{"id":44265,"date":"2019-02-03T09:59:42","date_gmt":"2019-02-03T14:59:42","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/2021\/02\/03\/covid-19-lecon-de-judo-doon-yeoh\/"},"modified":"2021-05-31T14:23:43","modified_gmt":"2021-05-31T18:23:43","slug":"covid-19-lecon-de-judo-doon-yeoh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2019\/02\/03\/covid-19-lecon-de-judo-doon-yeoh\/","title":{"rendered":"Covid-19 &#8211; Le\u00e7on de judo d&#8217;Oon Yeoh"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Untitled.jpg\" width=\"165\" height=\"235\" \/><\/p>\n<p>Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. Titulaire d\u2019une Ma\u00eetrise en Droit international, il \u00e9crit en fran\u00e7ais, en anglais ou en espagnol pour diff\u00e9rents supports depuis 2003 (sport, culture, soci\u00e9t\u00e9, environnement), dont le bimestriel fran\u00e7ais L\u2019Esprit du judo auquel il collabore depuis f\u00e9vrier 2006 et son n\u00b02. Auteur de reportages en immersion d\u2019Afrique du Sud en Pologne en passant par Cuba, la Russie, l\u2019Ukraine en guerre ou la Slov\u00e9nie, il a aussi \u00e9t\u00e9 le sparring et l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Ilias Iliadis lors de son premier s\u00e9minaire \u00e0 l\u2019Insep de Paris, le portraitiste au long cours de judokas anonymes comme de figures incontournables (Ezio Gamba, Jeon Ki-young, Ronaldo Veit\u00eda\u2026), et a suivi quotidiennement de 2013 \u00e0 2016 des athl\u00e8tes comme Antoine Valois-Fortier ou Kayla Harrison dans le cadre d\u2019un feuilleton intitul\u00e9 la World Judo Academy. Sa ligne directrice ? Traiter les champions olympiques et les ceintures blanches avec un respect identique \u2013 \u00ab accorder \u00e0 chacun la m\u00eame attention que si j\u2019\u00e9crivais \u00e0 propos de mon p\u00e8re ou de ma m\u00e8re \u00bb<img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/download-2.jpg\" \/><\/p>\n<p><strong><u>Covid-19 &#8211; La le\u00e7on de judo d\u2019Oon Yeoh<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>D\u00e8s le d\u00e9but du confinement, un homme a pris l\u2019initiative de donner \u00e0 distance la parole \u00e0 des judokas du monde entier. Retour sur un tour d\u2019horizon au plus pr\u00e8s du terrain, sur une p\u00e9riode appel\u00e9e \u00e0 faire date et sur des enseignements \u00e0, peut-\u00eatre, en retirer.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Et si l\u2019une des plus belles le\u00e7ons de judo jamais donn\u00e9e l\u2019avait \u00e9t\u00e9 lors de ce printemps 2020 de tous les dangers, ce moment-charni\u00e8re o\u00f9 la plan\u00e8te dans sa quasi-int\u00e9gralit\u00e9 fut soudain priv\u00e9e de contact, de rencontre et donc de tatami\u00a0? L\u2019op\u00e9ration, in\u00e9dite par sa gen\u00e8se, son ampleur et sa port\u00e9e, restera pour la post\u00e9rit\u00e9 connue sous le nom de \u00ab\u00a0Judo au temps de la Covid-19\u00a0\u00bb. Elle va s\u2019\u00e9tirer du 18 mars au 22 mai 2020, soit la bagatelle de deux mois, quatre jours et soixante-douze articles et entretiens. Une machine de guerre. Ou plut\u00f4t\u00a0: une machine en temps de guerre, pour paraphraser l\u2019allocution prononc\u00e9e le 16 mars \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise par Emmanuel Macron, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Un salutaire exercice de lib\u00e9ration de la parole, aussi. Comme un mondo g\u00e9ant, virtuel, choral, polyglotte et gratuit.<\/p>\n<p>\u00c0 la baguette, un chef d\u2019orchestre malaisien de cinquante-deux ans, seul, loin de tous les \u00e9picentres contemporains de la discipline \u2013 5 300 km s\u00e9parent Kuala Lumpur de Tokyo, 7 500 km de Sotchi et 10 400 km de Paris. Ancien repr\u00e9sentant de la p\u00e9ninsule aux championnats du monde 1993 et 1995, un temps manager g\u00e9n\u00e9ral de Ippon Books Ltd \u00e0 Londres &#8211; une maison d\u2019\u00e9dition qui publia des ouvrages techniques de Neil Adams, Jean-Luc Roug\u00e9, Hitoshi Sugai, Mike Swain ou Katsuhiko Kashiwazaki -, ce professeur de judo et chroniqueur au quotidien national <em>New Straits Times<\/em> a entrepris, soixante-cinq jours durant, de prendre le pouls de la plan\u00e8te judo. Arm\u00e9 d\u2019une simple connexion Wi-Fi, de WhatsApp, d\u2019un \u0153il en trou de serrure sur les r\u00e9seaux sociaux et d\u2019un c\u0153ur presque aussi gros que le monde.<\/p>\n<p><strong><u>Savoir donner<\/u><\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait un projet confidentiel, destin\u00e9 surtout aux membres de mon club, le KL Judo Centre. Mon but \u00e9tait de les \u00ab\u00a0nourrir\u00a0\u00bb pendant le confinement en interviewant quelques judokas que je connaissais, et pas forc\u00e9ment des athl\u00e8tes de haut niveau. Cela me semblait la chose \u00e0 faire, en retour des cotisations qu\u2019ils me versaient.<\/em>\u00a0\u00bb Tout change lorsque l\u2019ancien moins de 60 kg s\u2019ouvre de son projet au N\u00e9erlandais Hans van Essen, l\u2019un de ses plus vieux complices sur le circuit avec le photographe britannique David Finch. \u00ab\u00a0<em>Pourquoi n\u2019interviewerais-tu pas au passage des n\u00b01 mondiaux comme la Fran\u00e7aise Amandine Buchard ou l\u2019Italien Manuel Lombardo\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb lui souffle l\u2019homme derri\u00e8re le site JudoInside, ci-devant le Kodokan de tous les amateurs et professionnels de la statistique judo. Et c\u2019est ainsi que fut lanc\u00e9e la s\u00e9rie des \u00ab\u00a0Judo au temps de la Covid-19\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Oon Yeoh, donc. En novembre 2018, l\u2019homme avait donn\u00e9 une longue interview \u00e0 l\u2019ancienne moins de 70 kg Iljana Marzok, d\u00e9sormais journaliste pour le <em>Judo Magazin<\/em> allemand. Il y racontait ses d\u00e9buts tardifs \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-et-un ans, au Texas, alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e9tudiant. Son coup de foudre pour la discipline, qui le vit pratiquer au gr\u00e9 de ses engagements universitaires et professionnels en Californie, en Grande-Bretagne et en Allemagne, notamment. Quatre petites ann\u00e9es apr\u00e8s ses d\u00e9buts, le Malaisien d\u00e9fendit donc les couleurs de son pays aux championnats du monde d\u2019Hamilton et de Chiba, coach\u00e9 par l\u2019Allemand Hans-Jorg Opp. En 2011, venu en spectateur au Grand Chelem de Paris, ce passionn\u00e9 d\u00e9cide de lancer le blog JudoCrazy, o\u00f9 il agglom\u00e8re au fil du temps une mati\u00e8re riche et vari\u00e9e, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 sortir en 2017 le num\u00e9ro z\u00e9ro d\u2019un \u00e9ph\u00e9m\u00e8re magazine digital qui n\u2019aura malheureusement pas de suite.<\/p>\n<p>Sa m\u00e9thodologie\u00a0sur la s\u00e9rie Covid-19 ? JudoInside pour les stats, JudoBase pour les vid\u00e9os, et Google Search pour les articles. Moins le judoka est connu, plus Oon Yeoh retourne le Net \u00e0 la recherche du micro-d\u00e9tail qui brisera la glace et permettra au niveau de l\u2019entretien de monter d\u2019un cran, lui qui revient inlassablement sur les questions du financement des carri\u00e8res et du rapport au visionnage de vid\u00e9os pour progresser\u2026 Questions par e-mail, r\u00e9ponses par le m\u00eame canal ou par Skype, WhatsApp audio ou enregistr\u00e9 \u2013 bref, m\u00eame cloitr\u00e9 chez soi, \u00ab\u00a0<em>l\u00e0 o\u00f9 il y a une volont\u00e9, il y a un chemin<\/em>\u00a0\u00bb comme le rappelle le +100 kg finlandais <strong>Martti Puumalainen<\/strong>, dont l\u2019entretien fut publi\u00e9 le 24 avril. Et comme la plupart des r\u00e9pondants ne sont pas anglophones, un gros travail d\u2019\u00e9dition et de reformulation doit parfois \u00eatre fait derri\u00e8re. De m\u00eame, certaines r\u00e9ponses appellent parfois des relances. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est l\u00e0 que peut se faire la diff\u00e9rence entre une interview moyenne et une bonne interview<\/em>\u00a0\u00bb glisse Oon en vieux briscard de l\u2019exercice. N\u2019a-t-il pas, en moins de dix semaines, interview\u00e9 autant de nationalit\u00e9s que d\u2019autres confr\u00e8res le feraient en une vie\u00a0?<\/p>\n<p>Au d\u00e9but d\u2019ailleurs, certains judokas sollicit\u00e9s ne saisissaient pas imm\u00e9diatement l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 se livrer \u00e0 l\u2019exercice, et de faire de leur parcours personnel une pi\u00e8ce du grand puzzle du judo mondial qu\u2019Oon Yeoh s\u2019effor\u00e7ait de reconstituer. \u00ab\u00a0<em>Et puis un entra\u00eeneur m\u2019a donn\u00e9 la cl\u00e9. Il essayait de me mettre en relation avec certains de ses athl\u00e8tes, et beaucoup ne r\u00e9pondaient pas. Tu sais quoi\u00a0?, m\u2019a-t-il dit, ne t\u2019emb\u00eate pas \u00e0 courir apr\u00e8s ceux qui ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s. Concentre-toi sur ceux qui le sont. Tes entretiens sont tr\u00e8s, tr\u00e8s int\u00e9ressants. Si certains ne veulent pas jouer le jeu, eh bien tant pis pour eux\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Les forteresses inaccessibles\u00a0? Elles n\u2019ont qu\u2019\u00e0 le rester. Oon Yeoh, lui, est d\u00e9j\u00e0 loin. \u00ab\u00a0<em>Ce que je retiens de tous ces entretiens, c\u2019est qu\u2019il existe un paquet de belles histoires, et que celles-ci ne concernent pas que les grands athl\u00e8tes. Elles concernent aussi des judokas moins connus.\u00a0C\u2019est d\u2019ailleurs comme \u00e7a que notre sport peut gagner en popularit\u00e9\u00a0: en racontant plus souvent des histoires comme celles-ci.<\/em> \u00bb C\u2019est cette sinc\u00e9rit\u00e9 palpable dans la d\u00e9marche qui motiva par exemple la championne olympique allemande <strong>Yvonne Boenisch<\/strong> \u00e0 accepter de jouer le jeu. \u00ab\u00a0<em>Pourtant elle ne donne jamais d\u2019interviews en Allemagne<\/em>\u00a0\u00bb confiera l\u2019un de ses amis allemands \u00e0 Oon. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est vrai<\/em>, confirmera celle qui fait d\u00e9sormais partie du staff de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Isra\u00ebl, <em>mais j\u2019ai aim\u00e9 lire vos histoires, c\u2019est la raison pour laquelle vous avez eu un \u2018oui\u2019 rapide de ma part.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>De belles histoires et des r\u00e9alit\u00e9s m\u00e9connues<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie, syst\u00e9matiquement relay\u00e9e par JudoInside ainsi que l\u2019avaient convenus les Oon et Hans pour pallier au d\u00e9ficit de contenu n\u00e9 de l\u2019annulation de toutes les comp\u00e9titions du printemps, a ainsi permis de mettre \u00e0 jour des trajectoires jusqu\u2019ici confidentielles, donnant au lecteur une vision plus fine de la r\u00e9alit\u00e9 du quotidien des autres. Citons celles des Australiens <strong>Nathan Katz<\/strong> et son fr\u00e8re Josh, qui passent \u00ab\u00a0<em>six \u00e0 huit mois par an<\/em>\u00a0\u00bb loin de leurs bases, ou de leur compatriote <strong>Katharina Haecker<\/strong>, moins de 63 kg de vingt-sept ans, vainqueur du Grand Prix de Tel-Aviv en janvier 2020, n\u00e9e et form\u00e9e en Allemagne. Cette dure au mal, dont la vie bascula il y a quelques ann\u00e9es lorsqu\u2019elle prit une ann\u00e9e sabbatique pour d\u00e9couvrir l\u2019Australie natale de son p\u00e8re et opta dans la foul\u00e9e pour cette nationalit\u00e9, a pass\u00e9 le confinement au Luxembourg o\u00f9 Alexander L\u00fcdeke, son compagnon, est entra\u00eeneur national\u2026 <strong>Roman Karasev<\/strong>\u00a0? Ce Russe g\u00e8re trois clubs dans trois pays (Russie, Bulgarie, Isra\u00ebl) et s\u2019efforce de rester confiant malgr\u00e9 la crise qu\u2019il sent venir. <strong>Kathy Hubble<\/strong>, pionni\u00e8re du judo f\u00e9minin canadien retir\u00e9e \u00e0 dix-neuf ans pour devenir cascadeuse au cin\u00e9ma avant de revenir s\u2019illustrer sur le circuit v\u00e9t\u00e9ran\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Le judo doit pr\u00eater attention au marketing et \u00e9laborer une strat\u00e9gie pour envisager notre futur en tant que sport, sinon nous perdrons du terrain face au jujitsu br\u00e9silien<\/em>\u00a0\u00bb, proph\u00e9tise-t-elle. La Suissesse <strong>Evelyne Tschopp<\/strong>\u00a0? \u00c9tudiante en m\u00e9decine, la double m\u00e9daill\u00e9e europ\u00e9enne des moins de 52 kg avoue sa carri\u00e8re paradoxale\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Plus je suis stress\u00e9e pour mes examens, mieux je combats<\/em>\u00a0\u00bb\u2026 Citons aussi l\u2019Italienne <strong>Maria Centracchio<\/strong>, troisi\u00e8me des Jeux europ\u00e9ens 2019 en moins de 63 kg, qui parle d\u00e9j\u00e0 cinq langues, ou le v\u00e9t\u00e9ran danois <strong>Tommy Mortensen<\/strong>, qui se demande ce que va devenir cette jeunesse qui aura \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de judo pendant si longtemps, lui qui n\u2019oublie pas toute l\u2019estime de lui-m\u00eame que lui a redonn\u00e9 cette discipline au sortir d\u2019une enfance marqu\u00e9e par l\u2019alcoolisme de son entourage. Citons enfin la belle \u00e9mulation entre les Fran\u00e7ais <strong>Reda Seddouki<\/strong> et <strong>Kilian Le Blouch<\/strong>, le second \u00e9tant l\u2019entra\u00eeneur du premier lors de son titre de champion de France en novembre 2019 dans cette cat\u00e9gorie des moins de 66 kg dont il est pourtant le n\u00b01 fran\u00e7ais \u2013 aux JO de Rio, Kilian Le Blouch \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le titulaire fran\u00e7ais en moins de 66 kg et Walide Khyar, son co\u00e9quipier en moins de 60 kg, s\u2019av\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre un de ses anciens \u00e9l\u00e8ves\u00a0!<\/p>\n<p><strong><u>Des champions coup\u00e9s en plein \u00e9lan<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Le printemps et l\u2019\u00e9t\u00e9 2020 auraient d\u00fb \u00eatre leur moment, et c\u2019est la raison pour laquelle Oon Yeoh leur a propos\u00e9 de l\u2019exprimer. Il faut entendre la Canadienne <strong>Jessica Klimkait<\/strong>, n\u00b02 \u00e0 la ranking des moins de 57 kg, mesurer peu \u00e0 peu le fait que le 6 juin ne sera plus la date de sa tr\u00e8s attendue explication finale domestique avec <strong>Christa Deguchi<\/strong>, sa compatriote championne du monde en titre et n\u00b01 mondiale de la cat\u00e9gorie. Il faut r\u00e9aliser la d\u00e9tresse sourde \u2013 surmont\u00e9e depuis &#8211; de la Fran\u00e7aise <strong>Amandine Buchard<\/strong>, qui avait d\u00e9j\u00e0 d\u00fb renoncer in extremis aux JO 2016 faute de parvenir \u00e0 descendre en moins de 48 kg, devenue n\u00b01 mondiale des moins de 52 kg et devant composer avec ce nouveau supplice de Tantale. Si elle avait pris soin de commander par Amazon de quoi \u00e9quiper enti\u00e8rement sa chambre d\u2019amis, la vainqueur du dernier Grand Chelem d\u2019Osaka passe le confinement seule dans un appartement sans jardin. Venant d\u2019un sport tactile, l\u2019\u00e9preuve mentale est redoutable\u2026 Il faut lire \u00e0 l\u2019inverse le calme olympien de l\u2019Italien <strong>Manuel Lombardo<\/strong>, champion du monde junior 2018 et r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019ann\u00e9e 2019 en particulier pour ses prestations remarqu\u00e9es face au Japonais Hifumi Abe, et vainqueur en d\u00e9cembre des Masters de Chine, mais qui consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019a <em>\u00ab\u00a0encore rien gagn\u00e9 de probant<\/em>\u00a0\u00bb. Que dire aussi de la N\u00e9erlandaise <strong>Pleuni Cornelisse<\/strong>, m\u00e9daill\u00e9e mondiale junior en 2019 et qui avait coch\u00e9 toutes les cases pour disputer en mars son premier Grand Prix senior au Maroc, avant de le voir annul\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong><u>Des \u00e9quipes organis\u00e9es<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019au mois de mars 2020, le circuit international ressemblait \u00e0 un contre-la-montre sans fin, un \u00e9v\u00e8nement chassant l\u2019autre, week-end apr\u00e8s week-end et souvent plusieurs fois dans le m\u00eame week-end. Or, m\u00eame immobilis\u00e9, un peuple nomade digne de ce nom ne saurait se r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019immobilisme. C\u2019est ce que confirment les entretiens men\u00e9s par Oon Yeoh. S\u2019entra\u00eener quelques mois de moins peut \u00eatre positiv\u00e9, car le report des jeux c\u2019est aussi \u00ab\u00a0<em>la possibilit\u00e9 de s\u2019entra\u00eener une ann\u00e9e de plus<\/em>\u00a0\u00bb. Si beaucoup ont rapatri\u00e9 chez eux des \u00e9lastiques et des \u00e9chelles de rythme pour garder le tempo, certains se sont organis\u00e9s collectivement. C\u2019est le cas par exemple de repr\u00e9sentants des \u00e9quipes nationales du Kosovo (<strong>Distria Krasniqi<\/strong>, <strong>Nora<\/strong> et <strong>Akil Gjakova<\/strong>) ou d\u2019Isra\u00ebl. Faire des s\u00e9ances pouss\u00e9es m\u00eame en quarantaine\u00a0? C\u2019est possible. \u00ab\u00a0<em>Notre dojo est situ\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9 de la famille Kuka<\/em>, explique ainsi le plus jeune des Gjakova, vainqueur du Grand Chelem de Paris 2019 en moins de 73 kg. <em>Deux autres gars et moi occupons l\u2019\u00e9tage du dojo o\u00f9 il y a des chambres. Les filles restent dans une autre maison pr\u00e8s du dojo. Nous n\u2019allons nulle part \u00e0 part au dojo, donc il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre infect\u00e9s. [\u2026] Au total, nous sommes onze. Nous nous entra\u00eenons deux \u00e0 trois fois par jour. [\u2026] Je me dis juste que nous sommes en stage.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Abord\u00e9e avec la conviction de progresser quotidiennement, l\u2019exp\u00e9rience peut donc \u00eatre valoris\u00e9e. \u00ab\u00a0<em>Du jour o\u00f9 la crise a d\u00e9but\u00e9 en Europe, j\u2019ai su que ce n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une question de temps pour qu\u2019elle atteigne Isra\u00ebl \u00e0 son tour<\/em>, explique ainsi <strong>Shany Hershko<\/strong>, le responsable de l\u2019\u00e9quipe f\u00e9minine isra\u00e9lienne, sensible aux bonnes vibrations et donc enthousiaste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de participer lorsqu\u2019Oon Yeoh l\u2019a sollicit\u00e9. <em>Nous nous sommes donc pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 \u00e7a bien avant que le confinement soit d\u00e9cid\u00e9.<\/em> <em>J\u2019ai divis\u00e9 mon groupe olympique par paires pour qu\u2019elles soient confin\u00e9es ensemble. Au domicile de chacun de ces bin\u00f4mes, nous avons install\u00e9 tout l\u2019\u00e9quipement n\u00e9cessaire pour un entra\u00eenement \u00e0 la fois physique et judo. Nous avons aussi veill\u00e9 \u00e0 ce que le staff puisse les coacher par Internet. [\u2026] Bien s\u00fbr, \u00e7a ne vaut pas les conditions que nous pouvons leur offrir au centre d\u2019entra\u00eenement de Wingate mais, au moins, cette approche nous permet de minimiser l\u2019impact du coronavirus sur notre entra\u00eenement.\u00a0\u00bb\u00a0 <\/em>Car paradoxalement, comme le r\u00e9sume son compatriote moins de 66 kg <strong>Baruch Shmailov<\/strong> \u2013 droitier dans la vie, gaucher par strat\u00e9gie, et dont la devise \u00ab\u00a0<em>Go big or go home<\/em>\u00a0\u00bb dit tout du judo explosif -, le but de tout cela reste de sortir de l\u2019exp\u00e9rience \u00ab\u00a0<em>meilleur apr\u00e8s qu\u2019avant.<\/em>\u00a0\u00bb Une aspiration qui n\u2019est surtout pas incompatible avec l\u2019ambition de rester un mod\u00e8le pour les plus jeunes, ainsi que le confirme le moins de 100 kg <strong>Peter Paltchik<\/strong>. \u00c0 la date du 28 mars, date de publication de son entretien, le vainqueur des \u00e9ditions 2020 du Grand Prix de Tel-Aviv et du Grand Chelem de Paris confirmait avoir anim\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 trois rencontres quotidiennes par Zoom aupr\u00e8s de seize clubs et un millier de jeunes judokas, autour du hashtag #AskPeter. Comme le formule la moins de 48 kg fran\u00e7aise <strong>Shirine Boukli<\/strong>, en pleine ascension depuis qu\u2019elle a encha\u00een\u00e9 en f\u00e9vrier 2020 une demi-finale \u00e9pique au Grand Chelem de Paris face \u00e0 la double championne du monde, l\u2019Ukrainienne Daria Bilodid, puis une victoire retentissante au Grand Chelem de D\u00fcsseldorf, \u00ab\u00a0<em>l\u2019entra\u00eenement pendant le confinement fera peut-\u00eatre la diff\u00e9rence lorsque viendra l\u2019heure de la reprise<\/em>\u00a0\u00bb. A priori barr\u00e9e pour les JO dans sa cat\u00e9gorie par son a\u00een\u00e9e M\u00e9lanie Cl\u00e9ment, la Fran\u00e7aise de vingt-et-un ans fait partie de celles pour qui le report d\u2019une ann\u00e9e a redonn\u00e9 l\u2019espoir d\u2019aller arracher une qualification dans le sprint final\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><u>Des conseils pour la vie<\/u><\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est aussi le format qui veut cela. \u00c0 la fin de chacun ou presque de ses entretiens, Oon Yeoh demande \u00e0 ses interlocuteurs s\u2019ils ont un conseil \u00e0 transmettre \u00e0 leur prochain. Anodine en apparence, la question \u00e9pouse la notion de <em>Jita Kyoei<\/em> (\u00ab\u00a0<em>entraide et prosp\u00e9rit\u00e9 mutuelle<\/em>\u00a0\u00bb) si ch\u00e8re \u00e0 Jigoro Kano, comme le rappelait Kosei Inoue dans un article pr\u00e9c\u00e9dent du pr\u00e9sent blog. Ainsi le globetrotter fran\u00e7ais <strong>Alexandre Paysan<\/strong> qui, avec sa compagne, change de club, de pays voire de continent presque chaque ann\u00e9e depuis 2013. Pour lui, la p\u00e9riode peut aussi \u00eatre l\u2019occasion de prendre le temps \u00ab\u00a0<em>de r\u00e9viser la th\u00e9orie, les r\u00e8gles d\u2019arbitrage ou l\u2019histoire du judo.<\/em>\u00a0\u00bb Pour <strong>Mike Moulders<\/strong>, ceinture bleue de cinquante-trois ans ans install\u00e9 \u00e0 Hong-Kong, cette pause forc\u00e9e est aussi l\u2019occasion de lever la t\u00eate et de regarder autour de soi. Dans son cas, \u00ab\u00a0<em>il y a plein de montagnes et de parcs, de possibilit\u00e9s de randonner \u00e0 pied ou \u00e0 v\u00e9lo, de vid\u00e9os sur YouTube\u2026 Il n\u2019y a donc aucune excuse pour cesser l\u2019entra\u00eenement<\/em>.\u00a0\u00bb Pour la Serbe <strong>Andrea Stojadinov<\/strong>, qui a install\u00e9 six tatamis roses dans une chambre pour continuer \u00e0 pratiquer avec son fr\u00e8re, voir le verre \u00e0 moiti\u00e9 plein c\u2019est aussi mesurer le luxe de pouvoir s\u2019adonner \u00e0 des \u00e9carts coupables que la vie tr\u00e9pidante du circuit autorise rarement. \u00ab\u00a0<em>Pour mes copines des moins de 48kg, profitez-en pour manger, dormir et regarder des films<\/em>\u00a0\u00bb. Des bienfaits de la m\u00e9ditation vant\u00e9s par le champion d\u2019Europe turc Mikail \u00d6zerler (n\u00e9 slov\u00e8ne sous le nom de <strong>Mihael Zgank<\/strong>) \u00e0 ceux de l\u2019importance \u00ab\u00a0<em>de rire beaucoup<\/em>\u00a0\u00bb comme pour conjurer le sort, avanc\u00e9s par son ancien compatriote <strong>Rok Draksic<\/strong> \u2013 devenu depuis entra\u00eeneur de l\u2019\u00e9quipe de Finlande -, en passant par le sentiment d\u2019urgence qui anime le Su\u00e9dois <strong>Tommy Macias<\/strong>, p\u00e8re de famille depuis deux ans et pour qui chaque d\u00e9placement loin de son foyer doit d\u00e9sormais \u00eatre amorti \u00e0 proportion du sacrifice affectif qu\u2019il repr\u00e9sente pour lui, il y a autant d\u2019approches que de personnes interview\u00e9es. \u00ab\u00a0<em>Je pense que beaucoup de judokas de haut niveau devraient prendre les choses tranquillement pour l\u2019instant<\/em>, temp\u00e8re toutefois l\u2019Am\u00e9ricain <strong>Travis Stevens<\/strong>, vice-champion olympique aux JO 2016, retir\u00e9 depuis mais tr\u00e8s actif dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des sports de combat US. <em>Profitez de cette pause. Ne vous inqui\u00e9tez pas pour les entra\u00eenements que vous manquez parce que tout le monde est dans la m\u00eame situation, ce n\u2019est pas comme si les autres s\u2019entra\u00eenaient et vous non. Les athl\u00e8tes de haut niveau peuvent facilement retrouver la forme tant physiquement que mentalement, d\u00e8s lors que le confinement sera lev\u00e9. Fin 2015, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 alit\u00e9 pendant trois mois apr\u00e8s une op\u00e9ration et, apr\u00e8s deux petites semaines d\u2019entra\u00eenement, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 me classer cinqui\u00e8me au Grand Chelem de Tokyo. Un mois apr\u00e8s, j\u2019ai fait deuxi\u00e8me au Grand Prix de La Havane. Quelques mois apr\u00e8s, j\u2019ai obtenu l\u2019or aux Masters de Guadalajara. Je sais donc que c\u2019est possible. La seule chose qui compte c\u2019est de rester positif et \u00e0 l\u2019abri.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>Ceux qui montrent le chemin<\/u><\/strong><\/p>\n<p>La s\u00e9rie d\u2019entretiens ne se limite pas aux combattants. D\u2019autres acteurs du monde du judo sont invit\u00e9s \u00e0 s\u2019exprimer, \u00e0 l\u2019image du journaliste belge <strong>Alan Marchal<\/strong> ou du photographe espagnol <strong>Paco Lozano<\/strong>, qui confiera \u00e0 cette occasion son inqui\u00e9tude de ne pas se voir rembourser ses nombreuses r\u00e9servations d\u2019avions et d\u2019h\u00f4tels avanc\u00e9es pour les prochains mois\u2026 En filigrane, \u00e0 mesure que les semaines passent, le v\u00e9ritable c\u0153ur du sujet d\u2019Oon Yeoh se dessine peu \u00e0 peu\u00a0: il s\u2019agit de l\u2019impact de cette crise sur ceux qui transmettent le judo.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Globalement, les entra\u00eeneurs de haut niveau s\u2019en sortent bien<\/em>, synth\u00e9tise le Malaisien<em>. Ils sont pay\u00e9s par leur f\u00e9d\u00e9ration et attendent seulement que les comp\u00e9titions reprennent. C\u2019est plus probl\u00e9matique en revanche pour les entra\u00eeneurs de club. La fermeture \u00e9tant appel\u00e9e \u00e0 durer, pas d\u2019entra\u00eenements \u00e9gale pas de revenus avec, d\u00e9j\u00e0, des factures qui s\u2019accumulent. Et, m\u00eame lorsqu\u2019ils rouvriront, est-ce que les combattants reviendront\u00a0? Je parle des judokas loisirs&#8230; Et vu que beaucoup de gens ont ou risquent de perdre leur emploi, revenir s\u2019entra\u00eener est sans doute la derni\u00e8re de leurs priorit\u00e9s pour l\u2019instant\u2026 Des clubs risquent de fermer. Les professeurs et les propri\u00e9taires de club doivent s\u00e9rieusement envisager de se convertir au digital pour apporter un contenu nouveau \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves. Ils doivent penser plus large et inventer de nouveaux programmes.\u00a0\u00bb<\/em> De fait, les initiatives fleurissent. Deuxi\u00e8me interview\u00e9 de la s\u00e9rie apr\u00e8s l\u2019Am\u00e9ricain <strong>William Schrimsher<\/strong>, l\u2019Indon\u00e9sien <strong>Subhan Prasandra<\/strong>, qui g\u00e8re six clubs, redouble de dynamisme et de cr\u00e9ativit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai confectionn\u00e9 des posters pour les plus jeunes pour qu\u2019ils restent dans l\u2019esprit. Je leur envoie des astuces, des id\u00e9es de circuits-trainings, je les encourage \u00e0 regarder des vid\u00e9os sur YouTube. J\u2019appelle m\u00eame en visio certains de mes membres\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Pour ce dynamique entrepreneur, l\u2019\u00e9preuve doit aussi \u00eatre vue comme l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9poser les armes dans les gu\u00e9guerres de clocher que se livrent habituellement les clubs. \u00ab\u00a0<em>Peut-\u00eatre que le temps est venu pour la communaut\u00e9 judo d\u2019en finir avec ces querelles pour tendre vers l\u2019unit\u00e9. \u0152uvrer ensemble, c\u2019est ce qui fera grandir le judo et c\u2019est ce dont nous avons besoin aujourd\u2019hui, plus que jamais.<\/em>\u00a0\u00bb D\u2019autant qu\u2019une fois l\u2019\u00e9preuve du confinement surmont\u00e9e, le plus dur commencera sans doute, ainsi que l\u2019analyse le Br\u00e9silien <strong>Sergio Oliveira<\/strong>, longtemps en poste en Allemagne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il faudra \u00e9vacuer la peur pour que les gens reviennent \u00e0 l\u2019entra\u00eenement.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>Le nerf de la guerre<\/u><\/strong><\/p>\n<p>En tant que professeur de club, Oon Yeoh est donc concern\u00e9 au premier chef par ces questionnements. Sa grille de lecture est rendue encore plus lucide par ces deux mois d\u2019entretiens et les le\u00e7ons qu\u2019il en a tir\u00e9es, lui qui conc\u00e8de avoir \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par une citation attribu\u00e9e \u00e0 Jack Ma, le tr\u00e8s m\u00e9diatique PDG chinois du groupe Alibaba\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans le monde des affaires, le plus important en 2020 sera de rester en vie. Ne parlez m\u00eame pas de vos r\u00eaves ou de vos projets. Assurez-vous juste de rester en vie. Si vous y parvenez, ce sera d\u00e9j\u00e0 une bonne ann\u00e9e\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Un sombre pr\u00e9sage qui \u00e9branla un temps le Malaisien, m\u00eame s\u2019il s\u2019efforce article apr\u00e8s article de pr\u00e9f\u00e9rer rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart du d\u00e9faitisme comme de l\u2019optimisme b\u00e9at, leur pr\u00e9f\u00e9rant une acuit\u00e9 aigu\u00eb doubl\u00e9e d\u2019un bon sens de <em>pater familias<\/em> face \u00e0 la temp\u00eate qui vient\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, la F\u00e9d\u00e9ration internationale de judo a effectu\u00e9 un travail ph\u00e9nom\u00e9nal pour le d\u00e9veloppement du judo. Elle l\u2019a fait en augmentant le nombre annuel de comp\u00e9titions et en les rendant accessibles gratuitement sur YouTube. C\u2019est juste fantastique et c\u2019est une b\u00e9n\u00e9diction pour le judo. La F\u00e9d\u00e9ration internationale a aussi mis en place un solide programme pour le judo \u00e0 l\u2019\u00e9cole, pour permettre \u00e0 davantage d\u2019enfants du monde entier de d\u00e9couvrir notre discipline. Jusqu\u2019alors ils n\u2019avaient pas \u00e0 s\u2019occuper des clubs, qui se d\u00e9brouillaient de leur c\u00f4t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la crise de la Covid-19. Aujourd\u2019hui tout a chang\u00e9 et nous devons envisager une possible fermeture massive de clubs priv\u00e9s dans le monde entier. Si les clubs ferment en masse, vous verrez une chute vertigineuse des inscriptions et, \u00e0 long terme, cela aura un s\u00e9rieux impact sur les comp\u00e9titions. Parce que d\u2019o\u00f9 viennent la plupart des combattants du haut niveau\u00a0? Certes certains viennent d\u2019\u00e9coles de sport sponsoris\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, mais la majorit\u00e9 des comp\u00e9titeurs de la plan\u00e8te viennent des clubs. Si les clubs disparaissent, qui formera la rel\u00e8ve\u00a0? Que peut faire la F\u00e9d\u00e9ration internationale pour aider les clubs du monde entier\u00a0? Je ne suis pas certain que cette question ait vraiment \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e jusqu\u2019ici mais il le faudrait car il y a urgence. La situation est grave pour les clubs.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>C\u2019est dur pour nos \u00e9l\u00e8ves<\/em>, appuie le New-Yorkais <strong>Shintaro Higashi<\/strong>, \u00e0 la t\u00eate du Kokushi Budo et du Kano Martial Arts. <em>Certains ont perdu leur travail.<\/em> <em>La transparence et la communication sont tr\u00e8s importante durant ces temps<\/em>\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>La pire chose \u00e0 faire pour un club est de rester silencieux et de ne pas communiquer\u00a0<\/em>\u00bb confirme le Britannique <strong>Tom Hayton<\/strong>, auteur d\u2019un guide pratique \u00e0 l\u2019attention des petits entrepreneurs et des travailleurs freelance, inspir\u00e9 pour partie de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des judokas\u2026 D\u00e8s le 27 mars, pourtant, Oon Yeoh publie un entretien qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre lu et relu \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e, tant il contient de motifs d\u2019esp\u00e9rance en ces heures pessimistes. Il s\u2019agit de celui avec <strong>Vince Skillcorn<\/strong>, professeur au Fighting Fitness Judo de Camberley, en Angleterre. Que nous dit ce sp\u00e9cialiste de yoko-tomoe-nage, dont les \u00e9paules d\u2019Oon Yeoh se souviennent encore avec admiration de sa ma\u00eetrise de la technique\u00a0? \u00ab\u00a0<em>En ces temps difficiles, nos membres ont besoin de routine, de structure, d\u2019un visage amical et d\u2019une distraction bienvenue.\u00a0<\/em>\u00bb Et pourquoi ne pas en profiter pour s\u2019accorder une pause\u00a0? le relance Oon Yeoh. \u00ab\u00a0<em>Il est important de se souvenir de la puissance et du besoin de judo, <\/em>poursuit le technicien<em>. Le judo, c\u2019est davantage qu\u2019un sport, davantage qu\u2019un jeu. Le judo, c\u2019est une histoire de communaut\u00e9, de vivre-ensemble, de r\u00e9silience, de travailler dur et de surmonter des difficult\u00e9s. Si nous cessons de transmettre ces le\u00e7ons \u00e0 nos membres, o\u00f9 donc pourront-ils les trouver, surtout en ces temps difficiles\u00a0? Plus important encore, si nous nous interrompons maintenant, comment nos \u00e9l\u00e8ves nous prendront-ils au s\u00e9rieux lorsque nous leur parlerons ensuite de toutes ces bonnes valeurs du judo telles que le dur labeur, la r\u00e9silience, etc.\u00a0? Nous devons montrer l\u2019exemple. \u00catre cr\u00e9atifs, penser en dehors des sentiers battus. [\u2026] Le judo ne se limite pas \u00e0 venir au dojo deux ou trois fois par semaine. C\u2019est un chemin de vie. Donc vivez le judo dans votre vie de tous les jours, et nous sortirons de cette p\u00e9riode sans m\u00eame que vous vous en rendiez compte.<\/em>\u00a0\u00bb Soutenir son club de sorte qu\u2019\u00e0 la fin du confinement il soit toujours l\u00e0\u00a0: c\u2019est le principal enseignement que retient Oon Yeoh des diff\u00e9rents retours recueillis lors de ce gigantesque sondage informel. Avec, comme rem\u00e8de \u00e0 la pente glissante de l\u2019attentisme et de la passivit\u00e9, cet argument-massue du m\u00eame Vince Skillcorn\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si vous envisagez de demander \u00e0 vos membres de continuer \u00e0 payer des cotisations, ne leur demandez pas de le faire par charit\u00e9. Donnez-leur de la valeur ajout\u00e9e de sorte que ce qu\u2019ils paient corresponde \u00e0 une exp\u00e9rience judo de qualit\u00e9, dispens\u00e9e en ligne pendant le confinement.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><u>Questions puissantes<\/u><\/strong><\/p>\n<p>La distance, le protocole et la barri\u00e8re de la langue ont emp\u00each\u00e9 Oon Yeoh d\u2019avoir les touches qu\u2019il aurait souhait\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du Japon, de la Russie, de l\u2019Azerba\u00efdjan ou de l\u2019Ouzb\u00e9kistan d\u2019Ilias Iliadis. De m\u00eame, si l\u2019un des d\u00e9nominateurs communs des diff\u00e9rents r\u00e9pondants reste le manque de partenaires d\u2019entra\u00eenement pendant mais aussi d\u00e9j\u00e0 bien avant le confinement, ainsi que le syst\u00e8me D. mis en place pour pouvoir malgr\u00e9 tout progresser, une autre constante appara\u00eet peu \u00e0 peu. \u00ab\u00a0<em>Trop peu ont pris conscience de l\u2019importance de se b\u00e2tir une e-r\u00e9putation et de capitaliser sur leur nom notamment dans la perspective de leur apr\u00e8s-carri\u00e8re, que ce soit construire son club de judo ou de fitness voire monter son propre business. \u00c0 part Neil Adams, combien de gloires des ann\u00e9es quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ont su b\u00e2tir autour de leur nom\u00a0? M\u00eame les plus connus d\u2019aujourd\u2019hui peuvent rapidement tomber dans l\u2019oubli. De mon point de vue, les combattants devraient veiller \u00e0 \u00e7a. D\u2019autres sports le font, mais en judo ce n\u2019est pas assez. S\u2019ils attendent jusqu\u2019\u00e0 la fin de leur carri\u00e8re pour s\u2019y mettre, ce sera un peu trop tard<\/em>.\u00a0\u00bb Pour une Allemande comme <strong>Luise Malzahn<\/strong> qui veille \u00e0 \u00ab\u00a0<em>am\u00e9liorer sa pr\u00e9sence m\u00e9dia pour donner des gages de professionnalisme, de confiance et d\u2019authenticit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb et profite de la p\u00e9riode pour s\u2019investir davantage dans ses fonctions futures d\u2019inspectrice de police, combien de <strong>Giorgii Zantaraia<\/strong> ou de <strong>Yeldos Smetov<\/strong> qui refusent cat\u00e9goriquement de se projeter au-del\u00e0 des prochains JO. \u00ab\u00a0<em>Je ne veux penser \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 mes objectifs olympiques<\/em>\u00a0\u00bb mart\u00e8le ainsi le sextuple m\u00e9daill\u00e9 mondial ukrainien, toujours rentr\u00e9 bredouille des JO jusqu\u2019ici. Champion du monde 2015 des moins de 60 kg et vice-champion olympique l\u2019ann\u00e9e suivante, le Kazakhstanais est lui aussi formel\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour moi, seul l\u2019or est acceptable. J\u2019ai fait le serment que, sans m\u00e9daille d\u2019or olympique, je n\u2019arr\u00eaterai pas ma carri\u00e8re de comp\u00e9titeur. Si je dois pour cela continuer \u00e0 combattre jusqu\u2019\u00e0 mes quarante ans, je le ferais.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fin mai, \u00e0 mesure que les pays commen\u00e7aient progressivement \u00e0 d\u00e9confiner, la s\u00e9rie d\u2019entretiens a progressivement pris fin. \u00ab\u00a0<em>Ce ne fut pas facile mais \u00e7a valait le coup<\/em>, souffle Oon Yeoh, pour qui l\u2019exp\u00e9rience aura aussi permis de se faire de nouveaux amis. <em>En tout cas, j\u2019esp\u00e8re que des lecteurs y trouveront mati\u00e8re \u00e0 inspiration<\/em>\u00a0\u00bb. Cette derni\u00e8re ligne droite offre une belle occasion, pour les chercheurs de sens, de les relire tous une nouvelle fois. Tous n\u2019ont pas la m\u00eame intensit\u00e9 mais qu\u2019importe\u00a0: c\u2019est le geste d\u2019ensemble qui compte. Et de se souvenir ainsi de ce que l\u2019ancien champion du monde et double finaliste olympique <strong>Neil Adams<\/strong> disait d\u00e8s le 10 avril de l\u2019importance de \u00ab\u00a0<em>ne pas prendre de raccourcis<\/em>\u00a0\u00bb lorsqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019entra\u00eener, en temps de quarantaine comme en temps normal. Ressentir aussi la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 nouvelle de la Canadienne <strong>Kelita Zupancic<\/strong>, qui a souffl\u00e9 sa trenti\u00e8me bougie pendant le confinement et semble avoir trouv\u00e9 la paix int\u00e9rieure apr\u00e8s laquelle elle courait depuis tant d\u2019ann\u00e9es. \u00ab\u00a0<em>Il y a longtemps que j\u2019observe les podiums f\u00e9minins aux Jeux olympiques et j\u2019ai remarqu\u00e9 un d\u00e9nominateur commun. Chacune de ces femmes a des relations de qualit\u00e9 avec son entourage. C\u2019est quelque chose que j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e0 mon tour et il n\u2019y a rien de plus puissant qu\u2019une femme qui se sent soutenue, et qui peut ainsi partir sans peur \u00e0 l\u2019assaut de ses objectifs.<\/em>\u00a0\u00bb Il faut recouper ce que <strong>Aleksandar Kukolj<\/strong> et <strong>Nemanja Majdov<\/strong>, les deux meilleurs moins de 90 kg de la jeune histoire du judo serbe, racontent chacun l\u2019un de l\u2019autre. <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai un profond respect pour lui et son p\u00e8re<\/em>, dit ainsi le champion d\u2019Europe 2017 de son jeune compatriote qui lui soufflera le titre mondial quatre mois plus tard \u00e0 Budapest, alors que les deux hommes partageaient la m\u00eame chambre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel attenant. <em>Lorsque je pr\u00e9parais les JO 2016, son p\u00e8re m\u2019a pris \u00e0 l\u2019\u00e9cart et m\u2018a dit que si j\u2019avais besoin de quatre ou cinq gars pour m\u2019entra\u00eener, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait juste pour des nage-komi, il ferait en sorte de me trouver ces gars. Je n\u2019oublierai jamais cela.<\/em>\u00a0\u00bb Le mot de la fin\u00a0? Il revient au dernier interview\u00e9 de la s\u00e9rie, l\u2019Espagnol <strong>Sugoi Uriarte<\/strong>, champion d\u2019Europe, vice-champion du monde et cinqui\u00e8me des JO, aujourd\u2019hui pr\u00e9sident du Valence Club de Judo et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas s\u2019arr\u00eater en si bon chemin malgr\u00e9 un pays, l\u2019Espagne, meurtri par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et depuis trop longtemps en proie aux querelles intestines dans la structuration de son judo. Un entretien lumineux, tant il r\u00e9v\u00e8le la d\u00e9termination d\u2019un homme qui a su tourner la page des ann\u00e9es \u00e0 combattre pour lui-m\u00eame pour se consacrer \u00e0 pr\u00e9sent au m\u00eame engagement, cette fois \u00e0 l\u2019\u00e9gard des siens, afin de \u00ab\u00a0<em>leur donner l\u2019opportunit\u00e9 de devenir meilleurs que je ne l\u2019\u00e9tais. Ou, au moins, la possibilit\u00e9 d\u2019avoir davantage de moyens pour progresser que je n\u2019en ai jamais eus.<\/em>\u00a0\u00bb Son crit\u00e8re pour reconna\u00eetre qui a le potentiel de devenir un champion et qui ne l\u2019a pas\u00a0? \u00ab\u00a0<em>Observer leur r\u00e9action dans la d\u00e9faite<\/em>\u00a0\u00bb. Une conclusion parfaite pour un dossier qui restera. Lorsque le pire ou presque devient possible, la plus juste attitude d\u2019un judoka n\u2019est pas seulement de faire face. Elle est de le faire avec intelligence. <strong>\u2013 Anthony Diao<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. 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