{"id":44524,"date":"2017-02-10T16:31:30","date_gmt":"2017-02-10T21:31:30","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/?p=44524"},"modified":"2021-02-10T16:40:35","modified_gmt":"2021-02-10T21:40:35","slug":"kosei-inoue-le-judo-a-hauteur-dame-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2017\/02\/10\/kosei-inoue-le-judo-a-hauteur-dame-2\/","title":{"rendered":"Kosei Inoue, le judo \u00e0 hauteur d\u2019\u00e2me"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\" https:\/\/judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Untitled.jpg\" alt=\"\" width=\"152\" height=\"216\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. Titulaire d\u2019une Ma\u00eetrise en Droit international, il \u00e9crit en fran\u00e7ais, en anglais ou en espagnol pour diff\u00e9rents supports depuis 2003 (sport, culture, soci\u00e9t\u00e9, environnement), dont le bimestriel fran\u00e7ais L\u2019Esprit du judo auquel il collabore depuis f\u00e9vrier 2006 et son n\u00b02. Auteur de reportages en immersion d\u2019Afrique du Sud en Pologne en passant par Cuba, la Russie, l\u2019Ukraine en guerre ou la Slov\u00e9nie, il a aussi \u00e9t\u00e9 le sparring et l\u2019interpr\u00e8te d\u2019Ilias Iliadis lors de son premier s\u00e9minaire \u00e0 l\u2019Insep de Paris, le portraitiste au long cours de judokas anonymes comme de figures incontournables (Ezio Gamba, Jeon Ki-young, Ronaldo Veit\u00eda\u2026), et a suivi quotidiennement de 2013 \u00e0 2016 des athl\u00e8tes comme Antoine Valois-Fortier ou Kayla Harrison dans le cadre d\u2019un feuilleton intitul\u00e9 la World Judo Academy. Sa ligne directrice ? Traiter les champions olympiques et les ceintures blanches avec un respect identique \u2013 \u00ab accorder \u00e0 chacun la m\u00eame attention que si j\u2019\u00e9crivais \u00e0 propos de mon p\u00e8re ou de ma m\u00e8re \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En ce printemps de pand\u00e9mie o\u00f9 nombre d\u2019acteurs du monde sportif s\u2019interrogent<br>sur le sens voire parfois la vanit\u00e9 de l\u2019engagement d\u2019une vie, retour sur le parcours<br>de l\u2019un des champions les plus respect\u00e9s ayant jamais foul\u00e9 un tatami. Un homme<br>entr\u00e9 en judo comme d\u2019autres entrent en religion et qui, une fois sa premi\u00e8re<br>carri\u00e8re achev\u00e9e, a poursuivi sa qu\u00eate en devenant un entra\u00eeneur habit\u00e9 par une<br>id\u00e9e sans cesse plus noble de sa discipline.<br>Une trajectoire shakespearienne, semblable aux deux versants d\u2019une m\u00eame montagne.<br>C\u00f4t\u00e9 soleil levant, voici un judoka-n\u00e9 devenu quasi invincible, h\u00e9ros d\u2019une nation et<br>d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. C\u00f4t\u00e9 soleil couchant, le m\u00eame, chang\u00e9 en homme diff\u00e9rent au fil de<br>deuils personnels et de rares mais douloureux \u00e9checs. Depuis une d\u00e9cennie, cet ex\u00e9g\u00e8te<br>de Jigoro Kano \u2013 avec un degr\u00e9 d\u2019exigence in\u00e9dit \u00e0 ce niveau de palmar\u00e8s, de notori\u00e9t\u00e9<br>et, aujourd\u2019hui, de responsabilit\u00e9 -, \u00e9l\u00e8ve des combattants dignes et des champions<br>exemplaires, allant parfois jusqu\u2019\u00e0 les r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 eux-m\u00eames dans leur simple et enti\u00e8re<br>humanit\u00e9. Avec, chevill\u00e9e au corps, cette foi lumineuse propre aux esprits d\u00e9cid\u00e9s, que<br>m\u00eame la pluie semble incapable de parvenir un jour \u00e0 mouiller.<br>\u00ab&nbsp;Perdre, c\u2019est mourir. Gagner, c\u2019est se donner le droit de vivre et de combattre encore un<br>jour de plus.&nbsp;\u00bb Kosei Inoue voit le jour le 15 mai 1978 au sud du Japon, \u00eele de Kyushu,<br>province de Miyazaki \u2013 presqu\u2019un nom de destin anim\u00e9. Licenci\u00e9 d\u00e8s ses cinq ans au<br>Dojo Seijukan, la puret\u00e9 de ses intentions et sa qu\u00eate obsessionnelle du geste juste en<br>font, partout o\u00f9 il \u0153uvre \u2013 car c\u2019est bien d\u2019\u0153uvre qu\u2019il s\u2019agit ici, celle d\u2019une vie au service<br>de quelque chose de bien plus grand que lui -, non pas un judoka parmi des millions<br>mais bien le cha\u00eenon manquant entre le Bushido des textes et ce monde contemporain<br>dont le culte de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 l\u2019indiff\u00e8re. \u00ab&nbsp;\u00catre dans le vent, une ambition de feuille<br>morte&nbsp;\u00bb&nbsp;: dat\u00e9 de 1976, le cinglant ha\u00efku du m\u00e9taphysicien fran\u00e7ais Gustave Thibon<br>semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>I. Racines carr\u00e9es<br>Kosei Inoue premi\u00e8re \u00e9poque, c\u2019est d\u2019abord la puissance silencieuse et la pr\u00e9cision<br>g\u00e9om\u00e9trique d\u2019une faux. La journ\u00e9e de comp\u00e9tition-type du moine-soldat form\u00e9 \u00e0 ses<br>d\u00e9buts par ma\u00eetre Harakawa&nbsp;est presqu\u2019immuable. Ranger m\u00e9ticuleusement sa chambre<br>comme d\u2019autres partent au front. Saluer, saisir, d\u00e9placer. Pivoter, monter en l\u2019air, se<br>relever. Sans un bruit, sans un cri &#8211; sauf lors de ses triomphes \u00e0 Birmingham, Sydney ou<br>au Zen Nihon, trois Graals personnels en trois ans ponctu\u00e9s d\u2019une juv\u00e9nile et l\u00e9gitime<br>exub\u00e9rance. Debout tel un roi dans l\u2019ar\u00e8ne, la t\u00eate dodeline d\u2019abord, un pli soucieux au<br>front comme pour s\u2019excuser d\u2019avoir fait si court, si bref, si vite. Sa veste est tir\u00e9e \u00e0 quatre<br>\u00e9pingles, immacul\u00e9e. Puis le port redevient altier, le regard droit, tendu vers un horizon<br>aussi lointain qu\u2019int\u00e9rieur. Derri\u00e8re lui, une succession d\u2019Uke \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, corps aplatis, \u00e0<br>plat dos et \u00e0 plate couture. Il les attend le temps qu\u2019il faut pour les saluer avec lenteur,<br>presque contrit de s\u2019\u00eatre trouv\u00e9 sur leur chemin.<br>Les millenials l\u2019ont sans doute oubli\u00e9. En ce temps-l\u00e0 le leader charismatique du judo<br>mondial n\u2019est pas le plus de 100 kg David Douillet, pourtant double champion olympique<br>et quadruple champion du monde, ni m\u00eame la moins de 48 kg Ryoko Tamura-Tani, quasi<\/p>\n\n\n\n<p>intraitable depuis pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie, mais bien ce hi\u00e9ratique moins de 100 kg-l\u00e0, \u00e0 qui<br>la d\u00e9termination pouponne, la pomme d\u2019Adam apparente et les paupi\u00e8res caboss\u00e9es<br>donnent de faux airs du Nelson Mandela d\u2019avant les proc\u00e8s de Rivonia. Une marge<br>\u00ab&nbsp;onoesque&nbsp;\u00bb, une aura d\u2019astronaute, la raret\u00e9 d\u2019un tableau de ma\u00eetre. Champion<br>olympique 2000, triple champion du monde 1999, 2001 et 2003, sans compter d\u2019\u00e9piques<br>championnats d\u2019Asie et autres Zen Nihon remport\u00e9s sous une pression patriotique folle.<br>Tout judoka r\u00eave du ippon parfait. Lui aspire \u00e0 bien plus noble&nbsp;: devenir Kosei Inoue.<br>\u00ab&nbsp;Je me souviens de la premi\u00e8re fois o\u00f9 je l\u2019ai vu, confie Maarten Arens, champion<br>d\u2019Europe 1995 des -81 kg et entra\u00eeneur national n\u00e9erlandais depuis 2005. C\u2019\u00e9tait \u00e0<br>l\u2019Universit\u00e9 de Tokai, en 1994. Il avait seize ans et, d\u00e9j\u00e0, sur le tapis, tu ne voyais que lui.&nbsp;\u00bb<br>Une sorte d\u2019\u00e9l\u00e9phant dans le salon, alors scolaris\u00e9 au lyc\u00e9e priv\u00e9 Sagami et \u00e9lev\u00e9 au bon<br>grain des l\u00e9gendaires Kazukata Hayashida, Nobuyuki Sato et Yasuhiro Yamashita. D\u00e9j\u00e0<br>ses uchi-mata, o-uchi et o-soto-gari font place nette quel que soit l\u2019\u00e2ge et le pedigree du<br>gars en face. Et tant pis si ce sera finalement Keiji Suzuki, prot\u00e9g\u00e9 d\u2019Hitoshi Saito et de<br>Koichi Iwabuchi \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Kokushikan, son cadet de deux ans aux ashi-waza<br>encore plus pr\u00e9cocement d\u00e9grossis, qui prendra le titre mondial junior 1998 &#8211; soit l\u2019an 1<br>avant l\u2019av\u00e8nement de Kosei. \u00ab&nbsp;Nous avons souvent parl\u00e9 de la puissance d\u2019Ilias Iliadis, se<br>rem\u00e9more l\u2019exp\u00e9riment\u00e9 entra\u00eeneur fran\u00e7ais Thierry Dibert, alors qu\u2019au fond c\u2019est avant<br>tout un mec qui place parfaitement son bassin. \u00c0 l\u2019inverse, la perfection technique d\u2019Inoue<br>a souvent \u00e9t\u00e9 lou\u00e9e. Or, \u00e0 la base, c\u2019est d\u2019abord un mec aux qualit\u00e9s physiques<br>exceptionnelles. T\u2019en as vu beaucoup concasser des armoires comme Nicolas Gill, Ghislain<br>Lemaire ou St\u00e9phane Traineau comme il le faisait&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Cette carri\u00e8re augurale a \u00e9t\u00e9 abondamment document\u00e9e, DVDis\u00e9e, YouTubis\u00e9e. S\u2019il<br>fallait n\u2019en garder que trois images, la premi\u00e8re serait dat\u00e9e d\u2019un 21 septembre 2000 de<br>temp\u00eate d\u2019\u00e9quinoxe \u00e0 Sydney, avec cet uchi-mata lunaire en finale des Jeux olympiques.<br>Un tokui waza explosif h\u00e9rit\u00e9 de son policier de p\u00e8re, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de deux judicieuses<br>amorces en o-uchi gari face \u00e0 un rival encore tout \u00e9tourdi, le pourtant-pas-n\u00e9-de-la-<br>derni\u00e8re-pluie Nicolas Gill. Ce jour-l\u00e0, le plus titr\u00e9 des judokas montr\u00e9alais sera<br>l\u2019officieux \u00ab champion olympique du reste du monde \u00bb selon Louis Jani, l\u2019instructeur de<br>l\u2019\u00e9quipe canadienne cit\u00e9 par l\u2019Ottawa Sun du lendemain et repris par Claude Gagnon<br>dans L\u2019Homme aux mille mouvements, sa biographie parue en 2017. Le porte-drapeau<br>des Jeux d\u2019Ath\u00e8nes est d\u2019ailleurs suffisamment en paix avec lui-m\u00eame pour, vingt ans<br>plus tard, s\u2019amuser de demeurer \u00e0 jamais et pour beaucoup \u00ab&nbsp;l\u2019homme aux deux jambes \u00e0<br>l\u2019envers&nbsp;\u00bb du poster le plus punais\u00e9 dans les dojos de ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle.<br>Sur le podium de Sydney comme \u00e0 Birmingham un an plus t\u00f4t, il y eut aussi cette photo<br>encadr\u00e9e de maman Inoue, disparue d\u2019une embolie c\u00e9r\u00e9brale le 21 juin 1999 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de<br>cinquante-et-un ans. C\u2019est la deuxi\u00e8me image forte de ces ann\u00e9es de r\u00e8gne. Elle dit tout<br>de la corr\u00e9lation soudaine entre cette amputation intime et le crescendo qualitatif<br>exponentiel du judo et de la consistance de celui qui aurait tout aussi bien pu ne<br>demeurer qu\u2019une \u00e9toile filante de plus, dans l\u2019ombre de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Tomokazu, venu<br>au judo apr\u00e8s lui, vainqueur de la Coupe Kano en janvier 1999 et qui sera m\u00eame<br>champion d\u2019Asie des moins de 100 kg en 2001\u2026 La troisi\u00e8me image qui reste de ces<br>quatre saisons hors sol est plus fugitive. C\u2019est celle de la moue pensive qu\u2019affichera le<br>ph\u00e9nom\u00e8ne tout en haut du podium d\u2019Osaka le 11 septembre 2003, \u00e0 la fois combl\u00e9 par<br>sa troisi\u00e8me couronne mondiale d\u2019affil\u00e9e en moins de 100 kg mais aussi un poil frustr\u00e9.<br>Deux ans plus t\u00f4t, il \u00e9tait devenu le plus jeune judoka \u00e0 boucler le triptyque titre<\/p>\n\n\n\n<p>mondial-titre olympique-Zen Nihon. Malgr\u00e9 ce haut fait d\u2019arme, le Comit\u00e9 de s\u00e9lection<br>nippon ne c\u00e9da pas \u00e0 son v\u0153u cannibale et jusqu\u2019au-boutiste de tenter le doubl\u00e9 trois<br>jours apr\u00e8s en toutes cat\u00e9gories. Keiji Suzuki, son alter-ego de toujours, son ami mais<br>aussi sa doublure de luxe, qu\u2019il avait affront\u00e9 deux fois au printemps pour une victoire<br>chacun, justifiera le choix f\u00e9d\u00e9ral en s\u2019adjugeant le titre en question.<br>Sur le toit du monde \u00e0 vingt-cinq ans, la chute du prodige n\u2019en sera que plus brutale.<br>Heureusement, rendu enclin \u00e0 l\u2019introspection par les \u00e9preuves personnelles, il saura<br>aussi en tirer les le\u00e7ons pour sa vie suivante\u2026 L\u2019ann\u00e9e 2004 marque en effet le d\u00e9but<br>d\u2019une olympiade enti\u00e8re sous le signe d\u2019une m\u00e9lancolie sourde et tenace. En avril, Keiji<br>Suzuki le bat au Zen Nihon, confirmant la premi\u00e8re semonce envoy\u00e9e un an plus t\u00f4t lors<br>du championnat du Japon par cat\u00e9gories de poids. Nul n\u2019a beau \u00eatre proph\u00e8te en son<br>pays, c\u2019est toute une flamme que fait vaciller le souffle de cet aller-retour sur les deux<br>joues du natif de Miyakonojo. Moins au clair quant \u00e0 ses objectifs \u2013 gagner et gagner<br>encore, oui, mais pour quoi faire&nbsp;? -, en proie au doute sur des micro-r\u00e9glages de son<br>judo, le perfectionniste gamberge depuis un moment m\u00eame si son masque impassible ne<br>montre rien. Porte-drapeau de l\u2019\u00e9quipe japonaise lors de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des<br>JO d\u2019Ath\u00e8nes, il s\u2019incline deux fois, et nettement, face au N\u00e9erlandais Elco van der Geest<br>puis, d\u00e9mobilis\u00e9, face \u00e0 l\u2019Azerba\u00efdjanais Movlud Miraliyev, sous le regard impuissant de<br>son entra\u00eeneur Osako Akinobu. Depuis son av\u00e8nement plan\u00e9taire de 1999, le Japonais<br>n\u2019avait pos\u00e9 les omoplates \u00e0 terre \u00e0 l\u2019international qu\u2019une seule fois, en mars 2001, sur<br>un p\u00e9ch\u00e9 d\u2019orgueil et face tout de m\u00eame \u00e0 l\u2019ancien champion du monde et olympique<br>hongrois Antal Kovacs, lors d\u2019un Europe-Asie par \u00e9quipes auquel ses entra\u00eeneurs ne<br>souhaitaient pas initialement l\u2019engager.<br>Tout a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit ou presque sur les raisons du fiasco grec. Genou fragile, manque<br>d\u2019agressivit\u00e9, attitude plus d\u00e9fensive que conqu\u00e9rante due \u00e0 son triple statut de tenant<br>du titre, d\u2019homme \u00e0 abattre et de porte-drapeau d\u2019une \u00e9quipe nippone pourtant \u00e0 son<br>z\u00e9nith &#8211; dix m\u00e9dailles dont huit titres pour quatorze engag\u00e9s, soit la moiti\u00e9 des seize<br>m\u00e9dailles d\u2019or du sport nippon sur l\u2019ensemble de ces Jeux\u2026 Moins connue est<br>l\u2019hypoth\u00e8se surr\u00e9aliste qu\u2019il confia aux Britanniques de Fighting Films dans The Samurai,<br>le troisi\u00e8me et dernier DVD du coffret que les vid\u00e9astes lui consacr\u00e8rent en 2009. Un<br>authentique n\u0153ud au cerveau qui pr\u00eaterait presqu\u2019\u00e0 sourire s\u2019il n\u2019\u00e9manait d\u2019un colosse<br>aussi sinc\u00e8rement meurtri, qui v\u00e9cut cette journ\u00e9e du 20 ao\u00fbt comme la plus grande<br>honte de toute sa vie. \u00ab&nbsp;En voyant mon nom en haut \u00e0 gauche du tableau, j\u2019ai compris que<br>si je gagnais tous mes combats, j\u2019allais rester en judogi bleu pendant tout le tournoi. En<br>principe il faut avoir dans son sac le judogi bleu et le judogi blanc. Le dilemme pour moi<br>c\u2019est que mettre le judogi blanc dans mon sac, c\u2019\u00e9tait admettre l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 le<br>porter, et donc de perdre un combat. \u00bb Le battement d\u2019aile d\u2019un papillon au Br\u00e9sil peut-il<br>provoquer une tornade au Texas&nbsp;? Si m\u00eame des th\u00e9oriciens scientifiques ont un jour<br>formul\u00e9 la question, l\u2019explication du dilemme t\u00e9tanisant n\u2019est sans doute pas \u00e0 \u00e9carter.<br>Int\u00e9rieur nuit. Nombreux sont les champions qui puisent leur capacit\u00e9 \u00e0 se hisser au-<br>dessus du commun de leurs contemporains dans une faille matricielle qu\u2019il leur aura<br>fallu combler. Cette faille prend malheureusement souvent la forme d\u2019un deuil, ancien ou<br>r\u00e9cent. Celui d\u2019un p\u00e8re, pour l\u2019Espagnol Sherazadishvili, champion du monde 2018 des<br>moins de 90 kg, ou la Fran\u00e7aise Buchard, double m\u00e9daill\u00e9e mondiale 2014 et 2018 des<br>moins de 48 puis des moins de 52 kg. Celui d\u2019une enfance vol\u00e9e, pour l\u2019Am\u00e9ricaine<br>Harrison, championne du monde 2010 et double championne olympique 2012 et 2016<\/p>\n\n\n\n<p>des moins de 78 kg. D\u2019un compagnon d\u2019armes, pour le Tch\u00e8que Krpalek, champion<br>olympique 2016 et champion du monde 2014 et 2019 des moins puis des plus de 100<br>kg, ou d\u2019un entra\u00eeneur, pour la Portugaise Monteiro et ses dix-neuf m\u00e9dailles olympique,<br>mondiales et continentales\u2026 Pour Kosei Inoue, qui n\u2019avait que vingt-et-un an lors de la<br>disparition d\u2019une m\u00e8re dont il \u00e9tait tr\u00e8s proche, le chemin de croix post-Ath\u00e8nes va<br>conna\u00eetre deux crans suppl\u00e9mentaires dans le tourment. Au plan physique, tout d\u2019abord.<br>Une d\u00e9chirure du pectoral droit en finale de la Coupe Kano, un triste 9 janvier 2005 face<br>au Bi\u00e9lorusse Rybak, d\u2019abord \u2013 un combat qu\u2019il remportera malgr\u00e9 tout, \u00e0 l\u2019orgueil<br>encore, sur un o-uchi gari ken-ken en p\u00eachant sous le menton, mais qui lui co\u00fbtera un an<br>et demi d\u2019absence. Au plan affectif, ensuite, avec la disparition brutale, le 16 juin 2005 \u00e0<br>trente-deux ans, de son autre fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Une \u00e9preuve terrible, proche du non-retour.<br>\u00ab&nbsp;Avant cela, j\u2019adressais une petite pri\u00e8re aux dieux avant de monter sur un tapis, d\u00e9clara-<br>t-il un an plus tard au bimestriel fran\u00e7ais L\u2019Esprit du judo. Aujourd\u2019hui c\u2019est fini. \u00c0 ses<br>obs\u00e8ques, je me suis dit \u2018plus de dieux\u2019\u2026&nbsp;\u00bb Comment remonter une pente devenue si<br>abrupte&nbsp;? Dans le m\u00eame entretien, Kosei Inoue cite une phrase de Yamashita Sensei : \u00ab&nbsp;le<br>probl\u00e8me n\u2019est pas de vivre, mais comment on vit&nbsp;\u00bb.<br>En 2007, son retour triomphal au Tournoi de Paris fera long feu. Le challenge<br>chevaleresque de performer en plus de 100 kg pour effacer l\u2019affront d\u2019Ath\u00e8nes a bien<br>confirm\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait de la trempe de cet \u00ab&nbsp;homme extraordinaire&nbsp;\u00bb dont le groupe fran\u00e7ais<br>Les Innocents chante depuis 1992 qu\u2019il \u00ab&nbsp;tourne sur un monde solitaire&nbsp;\u00bb et qu\u2019il<br>\u00ab&nbsp;approche un autre si\u00e8cle&nbsp;\u00bb. Ce 12 f\u00e9vrier-l\u00e0, un \u00e9tat d\u2019esprit limpide permet \u00e0 l\u2019homme \u00e0<br>la longue parka Mizuno bleu roi d\u2019\u00e9carter notamment sur sa seule aura une pointure<br>comme le triple champion du monde russe Mikhaylin \u2013 peut-\u00eatre le combat<br>international le plus abouti tactiquement de l\u2019ensemble de sa carri\u00e8re \u2013 puis de<br>remonter un waza-ari de retard en finale sur le Bi\u00e9lorusse Rybak, vainqueur<br>opportuniste en demie d\u2019un prometteur Fran\u00e7ais de dix-sept ans nomm\u00e9 Teddy Riner\u2026<br>Mais le souffl\u00e9 retombe vite. Le revenant s\u2019incline aux championnats du Japon en avril,<br>puis aux mondiaux de Rio en septembre. Choix \u00e9ditorial peu banal, la victoire contre lui<br>du jeune Riner au deuxi\u00e8me tour fut un tel s\u00e9isme que le quotidien fran\u00e7ais L\u2019\u00c9quipe<br>consacra sa quatri\u00e8me de couverture au r\u00e9cit de ce seul exploit, bouclant m\u00eame,<br>d\u00e9calage horaire oblige, avant la fin de la journ\u00e9e de comp\u00e9tition.<br>En d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e, lors de la finale de la Coupe Kano, Kosei Inoue s\u2019incline<br>\u00e0 nouveau, d\u2019un shido, cette fois face \u00e0 l\u2019\u00e9toile montante Satoshi Ishii. Le 10 f\u00e9vrier 2008,<br>la d\u00e9fense de son titre parisien est donc loin de se pr\u00e9senter comme une formalit\u00e9. Ayant<br>\u00e9pous\u00e9 trois semaines plus t\u00f4t la mannequin et blogueuse Aki Higashihara, Kosei Inoue<br>est poussif \u00e0 la garde comme dans ses entr\u00e9es de mouvements. Il balbutie son judo mais,<br>au m\u00e9tier, donne le change jusqu\u2019en demies o\u00f9, pour la seconde et derni\u00e8re fois de leur<br>carri\u00e8re, le nouveau champion du monde Teddy Riner se pr\u00e9sente face \u00e0 lui. Onze<br>ann\u00e9es, vingt centim\u00e8tres et une bonne dizaine de kilos s\u00e9parent alors les deux hommes.<br>Au golden score, un contre du Goliath fran\u00e7ais met fin au choc le plus attendu de ce<br>d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e olympique. L\u2019impact est annonc\u00e9 koka. Cette marque, qui n\u2019en aurait<br>peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 une ailleurs qu\u2019\u00e0 Bercy, assomme le roi d\u00e9chu autant qu\u2019il lib\u00e8re le<br>potentiel du surdou\u00e9 tricolore. Teddy Riner vient de s\u2019offrir un bail de six ann\u00e9es de<br>triomphes non-stop avec le public de Bercy. Crois\u00e9 en solitaire dans les couloirs<br>souterrains du POPB reliant la salle au tapis d\u2019\u00e9chauffement, Kosei Inoue, lui, est secou\u00e9<br>d\u2019irr\u00e9pressibles hoquets de larmes. Inconsolable, il semble soudain avoir mille ans. Son<br>r\u00eave immense de laver l\u2019honneur perdu \u00e0 Ath\u00e8nes par une victoire \u00e0 P\u00e9kin dans la<\/p>\n\n\n\n<p>cat\u00e9gorie reine des plus 100 kg a v\u00e9cu. Deux mois plus tard au Zen Nihon,<br>l\u2019immobilisation qu\u2019il subit face au solide Yohei Takai scelle le destin de sa premi\u00e8re vie.<br>Comme son a\u00een\u00e9 le triple champion olympique Nomura, le tatami a tranch\u00e9 et les deux<br>l\u00e9gendes doivent se r\u00e9soudre \u00e0 en rester l\u00e0 de leurs absolus olympiques respectifs.<br>Pour le poids lourd, cette petite mort sera de courte dur\u00e9e. Comme l\u2019\u00e9crivait Albert<br>Camus, il est de cette race d\u2019hommes qui a appris \u00e0 \u00ab&nbsp;saluer la vie jusque dans la<br>souffrance&nbsp;\u00bb et a int\u00e9rioris\u00e9 les pr\u00e9ceptes de Marc-Aur\u00e8le&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que la force me soit donn\u00e9e<br>de supporter ce qui ne peut \u00eatre chang\u00e9 et le courage de changer ce qui peut l\u2019\u00eatre, mais<br>aussi la sagesse de distinguer l\u2019un de l\u2019autre&nbsp;\u00bb. Kosei Inoue est dans l\u2019ann\u00e9e de ses trente<br>printemps. Le judo lui a tout donn\u00e9 et il en a fait de m\u00eame en retour, sans calculer et<br>sans regrets autres que celui des rares m\u00e9dailles qui lui auront manqu\u00e9. En esth\u00e8te<br>attentif aux lois de l\u2019\u00e9quilibre et de la sym\u00e9trie appliqu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la globalit\u00e9<br>d\u2019une existence, tout converge et va bient\u00f4t prendre sens. Les ann\u00e9es d\u2019\u00e9chauffement<br>sont \u00e0 pr\u00e9sent termin\u00e9es. Symboliquement, il en est souvent ainsi&nbsp;: c\u2019est au moment de<br>descendre du tapis qu\u2019un judoka entre pour de bon dans le dojo de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>II. Un tronc qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve<br>\u00ab&nbsp;Les montagnes et les rivi\u00e8res peuvent \u00eatre d\u00e9plac\u00e9es, mais pas la nature de l\u2019homme&nbsp;\u00bb dit<br>un pr\u00eatre portugais tourment\u00e9, exil\u00e9 au Japon du XVIIe si\u00e8cle dans le film Silence de<br>Martin Scorsese. Comme nombre de champions nippons avant et apr\u00e8s lui, le n\u00e9o-<br>retrait\u00e9 va d\u2019abord prendre du champ avant de revenir arm\u00e9. Apprendre son m\u00e9tier loin<br>de l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019exercera, mais au c\u0153ur de cultures lointaines dont il importe de s\u2019impr\u00e9gner<br>pour mieux les comprendre voire, qui sait, entamer un dialogue durable. Outre la vis\u00e9e<br>ouvertement \u00e9vang\u00e9lisatrice de la d\u00e9marche dans la continuit\u00e9 de celle d\u2019un Jigoro Kano,<br>il s\u2019agit ici d\u2019\u00e9largir et d\u2019affiner une grille de lecture de l\u2019activit\u00e9. S\u2019assurer de la puret\u00e9 de<br>ses sentiments \u00e0 son \u00e9gard, aussi. Et prendre du recul sur sa propre identit\u00e9, celle d\u2019un<br>habitant d\u2019un pays de cent soixante-dix millions d\u2019\u00e2mes pour dix-sept pour cent de<br>terres habitables, pour qui l\u2019Autre est \u00e0 placer sur un pi\u00e9destal sous peine de finir seul \u2013<br>une hantise en cet archipel o\u00f9 tout est affaire de groupes et de cercles inclusifs et<br>exclusifs. Un pays o\u00f9, du lanceur de javelot K\u014dji Murofushi \u00e0 la tenniswoman Naomi<br>Osaka en passant par les judokas Mashu Baker, Aaron Wolf ou Christa Deguchi, la<br>th\u00e9matique des sportifs m\u00e9tis (h\u0101fu) montre que les temps changent doucement mais<br>s\u00fbrement.<br>D\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre, c\u2019est en Grande-Bretagne que l\u2019apprenant posera ses zooris, envoy\u00e9<br>par son Comit\u00e9 national olympique et le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation. D\u2019abord en \u00c9cosse, o\u00f9<br>il passera six mois au Centre national de Ratho pr\u00e8s d\u2019Edimbourg, et o\u00f9 Euan Burton,<br>Sam Ingram et les bons vivants locaux conservent de joyeux souvenirs de cet expatri\u00e9<br>pas comme les autres, puis en Angleterre, au Budokwai de Londres, o\u00f9 ses douze mois<br>auront l\u00e0 aussi durablement marqu\u00e9 les r\u00e9sidents de l\u2019institution de Gilston Road.<br>\u00ab&nbsp;J\u2019avais beaucoup voyag\u00e9 jusqu\u2019alors mais, arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente ans, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que je<br>ne connaissais pas vraiment le monde&nbsp;\u00bb admet-il un jour en entretien. \u00ab&nbsp;J\u2019ai pu apprendre<br>un peu d\u2019anglais et d\u00e9couvrir d\u2019autres fa\u00e7ons d\u2019enseigner notre discipline tout en mesurant<br>la port\u00e9e de celle-ci dans ces pays.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9viter le syndrome d\u2019imposture qui frappe parfois les champions pass\u00e9s trop vite<br>du tatami \u00e0 la chaise de coach, la mont\u00e9e en comp\u00e9tence de Kosei Inoue va se faire<br>progressivement. Et le bapt\u00eame du feu sera du genre\u2026 m\u00e9morable. En 2009 aux<br>mondiaux de Rotterdam, il est en effet de la cuite collective que l\u2019\u00e9quipe nippone s\u2019inflige<br>le 30 ao\u00fbt au soir, zigzaguant en pleine rue avec tout le groupe, comme pour se terminer<br>apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle historique de la semaine \u2013 deux m\u00e9dailles et aucun titre pour sept<br>masculins engag\u00e9s. Il fallait \u00e7a pour se parler et, peut-\u00eatre, s\u2019\u00e9couter. Un an plus tard \u00e0<br>Tokyo, l\u2019histoire est toute autre. La sono crache sept jours durant le tube \u2018Medalist\u2019 de<br>Takeshi Tsuruno mais, sur le tapis, le temple shinto est remis au centre du village. Deux<br>engag\u00e9s nippons par cat\u00e9gorie, quatre pour l\u2019\u00e9preuve Open. Vingt-trois m\u00e9dailles<br>f\u00e9minines et masculins au total, le titre en moins de 100 pour Takamasa Anai \u2013 dont un<br>de-ashi-barai en quatre secondes en quarts face \u00e0 l\u2019Isra\u00e9lien Zeevi. Mieux&nbsp;: le dernier<br>jour, c\u2019est un Nippon, la com\u00e8te Daiki Kamikawa, qui mettra un coup d\u2019arr\u00eat aux deux<br>ann\u00e9es d\u2019invincibilit\u00e9 du Fran\u00e7ais Riner. Derri\u00e8re, Paris 2011 sera comparativement<br>moins faste. Le terrible moment du tsunami du 11 mars est pass\u00e9 par l\u00e0. Il a laiss\u00e9 un<br>pays exsangue, \u00e9branl\u00e9 jusque dans son ADN et sa confiance en ses institutions &#8211; \u00ab&nbsp;Il n\u2019y<br>a peut-\u00eatre que les Japonais \u00e0 ne pas conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb dit \u00e0 sa voisine l\u2019\u00e9pouse d\u2019un<br>fonctionnaire am\u00e9ricain dans le docu-fiction Fukushima, le couvercle du soleil de Futoshi<br>Sato, au moment de quitter les lieux quelques heures apr\u00e8s l\u2019explosion du r\u00e9acteur n\u00b01<br>de la d\u00e9sormais tristement c\u00e9l\u00e8bre centrale nucl\u00e9aire -, mais un pays moralement<br>d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 s\u2019aligner sur la posture des a\u00een\u00e9s de 1945&nbsp;: faire face et se relever ensemble.<br>Onze mois plus tard, les JO 2012 sanctionneront \u00e0 la fois une g\u00e9n\u00e9ration vieillissante,<br>encore groggy de la catastrophe de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, mais aussi un syst\u00e8me \u00e0 bout de<br>souffle, o\u00f9 les violences et les brimades du \u00ab&nbsp;judo de papa&nbsp;\u00bb ne passent plus. \u00c0 Londres,<br>aucun masculin nippon ne sera titr\u00e9 \u2013 une premi\u00e8re historique depuis l\u2019introduction de<br>la discipline aux JO de 1964.<br>\u00ab&nbsp;Retrouver le geste fr\u00e8re&nbsp;\u00bb. Il faut parfois toucher le fond pour reprendre l\u2019impulsion.<br>Et le fond, selon les canons nippons du moment, est d\u00e9sormais et pour longtemps<br>g\u00e9olocalis\u00e9 \u00e0 Londres. Pour succ\u00e9der \u00e0 Shinichi Shinohara dans le r\u00f4le de kantoku<br>(entra\u00eeneur g\u00e9n\u00e9ral) des masculins et tenter d\u2019emp\u00eacher le judo nippon de continuer \u00e0<br>se d\u00e9centrer, Kosei Inoue a le profil idoine, d\u2019autant que sa popularit\u00e9 reste intacte.<br>Ainsi, en f\u00e9vrier 2010, les spectateurs des premiers rangs du Grand Chelem de Paris<br>avaient eu un aper\u00e7u du respect conserv\u00e9 par le jeune entra\u00eeneur. Ce dimanche-l\u00e0,<br>Takashi Ono remporte le titre en moins de 90 kg sur un magistral uchi-mata ken-ken en<br>finale sur l\u2019Ouzbek Choriev. Et pourtant, en sortie de tapis, les \u00ab&nbsp;Kosei&nbsp;! Kosei&nbsp;!&nbsp;\u00bb des<br>enfants sont sans \u00e9quivoque&nbsp;: c\u2019est bien vers l\u2019entra\u00eeneur davantage que vers le<br>champion du jour que les bras se tendent en majorit\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer qui un autographe,<br>qui un selfie\u2026 Appel\u00e9 en renfort pour redorer un blason entach\u00e9 par les affaires de<br>violence mais aussi de m\u0153urs (Masato Uchishiba, double champion olympique des<br>moins de 66 kg en 2004 et 2008, s\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9 pour viol), l\u2019homme<br>providentiel reconna\u00eet que \u00ab&nbsp;le challenge sera difficile, mais c\u2019est parce que c\u2019est difficile<br>que \u00e7a me pla\u00eet.&nbsp;\u00bb D\u2019entr\u00e9e il renouvelle et rajeunit l\u2019ensemble de l\u2019organigramme. \u00ab&nbsp;Je<br>crois important de trouver un \u00e9quilibre entre tradition et modernit\u00e9, et c\u2019est la raison pour<br>laquelle je m\u2019inspire beaucoup de ce que font mes homologues des sports professionnels,<br>qu\u2019il s\u2019agisse du baseball, du football ou du rugby. Nous avons beaucoup \u00e0 apprendre d\u2019eux<br>en mati\u00e8re de haute performance comme de management des hommes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Son pass\u00e9, son v\u00e9cu et sa cr\u00e9dibilit\u00e9 donnent un poids consid\u00e9rable \u00e0 sa profession de<br>foi, qu\u2019il r\u00e9p\u00e8tera quelques ann\u00e9es plus tard en termes choisis. La fermet\u00e9 de son ton<br>\u00e9carte toute notion de fausse modestie&nbsp;: l\u2019homme sait sa valeur et o\u00f9 il va. \u00ab&nbsp;Nous<br>aspirons \u00e0 devenir une organisation per\u00e7ue comme celle qui a une \u00e9quipe qui gagne tout le<br>temps et d\u2019une mani\u00e8re naturelle. Pour cela nous devons am\u00e9liorer la technique, le<br>physique, l\u2019esprit, tout. Nos objectifs ne sont pas seulement les prochains combats. Nous<br>nous projetons sur cinquante voire cent ans. Au sein de la F\u00e9d\u00e9ration japonaise, notre<br>objectif est de faire en sorte que nos athl\u00e8tes et notre organisation soient \u2018les plus forts et<br>les meilleurs\u2019. Nous croyons que ce slogan est bon.&nbsp;\u00bb<br>De fait, son mandat commence par un triple coup de canon en ao\u00fbt 2013 aux mondiaux<br>de Rio. Naohisa Takato le lundi, Masashi Ebinuma le mardi et surtout Shohei Ono le<br>mercredi signent le lancement parfait d\u2019une olympiade plac\u00e9e sous le signe de la<br>reconqu\u00eate. Vingt-et-un ans de moyenne d\u2019\u00e2ge, un enthousiasme (Takato), une capacit\u00e9<br>de r\u00e9silience (Ebinuma et sa volont\u00e9 farouche de faire en sorte que son corps ne trahisse<br>pas son c\u0153ur, comme en t\u00e9moigne son l\u00e9gendaire refus d\u2019abdiquer malgr\u00e9 un coude<br>lux\u00e9 par son adversaire en d\u00e9but de finale) et une absence totale de compromis face \u00e0 la<br>m\u00e9diocrit\u00e9 (Ono, stratosph\u00e9rique malgr\u00e9 un quart heureux face au N\u00e9erlandais Elmont).<br>En bord de tapis, droit dans son surv\u00eatement ou son costume, Kosei Inoue prend tr\u00e8s au<br>s\u00e9rieux ses nouvelles responsabilit\u00e9s, instaurant la distance protocolaire qu\u2019impose la<br>haute id\u00e9e qu\u2019il se fait de sa fonction. Il en sera ainsi tout au long de l\u2019olympiade. En zone<br>mixte, en fin de journ\u00e9e, son point presse quotidien provoque l\u2019attroupement des<br>journalistes nippons. \u00ab&nbsp;Le judo est un important pourvoyeur de m\u00e9dailles d\u2019or du sport<br>japonais. Les attentes sont importantes et je l\u2019ai bien int\u00e9gr\u00e9. Si aucun journaliste ne nous<br>attend le soir venu, c\u2019est que nous n\u2019avons pas bien travaill\u00e9. Si la presse est l\u00e0, ce n\u2019est pas<br>un probl\u00e8me pour moi. Je vois cela comme un encouragement \u00e0 poursuivre nos efforts.&nbsp;\u00bb<br>Haute attitude. Dans les chefferies traditionnelles, il est commun de distinguer deux<br>types de leaders&nbsp;: ceux qui envoient leurs troupes ouvrir la route pour eux, et que leurs<br>troupes ne respectent qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, et ceux qui ouvrent la route pour leurs troupes, les<br>f\u00e9d\u00e9rant par leur exemplarit\u00e9, leur courage et leur sens des responsabilit\u00e9s. Kosei Inoue<br>se range clairement dans la seconde cat\u00e9gorie. Son parcours sur et en dehors des tapis<br>lui permet d\u2019\u00eatre en empathie avec ceux qui gagnent car il a lui-m\u00eame tutoy\u00e9 la victoire,<br>mais aussi avec ceux qui perdent car il a lui-m\u00eame connu la d\u00e9faite. Mais empathie ne<br>veut pas dire auto-complaisance. Bien au contraire. L\u2019homme, \u00e9duqu\u00e9 par un p\u00e8re<br>policier aux chemises et polos toujours impeccablement repass\u00e9s, n\u2019est pas du genre \u00e0<br>c\u00e9der un pouce de terrain \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des hikikomori, ces adolescents calfeutr\u00e9s chez<br>eux qui ne communiquent avec le monde que par les r\u00e9seaux sociaux. Comme il le<br>d\u00e9clare en 2016 au quotidien fran\u00e7ais Lib\u00e9ration, il a fait du \u00ab&nbsp;respect&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;la<br>gratitude dus \u00e0 l\u2019adversaire, au staff et au dojo&nbsp;\u00bb les pierres angulaires de son vestiaire.<br>\u00ab&nbsp;Le judo est un produit de la culture nippone, mart\u00e8le-t-il. \u00c0 chaque combat, c\u2019est ce que<br>nous devons d\u00e9montrer. Il faut que les gens regardent les judokas japonais en pensant<br>qu\u2019ils vont gagner, \u00e0 chaque fois. Comme une \u00e9vidence.&nbsp;\u00bb<br>En 2013, 2014 et 2015, l\u2019\u00e9quipe masculine japonaise reprend la t\u00eate du classement des<br>m\u00e9dailles aux championnats du monde. Le reste de la saison, la razzia en devient m\u00eame<br>presque ind\u00e9cente. En marge de cette intimidante d\u00e9monstration de force, trois actes<br>symboliques forts vont marquer l\u2019olympiade du jeune kantoku. Le premier remonte \u00e0<br>septembre 2014. De retour des mondiaux de Chelyabinsk o\u00f9 il a d\u00fb c\u00e9der sa couronne<\/p>\n\n\n\n<p>mondiale (ainsi qu\u2019une dent) en demi-finale des moins de 60 kg face au futur champion<br>olympique, le Russe Beslan Mudranov, Naohisa Takato se pr\u00e9sente en conf\u00e9rence de<br>presse t\u00eate basse et le cr\u00e2ne compl\u00e8tement ras\u00e9. Ses retards fr\u00e9quents lors des<br>rassemblements de l\u2019\u00e9quipe japonaise lors des mondiaux n\u2019ont pas plu \u00e0 son staff, qui<br>place le r\u00f4le de mod\u00e8le de ses champions au-dessus de tout. Qu\u2019il soit double m\u00e9daill\u00e9<br>mondial devient m\u00eame une circonstance aggravante. Alors le voici r\u00e9trograd\u00e9 dans<br>l\u2019\u00e9quipe B, celle non plus des leaders mais des sept meilleurs combattants de chaque<br>cat\u00e9gorie. Il n\u2019est jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre plus un sempai (a\u00een\u00e9) mais un kohai (cadet), et<br>devra assumer les t\u00e2ches ingrates li\u00e9es \u00e0 ce statut. D\u2019o\u00f9 son cr\u00e2ne ras\u00e9, symbole en<br>principe de ces \u00e9tudiants en premi\u00e8re ann\u00e9e qu\u2019il n\u2019est pourtant plus depuis<br>longtemps\u2026 L\u00e0 o\u00f9 la sanction d\u00e9passe la personne du seul Takato, c\u2019est qu\u2019au moment<br>de l\u2019annoncer Kosei Inoue est debout \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, et lui-m\u00eame s\u2019est ras\u00e9 la t\u00eate&nbsp;! Le geste,<br>rare, fait \u00e9cho \u00e0 celui, quarante ans plus t\u00f4t, de Yasuichi Matsumoto, entra\u00eeneur de<br>l\u2019\u00e9quipe japonaise aux JO de Tokyo, qui eut la m\u00eame initiative pour signifier sa contrition<br>au lendemain de la d\u00e9faite de son prot\u00e9g\u00e9 Akio Kaminaga en finale des lourds face au<br>N\u00e9erlandais Anton Geesink, et marquer ainsi sa part de responsabilit\u00e9 dans cette<br>humiliation nationale\u2026 En cette rentr\u00e9e 2014, le message est \u00e0 double sens. Du point de<br>vue d\u2019Inoue&nbsp;: si mon athl\u00e8te est fautif, c\u2019est que moi, responsable, j\u2019ai failli \u00e9galement et<br>dois me remettre en question&nbsp;; du point de vue de Takato&nbsp;et du reste du groupe : si un<br>entra\u00eeneur aussi respect\u00e9 que Kosei Inoue doit s\u2019humilier au point de se raser la t\u00eate<br>publiquement \u00e0 cause de nous, nous devons aussi nous remettre en question pour ne<br>plus que cela se reproduise. Deux titres mondiaux et un bronze olympique plus tard,<br>s\u00e9rie en cours, il semble que la le\u00e7on ait port\u00e9 ses fruits\u2026 Loin de s\u2019en gargariser et<br>prenant soin de ne surtout pas confondre autorit\u00e9 et autoritarisme, Kosei Inoue<br>commente sobrement cet \u00e9pisode&nbsp;: \u00ab&nbsp;Takato est un athl\u00e8te fort intelligent. Il est capable<br>de r\u00e9fl\u00e9chir par lui-m\u00eame sur sa tactique et sa strat\u00e9gie. Moi je ne lui ai pas dit grand-<br>chose. J\u2019ai seulement essay\u00e9 de cr\u00e9er un environnement dans lequel il pouvait \u00e9largir ses<br>id\u00e9es. Je vois qu\u2019il est devenu spirituellement plus stable et plus r\u00e9sistant \u00e0 travers ces<br>exp\u00e9riences diverses.&nbsp;\u00bb<br>Le deuxi\u00e8me acte puissant du magist\u00e8re Inoue concerne \u00ab&nbsp;sa&nbsp;\u00bb cat\u00e9gorie des moins de<br>100 kg. Champion du monde 2015 de la cat\u00e9gorie, Ryunosuke Haga avait alors confi\u00e9 \u00e0<br>L\u2019Esprit du judo que c\u2019\u00e9tait un an avant, dans \u00ab&nbsp;l\u2019humiliation&nbsp;\u00bb de la non-s\u00e9lection de sa<br>cat\u00e9gorie aux mondiaux de Chelyabinsk, qu\u2019il avait puis\u00e9 le carburant n\u00e9cessaire \u00e0 cet or<br>plan\u00e9taire. Car non seulement le meilleur moins de 100 kg nippon du moment ne fut pas<br>align\u00e9 \u2013 une premi\u00e8re historique \u2013 mais il lui fut demand\u00e9 de faire le voyage et de<br>regarder sur place ces championnats&nbsp;! \u00ab&nbsp;En me condamnant \u00e0 assister depuis les tribunes<br>aux mondiaux de Chelyabinsk, ma f\u00e9d\u00e9ration a sanctionn\u00e9 des insuffisances que je me<br>refusais \u00e0 voir, nous confia \u00e0 l\u2019\u00e9poque le golden boy de Tokai. D\u2019un seul coup j\u2019ai compris<br>qu\u2019\u00e0 leurs yeux je n\u2019avais pas le niveau. C\u2019\u00e9tait un d\u00e9saveu terrible. Cette \u00e9preuve \u00e9tait<br>mentale, et j\u2019ai mis longtemps \u00e0 en mesurer les bienfaits.&nbsp;\u00bb Dans la foul\u00e9e, il sera invit\u00e9 \u00e0<br>partir s\u2019entra\u00eener seul pendant un mois en Mongolie\u2026 \u00ab&nbsp;Nous voulions aider Haga \u00e0 se<br>recentrer, explique Kosei Inoue. Qu\u2019il r\u00e9fl\u00e9chisse et qu\u2019il revienne plus fort. Pour cela il faut<br>des actes d\u00e9cisifs, un peu comme une grosse attaque pendant un combat. Tout ceci d\u00e9passe<br>le strict cadre du sport. Nous parlons ici d\u2019\u00e9ducation morale. Moi aussi, plus jeune, j\u2019ai fait<br>des b\u00eatises, et je suis reconnaissant aujourd\u2019hui envers les personnes qui ont su trouver les<br>leviers pour me faire progresser en humanit\u00e9.&nbsp;\u00bb Revenu de cette travers\u00e9e du d\u00e9sert, le<br>triomphe de son prot\u00e9g\u00e9 \u00e0 Astana puis sa m\u00e9daille olympique \u00e0 Rio ont valid\u00e9 le pari&nbsp;:<br>oui, parfois, un pas en arri\u00e8re permet de faire deux pas en avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me acte est pass\u00e9 presque inaper\u00e7u \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et pourtant\u2026 En mai 2016,<br>l\u2019\u00e9quipe japonaise pour les Jeux est connue. Le Grand Prix d\u2019Almaty n\u2019a donc pas grande<br>importance dans l\u2019absolu, si ce n\u2019est qu\u2019il offre l\u2019opportunit\u00e9 de lancer dans le grand bain<br>quelques pointures de demain. C\u2019est ce que pressent le staff nippon en n\u2019envoyant qu\u2019un<br>masculin, le moins de 66 kg de Tenri Joshiro Maruyama. Celui-ci s\u2019impose et pose, \u00e0<br>vingt-deux ans, les jalons de l\u2019\u00e9pouvantail qu\u2019il deviendra trois ans plus tard lors de son<br>titre mondial de Tokyo\u2026 Et qui \u00e9tait sur la chaise ce jour-l\u00e0 au Kazakhstan, alors qu\u2019il<br>aurait pu d\u00e9l\u00e9guer ce voyage-l\u00e0 \u00e0 l\u2019un de ses adjoints&nbsp;? Kosei Inoue lui-m\u00eame. Son<br>message&nbsp;: tu n\u2019es pas encore quelqu\u2019un mais moi je crois en toi alors je fais le voyage<br>avec toi et pour toi. \u00ab&nbsp;Dans ma vision, l\u2019entra\u00eeneur est un partenaire du combattant, mais<br>aussi son supporter. En principe le combattant le sait, mais il est important, par certains<br>actes, de le lui rappeler.&nbsp;\u00bb Message re\u00e7u.<br>Avec un bilan de sept m\u00e9daill\u00e9s pour deux titres (dont, pour la premi\u00e8re fois, en moins<br>de 90 kg) sur sept engag\u00e9s aux Jeux de Rio chez ses masculins, l\u2019\u00e9quipe de Kosei Inoue a<br>coch\u00e9 l\u2019objectif d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9vidence&nbsp;\u00bb escompt\u00e9 par ce dernier \u00e0 son arriv\u00e9e. Nouvelles r\u00e8gles ou<br>pas, mondialisation du tableau des m\u00e9dailles ou non, le puzzle m\u00e9thodologique<br>savamment mis en place depuis 2012 commence \u00e0 prendre sens. Le judo dynamique et<br>la recherche permanente du ippon restent l\u2019intention \u00e0 chaque hadjim\u00e9. Les<br>adversaires&nbsp;? La retenue dont font preuve ses combattants en toute circonstance<br>t\u00e9moigne d\u2019une consid\u00e9ration qui d\u00e9passe les notions de victoire ou de d\u00e9faite. \u00ab&nbsp;Ils sont<br>aussi des partenaires et des amis. Sans eux, notre judo ne progresserait pas. Il est<br>fondamental que nous, entra\u00eeneurs, montrions cela et l\u2019enseignions \u00e0 nos \u00e9tudiants. Je crois<br>que les r\u00e9cents progr\u00e8s enregistr\u00e9s dans nos r\u00e9sultats sont intimement li\u00e9s aux progr\u00e8s de<br>nos \u00e9tudiants dans le d\u00e9veloppement de leur personnalit\u00e9 et de leur humanit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re<br>vraiment qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir nos athl\u00e8tes deviendront des mod\u00e8les, tant en tant que judokas<br>qu\u2019en tant que sportifs en g\u00e9n\u00e9ral.&nbsp;\u00bb<br>Devant les cam\u00e9ras, les larmes de l\u2019ancien champion disent tout de son investissement<br>total et de sa fiert\u00e9, lui qui accorde une place importante aux t\u00eate-\u00e0-t\u00eate individuels avec<br>ses athl\u00e8tes pour s\u2019assurer que ses messages passent bien. Satisfaction toute<br>personnelle&nbsp;: ce spectaculaire redressement national a lieu dans la ville m\u00eame o\u00f9, neuf<br>ans plus t\u00f4t, Teddy Riner lui infligea sa premi\u00e8re d\u00e9faite en carri\u00e8re sur un championnat<br>du monde\u2026 Apr\u00e8s l\u2019Italien Ezio Gamba et son pari fou \u2013 et atteint \u2013 de faire de \u00ab&nbsp;sa&nbsp;\u00bb<br>Russie la premi\u00e8re nation aux JO de Londres, l\u2019\u00e9quipe masculine nippone vient quatre<br>ans plus tard de remettre les pendules \u00e0 l\u2019heure de Tokyo. Une d\u00e9monstration de force<br>r\u00e9alis\u00e9e avec un calme implacable, \u00e0 l\u2019image de cette photo ayant fait le tour du monde,<br>immortalisant le salut synchronis\u00e9 et appliqu\u00e9 du moins de 73 kg Shohei Ono au<br>premier plan et de son entra\u00eeneur Yusuke Kanamaru au second plan\u2026 Allait-il rel\u00e2cher<br>la pression, au moment o\u00f9 son homologue en charge de l\u2019\u00e9quipe f\u00e9minine Mitsutoshi<br>Nanjo d\u00e9missionnait malgr\u00e9 cinq m\u00e9dailles dont un titre, bient\u00f4t remplac\u00e9 par<br>Katsuyuki Masuchi&nbsp;? C\u2019est mal conna\u00eetre le bonhomme et son niveau d\u2019exigence hors<br>norme.<br>L\u2019olympiade 2012-2016 avait \u00e9t\u00e9 celle du rappel \u00e0 l\u2019ordre&nbsp;? La suivante, chapeaut\u00e9e par<br>le Directeur technique national Jun Konno, va consister \u00e0 enfoncer le clou. En janvier<br>2017, nous avions \u00e0 L\u2019Esprit du judo proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un comparatif statistique entre les<br>r\u00e9sultats des Japonais au Grand Chelem de Tokyo et celui des Fran\u00e7ais \u00e0 celui de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que nations h\u00f4tes, les deux pays avaient \u00e0 chaque fois droit \u00e0 quatre engag\u00e9s par<br>cat\u00e9gorie. La suite se passe de commentaires&nbsp;: \u00ab&nbsp;En 2013, les Fran\u00e7ais remportent en<br>f\u00e9vrier huit m\u00e9dailles dont cinq titres au Grand Chelem de Paris tandis qu\u2019en d\u00e9cembre de<br>la m\u00eame ann\u00e9e les Japonais remportent vingt-sept m\u00e9dailles dont onze d\u2019or au Grand<br>Chelem de Tokyo. En 2014, les Fran\u00e7ais \u2013 orphelins de Teddy Riner pour la premi\u00e8re fois<br>depuis 2006 \u2013 font douze m\u00e9dailles pour deux titres \u00e0 Paris tandis qu\u2019\u00e0 Tokyo le Japon<br>engrange vingt-six m\u00e9dailles pour sept titres. En 2015, la France fait huit m\u00e9dailles dont<br>trois titres \u00e0 Bercy alors qu\u2019\u00e0 Tokyo les Japonais culminent \u00e0 vingt-trois m\u00e9dailles pour<br>onze titres. Enfin, l\u2019ann\u00e9e des Jeux, la France termine avec neuf m\u00e9dailles pour deux titres<br>tandis qu\u2019en d\u00e9cembre le Japon ne d\u00e9c\u00e9l\u00e8re pas malgr\u00e9 la transition post-Rio&nbsp;: trente-cinq<br>m\u00e9dailles pour dix titres.&nbsp;\u00bb Faut-il un bon entra\u00eeneur pour faire une bonne \u00e9quipe ou une<br>bonne \u00e9quipe pour faire un bon entra\u00eeneur&nbsp;? La question fait sourire Kosei Inoue, qui<br>pr\u00e9f\u00e8re insister sur l\u2019importance \u00e0 ses yeux \u00ab&nbsp;de la confiance mutuelle entre les<br>combattants et ceux qui les encadrent, ainsi que la conviction d\u2019avoir la meilleure \u00e9quipe et<br>le meilleur staff, et d\u2019avoir fait les bons choix.&nbsp;\u00bb Au-del\u00e0 des seules m\u00e9dailles, ce qui<br>int\u00e9resse Kosei Inoue, c\u2019est bien le m\u00e9tal dont se chauffent les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>III. Vers le soleil levant<br>Il fut un jour demand\u00e9 au cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurismaki de mettre des mots sur<br>l\u2019admiration qu\u2019il vouait \u00e0 son confr\u00e8re japonais Yasujiro Ozu, ma\u00eetre du plan fixe \u00e0<br>hauteur de tatami et des n\u0153uds familiaux complexes et pourtant universels, auteur<br>notamment des subtils et bouleversants Voyage \u00e0 Tokyo ou Le go\u00fbt du sak\u00e9. \u00ab&nbsp;Ce qui<br>suscite le plus de respect chez Ozu, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a jamais eu besoin d\u2019un seul meurtre, d\u2019un<br>seul acte de violence ni d\u2019un seul coup de feu pour aller \u00e0 l\u2019essentiel de la vie humaine.&nbsp;\u00bb<br>Kosei Inoue est-il connu pour ses excentricit\u00e9s&nbsp;? Ses tatouages&nbsp;? Des sorties m\u00e9diatiques<br>tapageuses&nbsp;? Ces pr\u00e9occupations lui ont-elles seulement effleur\u00e9 un jour l\u2019esprit&nbsp;? Au<br>lendemain de Rio, ses priorit\u00e9s sont plut\u00f4t les suivantes&nbsp;: comment enfoncer davantage<br>un clou d\u00e9j\u00e0 si profond\u00e9ment incrust\u00e9 dans le plexus du judo mondial ? Continuer \u00e0<br>infuser ce quelque chose qui d\u00e9passe le mono no aware (la sensibilit\u00e9 pour l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re)<br>et le wabi-sabi (l\u2019acceptation des imperfections) nippons, pour tendre vers un apport<br>plus universel&nbsp;? \u00ab&nbsp;Toute victoire qui n\u2019entra\u00eene pas la conviction et la transformation du<br>partenaire, n\u2019est qu\u2019une apparence et une illusion. Vaincre sans convaincre n\u2019est rien&nbsp;\u00bb<br>disait Jigoro Kano. L\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres auraient inconsciemment lev\u00e9 le pied, Kosei Inoue, lui,<br>va garder le cap qu\u2019il s\u2019est fix\u00e9&nbsp;: Tokyo 2020, et au-del\u00e0.<br>\u00ab&nbsp;Je consid\u00e8re que l\u2019\u00e9l\u00e9ment universellement important c\u2019est de continuer \u00e0 se battre avec<br>passion, cr\u00e9ativit\u00e9 et sinc\u00e9rit\u00e9, nous confie-t-il un jour en entretien. Encore faut-il pour<br>cela \u00eatre convaincu de pouvoir contribuer au d\u00e9veloppement accru du judo japonais et<br>m\u00eame du monde, en mettant en \u0153uvre les enseignements de Ma\u00eetre Jigoro Kano.<br>L\u2019utilisation efficace de l\u2019\u00e9nergie (Seiryoku Zenyo) et l\u2019entraide et la post\u00e9rit\u00e9 mutuelle (Jita<br>Kyoei) sont deux principes dont la port\u00e9e d\u00e9passe le seul Japon et vaut pour le monde<br>entier.&nbsp;\u00bb Sur ce point comme sur bien d\u2019autres, son action ne doit jamais \u00eatre dissoci\u00e9e<br>de celle de son mentor, Yasuhiro Yamashita, aux responsabilit\u00e9s politiques de plus en<br>plus importantes, de la F\u00e9d\u00e9ration nippone au Comit\u00e9 international olympique. \u00ab&nbsp;Leurs<br>deux approches se rejoignent et se compl\u00e8tent parfaitement&nbsp;\u00bb, souligne ainsi Hitoshi Sugai,<br>champion du monde 1985 et 1987 des moins de 95 kg et lui aussi issu de l\u2019Universit\u00e9 de<br>Tokai. \u00ab&nbsp;Ce sont deux personnes droites et s\u00e9rieuses. Leur gentillesse leur vaut le respect de<\/p>\n\n\n\n<p>tous.&nbsp;\u00bb Une impression partag\u00e9e par Nicolas Gill, aujourd\u2019hui \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00e9quipe<br>canadienne. \u00ab&nbsp;Kosei a su s\u2019entourer de gens qui ont la m\u00eame philosophie que lui, confirme<br>le double m\u00e9daill\u00e9 olympique et triple m\u00e9daill\u00e9 mondial. Des personnes pour qui la<br>g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l\u2019\u00e9ducation et la communication sont les piliers d\u2019un projet collectif.<br>Politiquement, il est \u00e9galement attentif \u00e0 cultiver des liens entre les universit\u00e9s et les<br>entreprises. Tu sens qu\u2019il aime ce qu\u2019il fait et que Yamashita a effectivement \u00e9t\u00e9 une source<br>d\u2019inspiration tr\u00e8s forte dans son parcours.&nbsp;\u00bb Pour le N\u00e9erlandais Maarten Arens, \u00ab&nbsp;le judo<br>a besoin de lui, tout simplement. Qui aujourd\u2019hui incarne \u00e0 ce point la notion de respect&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Respect. Le mot est prononc\u00e9. Celui qui se suscite autant que celui qui inspire. \u00ab&nbsp;D\u00e9j\u00e0,<br>c\u2019est quelqu\u2019un qui prend soin de sa personne&nbsp;\u00bb confirme l\u2019ancien champion du monde et<br>double m\u00e9daill\u00e9 olympique St\u00e9phane Traineau. Le Fran\u00e7ais fait ici allusion \u00e0 l\u2019assiduit\u00e9<br>en salle de musculation de ce \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb rival de douze ans son cadet qui a d\u00e9cid\u00e9, apr\u00e8s<br>quelques ann\u00e9es de rel\u00e2che, de ne plus (du tout) se laisser aller physiquement, n\u2019\u00e9tant<br>d\u00e9finitivement pas homme \u00e0 \u00ab&nbsp;sombrer dans l\u2019esprit vieillot&nbsp;\u00bb pour paraphraser l\u2019\u00e9crivain<br>Georges Bernanos. \u00ab&nbsp;Je l\u2019ai vu en stage \u00e0 Houlgate partir en footing \u00e0 sept heures du matin<br>juste avec son staff et revenir avant que leurs athl\u00e8tes ne descendent prendre le petit-<br>d\u00e9jeuner, ajoute le Belge Damiano Martinuzzi, entra\u00eeneur du champion d\u2019Europe et<br>double m\u00e9daill\u00e9 mondial Toma Nikiforov. Ses entra\u00eeneurs et lui rentrent des stages aussi<br>rinc\u00e9s que leurs athl\u00e8tes. C\u2019est lui qui donne le \u2018la\u2019 en s\u2019impliquant et en donnant de l\u2019espace<br>et de la consid\u00e9ration \u00e0 chacun. Il a tout compris je pense car son groupe d\u00e9gage du plaisir<br>et \u00e7a c\u2019est quelque chose de nouveau.&nbsp;\u00bb<br>Pour l\u2019Alg\u00e9rien Sofiane Abadla, \u00ab&nbsp;il a su redonner de la hauteur \u00e0 la fonction&nbsp;\u00bb. En habitu\u00e9<br>du circuit, l\u2019ancien moins de 73 kg est \u00e9pat\u00e9 de voir un quadrag\u00e9naire comme Inoue ne<br>pas h\u00e9siter de temps \u00e0 autre \u00e0 franchir la ligne invisible qui, en stage international,<br>s\u00e9pare les entra\u00eeneurs des combattants, pour aller chercher les meilleurs champions<br>\u00e9trangers et, le temps d\u2019un randori, \u00ab&nbsp;transpirer un peu tout en leur rappelant l\u2019heure qu\u2019il<br>est&nbsp;\u00bb. Beaucoup se souviennent aussi que sa prise de fonction a co\u00efncid\u00e9 avec une<br>initiative toute simple en apparence mais qui imprimera durablement l\u2019\u00e9poque. Sur la<br>chaise de coach, son staff et lui marquent d\u00e9sormais ostensiblement un temps au<br>moment du salut des combattants, en d\u00e9but et en fin de combat, pour eux aussi s\u2019incliner<br>lentement devant le tapis et l\u2019entra\u00eeneur de l\u2019adversaire. Une attention en apparence<br>anodine mais qui sera bient\u00f4t adopt\u00e9e par l\u2019ensemble du circuit, et qui aura fait autant<br>pour la street-cr\u00e9dibilit\u00e9 de la discipline que l\u2019arriv\u00e9e en 2009 des costumes et autres<br>tailleurs cintr\u00e9s pour les phases finales. Un geste de soft power qui n\u2019est pas sans<br>rappeler l\u2019impact-monstre sur l\u2019opinion publique du vestiaire rendu propre comme un<br>sou neuf par l\u2019\u00e9quipe de football japonaise au soir de son \u00e9limination de la Coupe du<br>monde 2018.<br>\u00ab&nbsp;L\u2019actuel staff japonais ne pr\u00e9pare pas les JO. Il pr\u00e9pare le futur, ce n\u2019est pas exactement la<br>m\u00eame chose&nbsp;\u00bb observe l\u2019exp\u00e9riment\u00e9 Marjan Fabjan, entra\u00eeneur d\u2019Urska Zolnir et de Tina<br>Trstenjak, les deux derni\u00e8res championnes olympiques des moins de 63 kg. En<br>autodidacte qui ne doit sa r\u00e9ussite qu\u2019\u00e0 son intransigeance et \u00e0 sa compr\u00e9hension fine<br>des enjeux de motivation intrins\u00e8que et extrins\u00e8que, le coach slov\u00e8ne est frapp\u00e9 par le<br>\u00ab&nbsp;calme, la d\u00e9termination et l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe&nbsp;\u00bb que le kantoku a su insuffler \u00e0 ses hommes.<br>Pour le Fran\u00e7ais Patrick Roux, entra\u00eeneur depuis 2013 de l\u2019\u00e9quipe f\u00e9minine russe apr\u00e8s<br>avoir \u00e9t\u00e9 directeur du haut niveau de l\u2019\u00e9quipe de Grande-Bretagne de 2009 \u00e0 2011, il<br>s\u2019agit m\u00eame l\u00e0 d\u2019une authentique \u00ab&nbsp;r\u00e9volution cach\u00e9e&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs le titre d\u2019une<\/p>\n\n\n\n<p>chronique que l\u2019ancien champion d\u2019Europe et m\u00e9daill\u00e9 mondial a publi\u00e9 au printemps<br>2019 dans L\u2019Esprit du judo. Lui qui s\u2019\u00e9tait alors rendu \u00ab&nbsp;une bonne vingtaine de fois&nbsp;\u00bb au<br>Japon mais n\u2019y \u00e9tait pas retourn\u00e9 depuis trois ann\u00e9es, racontait avoir \u00e9t\u00e9 sid\u00e9r\u00e9, lors<br>d\u2019un r\u00e9cent s\u00e9jour de trois semaines \u00e0 Kokushikan, Teikyo et Tsukuba, par l\u2019\u00e9volution<br>globale de l\u2019entra\u00eenement vers quelque chose d\u2019audacieux, de vivifiant et surtout d\u2019enfin<br>en phase avec l\u2019\u00e9poque et ses pratiquants. Si son observation portait surtout sur le<br>groupe f\u00e9minin, il comprit bient\u00f4t que le mouvement \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 global. \u00ab&nbsp;En<br>utilisant des \u00e9l\u00e9ments du mod\u00e8le traditionnel l\u00e9g\u00e8rement revisit\u00e9, l\u2019importance des<br>\u00ab&nbsp;sempai&nbsp;\u00bb par exemple, le management des athl\u00e8tes semble d\u00e9sormais relever du concept<br>d\u2019\u00ab&nbsp;empowerment&nbsp;\u00bb &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019autonomisation \u00e9largie, de l\u2019octroi de davantage de<br>pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions du projet.&nbsp;\u00bb<br>Et le Fran\u00e7ais de poursuivre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les filles de Teikyo op\u00e8rent comme un corps vivant, une<br>\u00e9quipe, quasiment sans leadership ext\u00e9rieur. Feedbacks bien plac\u00e9s, analyses et<br>questionnements, enthousiasme g\u00e9n\u00e9ral et engagement \u00e0 200 % tous les jours r\u00e9v\u00e8lent une<br>conception proche de ce dont je vous parle de chronique en chronique. Et j\u2019ai admir\u00e9 le<br>r\u00e9sultat d\u2019une telle autonomie en voyant cette vie, cette cr\u00e9ativit\u00e9, cette implication dans la<br>pratique et dans l\u2019entra\u00eenement. Des uchi-komis pleins de nuances et de personnalisation<br>dans le mouvement, dans les actions pr\u00e9paratoires pour faire r\u00e9agir, pour feinter, pour se<br>jouer intelligemment de tous les param\u00e8tres, avec un groupe de jeunes judokas \u00e2g\u00e9s de dix-<br>neuf \u00e0 vingt-trois ans, d\u00e9j\u00e0 virtuoses, dont on n\u2019entendra sans doute jamais parler au<br>niveau dit \u2018international\u2019, mais incroyablement forts, et qui s\u2019\u00e9clatent magnifiquement \u00e0<br>chaque s\u00e9ance pour repartir avec la banane (\u2026).&nbsp;\u00bb Et de constater, presque \u00e9mu, que ce<br>renouveau ne s\u2019adresse pas seulement \u00ab&nbsp;\u00e0 un petit commando de quatorze \u00e0 vingt-huit<br>personnes privil\u00e9gi\u00e9es en pr\u00e9paration pour les Jeux olympiques de Tokyo&nbsp;\u00bb. Il y voit plut\u00f4t<br>\u00ab&nbsp;une v\u00e9ritable r\u00e9volution conceptuelle de la formation des cadres, des jeunes, des<br>\u00e9tudiants, des athl\u00e8tes en devenir \u2013 cadets et juniors \u2013 autant que de l\u2019\u00e9lite (\u2026).&nbsp;\u00bb<br>Les exemples pour illustrer ce changement de paradigme sont l\u00e9gion, \u00e0 commencer par<br>ce nage no kata tr\u00e8s propre que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 mit notamment un point d\u2019honneur \u00e0<br>pr\u00e9senter au Budokan avec son fr\u00e8re Tomokazu lors du Zen Nihon 2012 \u2013 combien<br>d\u2019entra\u00eeneurs de renom auraient eu cette humilit\u00e9&nbsp;? Lors d\u2019un Open de Prague, il y a<br>quelques ann\u00e9es, Lukas Krpalek se souvient l\u2019avoir vu rester le dernier sur le tatami<br>pour balayer les straps et autres bouteilles de plastique vides laiss\u00e9es par ses propres<br>athl\u00e8tes. \u00ab&nbsp;Comment peux-tu ne pas avoir envie de rendre la pareille \u00e0 un entra\u00eeneur qui a<br>cette classe-l\u00e0&nbsp;\u00bb siffle le g\u00e9ant tch\u00e8que, qui n\u2019a jamais fait myst\u00e8re de l\u2019immense<br>consid\u00e9ration qu\u2019il portait \u00e0 son a\u00een\u00e9 nippon. \u00c0 Mittersill en Autriche, lors du stage<br>international organis\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne de judo en janvier 2018, le millier de<br>combattants pr\u00e9sents eut la surprise de voir d\u00e9barquer Hifumi Abe, seul. Champion du<br>monde des moins de 66 kg quelques mois plus t\u00f4t, le nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne du judo<br>nippon, vingt ans, \u00e9tait parachut\u00e9 l\u00e0 sans entra\u00eeneur ni kin\u00e9, dans une Europe centrale<br>enneig\u00e9e o\u00f9 il n\u2019avait pas ses rep\u00e8res. Partir dans l\u2019inconnu pour grandir dans<br>l\u2019adversit\u00e9, le geste \u00e9tait sign\u00e9\u2026 En f\u00e9vrier 2019, au Grand Chelem de D\u00fcsseldorf, Kosei<br>Inoue descendit discr\u00e8tement les gradins pour venir dire quelques mots \u00e0 Shohei Ono,<br>vainqueur d\u2019une finale tr\u00e8s (at)tendue face \u00e0 Masashi Ebinuma, juste avant les podiums.<br>Le temps que le champion olympique des moins de 73 kg l\u00e8ve la t\u00eate pour le remercier,<br>le patron \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 reparti par le m\u00eame chemin. Davantage que les mots prononc\u00e9s,<br>c\u2019\u00e9tait manifestement le geste d\u2019enjamber un portillon et de descendre f\u00e9liciter son<br>combattant qui importait. Une autre image&nbsp;? Le 7 juillet 2019 au Grand Prix de Montr\u00e9al,<\/p>\n\n\n\n<p>Kosei Inoue raccompagne Mashu Baker, champion olympique des moins de 90 kg, apr\u00e8s<br>sa demie victorieuse face au Br\u00e9silien Macedo. En chemin, les deux hommes doivent<br>longer le tapis d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 deux autres champions olympiques, l\u2019ancien moins de 100 kg<br>Lukas Krpalek et le revenant Teddy Riner, se rendent coup pour coup dans une demi-<br>finale attendue par tous les amateurs. Concentr\u00e9 sur le d\u00e9brief et le prochain match de<br>son poulain du jour, Kosei Inoue passera sans un regard pour le combat des lourds. La<br>question n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e \u00e0 Mashu Baker mais tout porte \u00e0 croire que le combattant fut<br>sensible \u00e0 cette attention.<br>L\u2019inverse est \u00e9galement vrai. Tout champions du monde en titre qu\u2019ils \u00e9taient (en 2013<br>et 2017), Shohei Ono et Soichi Hashimoto furent confront\u00e9s \u00e0 des probl\u00e8mes<br>disciplinaires et n\u2019eurent aucun passe-droit. Interrog\u00e9 sur le cas du second, coupable en<br>f\u00e9vrier 2018 d\u2019avoir introduit une personne ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019Institut national des sciences<br>et du sport et sanctionn\u00e9 avec une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 qui laissa le reste de la plan\u00e8te judo sans<br>voix, Kosei Inoue r\u00e9pondit en ces termes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois et dis tout le temps \u00e0 mes combattants<br>qu\u2019il faut avoir la responsabilit\u00e9 en tant que repr\u00e9sentants du Japon et une forme d\u2019\u00ab<br>autoconscience&nbsp;\u00bb en tant que judokas. C\u2019est ainsi que lorsque l\u2019un ou l\u2019autre a commis une<br>infraction aux r\u00e8gles, je lui en fait assumer la responsabilit\u00e9 n\u00e9cessaire. Je pense que ceci<br>est un \u00e9l\u00e9ment important d\u2019\u00e9ducation non pas seulement pour les athl\u00e8tes mais aussi en<br>tant qu\u2019\u00eatre social. Notre objectif ultime est l\u00e0&nbsp;: en plus de devenir champions au judo, nous<br>nous effor\u00e7ons d\u2019agir en pensant comment nous pourrions devenir des personnes qui, \u00e0<br>travers le judo, peuvent s\u2019adapter correctement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, et comment devenir des<br>personnes qui peuvent faire valoir ce que nous avons appris au judo et contribuer ainsi \u00e0<br>une soci\u00e9t\u00e9 meilleure.&nbsp;\u00bb Les principaux concern\u00e9s ont-ils \u00e9t\u00e9 conscients de cette<br>dimension p\u00e9dagogique de la sanction&nbsp;? \u00ab Oui. Ils s\u2019acquittent de leurs erreurs,<br>r\u00e9fl\u00e9chissent sur la voie \u00e0 reprendre et reconnaissent la situation dans laquelle ils se<br>trouvent. Je pense qu\u2019ils sont en train de se d\u00e9velopper dans ce processus. Ceci&nbsp;\u00e9tant, ils sont<br>encore jeunes. Ils devront se d\u00e9velopper encore plus tout en s\u2019attaquant aux d\u00e9fis divers. Je<br>crois aussi qu\u2019il est dans l\u2019ordre des choses de conna\u00eetre l\u2019erreur, les revers ou la d\u00e9faite. Ce<br>qui est important dans ces circonstances je pense, c\u2019est de quelle mani\u00e8re nous pouvons<br>aider nos \u00e9l\u00e8ves. Ces derniers temps je sens les regards de la soci\u00e9t\u00e9 devenir de plus en plus<br>vigilants et s\u00e9v\u00e8res. Il arrive parfois qu\u2019une situation en apparence anodine en produise<br>une autre, irr\u00e9versible, voire mette en danger la vie d\u2019un athl\u00e8te. Il est donc extr\u00eamement<br>important d\u2019assurer l\u2019enseignement aux \u00e9l\u00e8ves pour pr\u00e9venir une telle situation et, au cas<br>o\u00f9 elle surviendrait, de les appuyer pour qu\u2019ils puissent rena\u00eetre et s\u2019avancer \u00e0 nouveau. Je<br>suis convaincu que c\u2019est fort important.&nbsp;\u00bb<br>Pour autant la discipline n\u2019est pas l\u2019unique levier de la performance. Construire l\u2019unit\u00e9<br>entre le corps et l\u2019esprit, l\u00e0 est le secret. L\u2019incarner, aussi, ainsi que le fait remarquer<br>l\u2019Isra\u00e9lien Gil Offer, entra\u00eeneur notamment d\u2019Ori Sasson, troisi\u00e8me aux JO 2016 en plus<br>de 100 kg&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il fait partie de l\u2019\u00e9quipe, reste \u00e0 l\u2019\u00e9coute et sait d\u00e9gonfler les \u00e9gos en sortant<br>r\u00e9guli\u00e8rement ses athl\u00e8tes de leur zone de confort pour renouveler les dynamiques&nbsp;\u00bb.<br>Comme dans beaucoup d\u2019autres pays \u2013 mais avec un background historique diff\u00e9rent -,<br>les r\u00e9seaux sociaux nippons t\u00e9moignent aujourd\u2019hui de judokas et d\u2019hommes souriants,<br>de victoires, d\u2019anniversaires, de mariages \u2013 bref de vies vivantes et intenses. Ateliers<br>calligraphie, poterie, stage de jujitsu br\u00e9silien au Br\u00e9sil, stage de coh\u00e9sion \u00e0 Hawaii<br>d\u00e9but 2020, tout est pr\u00e9texte \u00e0 cr\u00e9er du liant par des exp\u00e9riences inattendues mais qui<br>font sens, des moments qui repoussent toujours plus loin les cloisons du dojo tout en<br>gardant l\u2019apparente simplicit\u00e9 et l\u2019infinie patience de cet artisan qui \u00ab&nbsp;peindrait mille fois<\/p>\n\n\n\n<p>la m\u00eame rose&nbsp;\u00bb selon un vieux conte zen\u2026 Alors oui les laptops, les algorithmes et les<br>donn\u00e9es scientifiques d\u00e9taill\u00e9es font plus que jamais partie int\u00e9grante du quotidien de<br>ce staff. 2.0, dont l\u2019effectif pl\u00e9thorique para\u00eet quadriller les sites lors des grands<br>championnats. Dans les dojos ou les universit\u00e9s, les entra\u00eeneurs \u00e9trangers de passage<br>t\u00e9moignent d\u2019une prise en compte progressive de l\u2019individu, que la qualit\u00e9 prend peu \u00e0<br>peu le pas sur la quantit\u00e9 et l\u2019intensit\u00e9 sur le volume. Reste que des invariants<br>demeurent&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 Tenri, j\u2019ai vu M. Inoue s\u2019adresser \u00e0 M. Anai, le responsable de l\u2019Universit\u00e9,<br>pour que celui-ci aille indiquer quelque chose \u00e0 M. Ono, l\u2019\u00e9l\u00e8ve de M. Anai&nbsp;\u00bb, rapporte par<br>exemple l\u2019entra\u00eeneur italien Raffaele Toniolo.<br>Faire corps, donc. Incarner l\u2019unit\u00e9, en phase avec le projet M.I.N.D., lanc\u00e9 en 2014 par la<br>F\u00e9d\u00e9ration japonaise pour am\u00e9liorer l\u2019attitude des judokas&nbsp;: politesse (Manner),<br>Ind\u00e9pendance, Noblesse et Dignit\u00e9. Un acronyme qui \u00ab&nbsp;a le bon go\u00fbt de rappeler<br>l\u2019importance du \u2018mental\u2019 dans une dynamique de progr\u00e8s&nbsp;\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Patrick Roux<br>dans sa chronique pr\u00e9cit\u00e9e\u2026 Et positiver les attentes. \u00ab&nbsp;Les grands championnats sont<br>des moments rares dans la vie, l\u2019occasion de se surpasser. C\u2019est une belle chose.&nbsp;\u00bb Sur les<br>comp\u00e9titions par \u00e9quipes mixtes, que le Japon archi-domine depuis leur instauration en<br>2017 dans l\u2019optique des prochains JO, Kosei Inoue y voit une opportunit\u00e9 de mieux<br>comprendre encore l\u2019esprit d\u2019efficacit\u00e9 maximale et d\u2019entraide et prosp\u00e9rit\u00e9 mutuelle.<br>\u00ab&nbsp;Ces derniers temps, les gens avaient tendance \u00e0 se comporter de fa\u00e7on plus \u00e9go\u00efste. Vivre<br>en soci\u00e9t\u00e9, pour moi, c\u2019est d\u2019abord vivre dans un esprit coop\u00e9ratif. Cette \u00e9preuve par \u00e9quipe<br>nous permet de tendre vers cela, et c\u2019est heureux.&nbsp;\u00bb<br>L\u2019olympiade d\u00e9but\u00e9e au lendemain des Jeux de Rio a donc scind\u00e9 la plan\u00e8te judo en<br>deux&nbsp;: d\u00e9sormais, il y a le Japon d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et le reste du monde de l\u2019autre. Budapest<br>2017&nbsp;? Quatre titres individuels pour les masculins, premi\u00e8re nation. Bakou 2018&nbsp;? Sept<br>m\u00e9dailles pour deux titres, premi\u00e8re nation encore. Tokyo 2019&nbsp;? Sept m\u00e9dailles pour<br>deux titres, premi\u00e8re nation toujours. S\u2019ajoute \u00e0 cela la densit\u00e9 folle des r\u00e9sultats de<br>l\u2019\u00e9quipe f\u00e9minine \u2013 et notamment les neuf m\u00e9daill\u00e9es pour neuf engag\u00e9es dont cinq<br>titres en Azerba\u00efdjan, assorties de d\u00e9monstrations sur les transitions debout-sol \u2013, le<br>tripl\u00e9 par \u00e9quipes mixtes, les cadets et les juniors qui d\u00e9barquent le mors aux dents\u2026 En<br>observant certains palmar\u00e8s \u00e0 la loupe, un constat frappe&nbsp;: combien de pays peuvent se<br>permettre le luxe de ne pas s\u00e9lectionner pour les JO un Soichi Hashimoto, n\u00b01 mondial,<br>champion du monde des moins de 73 kg en 2017, vice-champion du monde l\u2019ann\u00e9e<br>suivante et triple vainqueur des Masters et du Grand Chelem de Paris&nbsp;? Aucun, sauf \u00e0<br>avoir une alternative nomm\u00e9e Shohei Ono.<br>Le temps des questions. Le 9 f\u00e9vrier 2020 \u00e0 l\u2019AccorHotels Arena de Paris, le Japonais<br>Kokoro Kageura a stopp\u00e9 \u00e0 154 le compteur de victoires cons\u00e9cutives du Fran\u00e7ais Teddy<br>Riner. L\u2019\u00e9v\u00e8nement eut lieu au troisi\u00e8me tour du Grand Chelem parisien, sur un uchi-<br>mata sukashi au golden score similaire \u00e0 celui qui, \u00e0 quelques millim\u00e8tres et une traction<br>de la manche pr\u00e8s, aurait pu valoir \u00e0 Shinichi Shinohara le titre olympique vingt ans plus<br>t\u00f4t \u00e0 Sydney, face au Fran\u00e7ais David Douillet. Symbole encore plus fort&nbsp;: Keiji Suzuki, en<br>charge habituellement des cat\u00e9gories lourdes, n\u2019avait pu faire le d\u00e9placement en Europe<br>en raison d\u2019une r\u00e9cente intervention chirurgicale au genou. C\u2019est donc Kosei Inoue lui-<br>m\u00eame qui eut le privil\u00e8ge d\u2019accompagner depuis la chaise son jeune h\u00e9ritier de Tokai<br>dont le nom signifie \u00ab&nbsp;C\u0153ur ombrag\u00e9&nbsp;\u00bb. Le m\u00eame Kosei Inoue qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur la chaise<br>neuf ans, quatre mois et vingt-six jours plus t\u00f4t au Yoyogi Gymnasium de Tokyo lors de<br>la derni\u00e8re d\u00e9faite du Fran\u00e7ais, se retrouvait \u00e0 nouveau aux premi\u00e8res loges pour voir \u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>nouveau battu l\u2019homme qui, douze ans plus t\u00f4t dans la m\u00eame salle le poussa pour de bon<br>vers la sortie et qui, depuis avait sur une d\u00e9cennie consciencieusement d\u00e9truit<br>psychologiquement les cinq adversaires nippons qui s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9s sur sa route\u2026<br>\u00c9tait-ce le d\u00e9clic enfin attendu pour, enfin, remettre le drapeau rouge et blanc au<br>sommet des podiums de la cat\u00e9gorie&nbsp;? C\u2019est \u00e0 croire que celle-ci est maudite puisque<br>Kageura s\u2019inclina en finale face au N\u00e9erlandais Henk Grol, loupant ainsi une s\u00e9lection<br>olympique qui lui tendait les bras\u2026 Et le suiveur de se souvenir qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de ses<br>lourds Harasawa et Ojitani en 2017 aux mondiaux de Budapest, Kosei Inoue avait fait<br>son mea culpa&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est ma faute en tant qu\u2019entra\u00eeneur en chef. J\u2019ai senti \u00e0 nouveau la<br>rigueur de la comp\u00e9tition. Mais d\u2019autres comp\u00e9titions viendront, et je suis convaincu qu\u2019il<br>pourront s\u2019am\u00e9liorer. Tant qu\u2019ils continueront \u00e0 s\u2019engager, nous nous battrons \u00e0 leurs<br>c\u00f4t\u00e9s, sans crainte de la d\u00e9faite et sans jamais renoncer. Cette attitude est un chemin de vie.<br>J\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9 cela en tant que comp\u00e9titeur et je pense que c\u2019est ce qui m\u2019a donn\u00e9 la force<br>de vivre.&nbsp;\u00bb<br>Quelques jours plus tard, au moment d\u2019annoncer en conf\u00e9rence de presse six des sept<br>s\u00e9lectionn\u00e9s pour les Jeux olympiques de Tokyo \u2013 les moins de 66 kg Hifumi Abe et<br>Joshiro Maruyama devant s\u2019expliquer aux championnats du Japon d\u2019avril -, Kosei Inoue<br>\u00e9mut la plan\u00e8te judo en\u2026 \u00e9clatant en sanglots au moment de commenter les choix<br>corn\u00e9liens qui avaient d\u00fb \u00eatre op\u00e9r\u00e9s dans certaines cat\u00e9gories. \u00ab&nbsp;Mes premi\u00e8res pens\u00e9es<br>vont aux judokas qui se sont battus tout au long de l\u2019olympiade et qui finalement ne seront<br>pas s\u00e9lectionn\u00e9s&nbsp;\u00bb. Derri\u00e8re les larmes, un double message. Pour les recal\u00e9s, une<br>gratitude infinie \u2013 rarement exprim\u00e9e publiquement dans le haut niveau -, pour avoir,<br>par leur engagement, tir\u00e9 le groupe vers le haut. Pour ceux qui restent, la responsabilit\u00e9<br>qui est d\u00e8s cet instant la leur de se montrer dignes de la confiance qui leur est accord\u00e9e,<br>ne serait-ce que par \u00e9gard pour ceux rest\u00e9s sur le carreau.<br>Quelques jours encore, et puis la pand\u00e9mie de coronavirus rebattait toutes les cartes.<br>Les JO de Tokyo, alpha et omega de tout le sport mondial depuis quatre ans, se<br>tiendront-ils aux dates pr\u00e9vues&nbsp;? Se tiendront-ils tout court&nbsp;? Le judo japonais sera-t-il<br>au rendez-vous que sa mont\u00e9e en puissance depuis deux olympiades laissait augurer&nbsp;?<br>Saura-t-il d\u00e9passer une certaine f\u00e9brilit\u00e9 entraper\u00e7ue pendant les mondiaux d\u2019ao\u00fbt<br>2019, lors de la r\u00e9p\u00e9tition grandeur nature dans ce m\u00eame Nippon Budokan de Tokyo o\u00f9,<br>en 1964, le N\u00e9erlandais Anton Geesink avait soudain mondialis\u00e9 la discipline&nbsp;? Kosei<br>Inoue c\u00e8dera-t-il sa place ensuite \u00e0 Keiji Suzuki, dans la continuit\u00e9 parfaite de leurs<br>affrontements d\u2019antan (trois victoires chacun et un match nul)&nbsp;? Suivra-t-il ensuite le<br>chemin trac\u00e9 par son sempai Yasuhiro Yamashita, avec des responsabilit\u00e9s en crescendo<br>\u00e0 l\u2019\u00e9chelon politique&nbsp;? Souhaitera-t-il accorder davantage de temps \u00e0 sa famille et \u00e0 ses<br>enfants &#8211; l\u2019\u00e9ternel challenge secret de la vie des grands destins ? Et que penserait Jigoro<br>Kano de la trajectoire de cet h\u00e9ritier si soucieux de transmettre son enseignement et<br>d\u2019aller sans cesse plus loin, chaque jour, toujours&nbsp;? Quelle m\u00e9daille, quel<br>accomplissement lui donneront enfin le sentiment d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 destination&nbsp;? \u00ab&nbsp;Pour<br>l\u2019instant, vivez les questions, \u00e9crivit un jour le po\u00e8te autrichien Rainer Maria Rilke. Peut-<br>\u00eatre, un jour lointain, entrerez-vous ainsi, peu \u00e0 peu, sans l\u2019avoir remarqu\u00e9, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de<br>la r\u00e9ponse.&nbsp;\u00bb &#8211; Anthony Diao<\/p>\n\n\n\n<p>Remerciements : Gotaro Ogawa, Noriko Mizoguchi, Kosei Inoue et tous les judokas du<br>quotidien ou dans les actes, sollicit\u00e9s au long de ce travail de sept ann\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste fran\u00e7ais n\u00e9 aux Etats-Unis a grandi \u00e0 cheval sur trois continents. 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