) sont au service des judokas. Ils sont sympathiques, calmes. Comme il n\u2019y a pas beaucoup de judokas, ils autorisent les regroupements de cat\u00e9gories, font tout pour que les pr\u00e9sents fassent le maximum de combats\u2026 Ensuite les vid\u00e9os de ces combats &#8211; qui sont, pour te situer, l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un niveau d\u00e9partemental ou r\u00e9gional en France -, sont retransmises en streaming en direct sur Internet\u00a0! Les arbitres ont des oreillettes\u2026 Bref, d\u00e8s le plus petit niveau, l\u2019organisation est de haut niveau\u00a0! La F\u00e9d\u00e9ration canadienne met en place un centre d\u2019entra\u00eenement national, organise des certifications de professeurs, donne des conseils pour le d\u00e9veloppement du judo sur un site Internet extraordinaire. Ce dynamisme donne presqu\u2019un coup de vieux \u00e0 une f\u00e9d\u00e9ration comme la n\u00f4tre\u00a0! Maintenant tout l\u2019enjeu du judo canadien, pour moi, sera de rester sur cette pente ascendante pendant longtemps et ne pas s\u2019essouffler sur la dur\u00e9e. Avec, toujours dans un coin de la t\u00eate, ce d\u00e9fi consid\u00e9rable\u00a0: faire conna\u00eetre le judo dans un pays avec une culture am\u00e9ricaine fabuleuse et des sports US ultra d\u00e9velopp\u00e9s.<\/em>\u00a0\u00bb En un mot comme en cent\u00a0: Montr\u00e9al 2019, tu sais ce qui t\u2019attend.<\/p>\n<p><strong><em>Tous propos recueillis par Anthony Diao, sauf mentions contraires.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anthony Diao\u00a0Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce\u00a0journaliste\u00a0fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. 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