{"id":45243,"date":"2021-05-11T12:30:50","date_gmt":"2021-05-11T16:30:50","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/?p=45243"},"modified":"2021-06-03T17:05:31","modified_gmt":"2021-06-03T21:05:31","slug":"le-judo-transpacifique-de-yoshihiro-uchida-et-hiroshi-nakamura","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2021\/05\/11\/le-judo-transpacifique-de-yoshihiro-uchida-et-hiroshi-nakamura\/","title":{"rendered":"Le judo transpacifique de Yoshihiro Uchida et Hiroshi Nakamura"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-medium\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"300\" src=\"https:\/\/judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-300x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-45248\" srcset=\"https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-300x300.png 300w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-500x500.png 500w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-800x800.png 800w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-1024x1024.png 1024w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-150x150.png 150w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-768x768.png 768w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-146x146.png 146w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-50x50.png 50w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-75x75.png 75w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-85x85.png 85w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-80x80.png 80w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-24x24.png 24w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-36x36.png 36w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one.-48x48.png 48w, https:\/\/learning.judocanada.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Two-is-better-than-one..png 1080w\" sizes=\"(max-width:767px) 300px, 300px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Pour lui, la chose la plus importante \u00e0 accomplir est de terminer ses \u00e9tudes et d\u2019obtenir un dipl\u00f4me. Devenir un contributeur-cl\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, rendre un peu de ce que vous avez re\u00e7u. Les r\u00e9sultats en judo ne sont que la cerise sur le g\u00e2teau. Ils viennent apr\u00e8s votre \u00e9ducation et votre contribution \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>(Keith Nakasone, \u00e9l\u00e8ve de Yoshihiro Uchida depuis 1974)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>En tant qu\u2019enfant ayant grandi dans le sud californien, le judo est devenu sa plus grande passion. Il a cr\u00e9\u00e9 le syst\u00e8me de cat\u00e9gories de poids avec le docteur Henry Stone de l\u2019Universit\u00e9 de Berkeley et cela a rendu la discipline plus \u00e9quitable. Il a commenc\u00e9 \u00e0 enseigner \u00e0 la San Jose State University juste avant la guerre et, soixante-dix ans apr\u00e8s, en est toujours le <\/em>head coach<em>. Il s\u2019est battu pour que le judo soit aux JO de 1964 \u00e0 Tokyo, a r\u00e9ussi et est devenu le premier entra\u00eeneur olympique du judo am\u00e9ricain. Il a aussi ouvert le JC bouddhiste de San Jose qui accueille le plus grand tournoi des \u00c9tats-Unis et a donn\u00e9 un coup de pouce \u00e0 plein d\u2019autres clubs\u2026<\/em>&nbsp;<em>Son amour de la culture japonaise se retrouve dans ses collections d\u2019\u0153uvres d\u2019art et jusque dans le design de sa magnifique maison sur les collines de Saratoga. Il est fier d\u2019\u00eatre membre fondateur du Mus\u00e9e national des Am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise, dans le Little Tokyo de Los Angeles. Pour lui, le futur c\u2019est de ne jamais oublier le pass\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>(Jan Masuda Cougill, assistant personnel de Yoshihiro Uchida)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>La justice na\u00eet de la reconnaissance de nous-m\u00eame dans l\u2019autre. Du fait que ma libert\u00e9 d\u00e9pend de ta libert\u00e9 aussi. Que l\u2019histoire ne peut pas \u00eatre une \u00e9p\u00e9e pour justifier l\u2019injustice ni un bouclier contre le progr\u00e8s, mais un manuel pour \u00e9viter de r\u00e9p\u00e9ter les erreurs du pass\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>(Pr\u00e9sident Barack Obama, cit\u00e9 en \u00e9pilogue de <em>Nous \u00e9tions les ennemis<\/em>, roman graphique de George Takei et Harmony Becker, avec Steven Scott et Justin Eisinger, laur\u00e9at notamment du Prix Will Eisner de la meilleure bande dessin\u00e9e documentaire de l\u2019ann\u00e9e 2020)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une affaire de tectonique des plaques. De l\u2019incidence des mouvements de l\u2019histoire sur la g\u00e9ographie, la g\u00e9opolitique, l\u2019\u00e9quilibre fragile des nations et l\u2019ADN d\u2019une discipline. Des raisons qui ont pouss\u00e9 des familles \u00e0 l\u2019exil, \u00e0 l\u2019aventure, \u00e0 cet imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9coute et d\u2019observation qui scellent ou non une int\u00e9gration, un vivre-ensemble et des identit\u00e9s riches de susciter un respect mutuel et constant. Solides sur leurs appuis par pedigree. Souples comme le ch\u00eane et fermes comme le roseau ou vice-versa par n\u00e9cessit\u00e9. Un seul \u00ab&nbsp;<em>in<\/em>&nbsp;\u00bb s\u00e9pare \u00ab&nbsp;<em>existence<\/em>&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;<em>inexistence<\/em>&nbsp;\u00bb, et ce pr\u00e9fixe change tout. Tout ici tourne autour du don, du recul et de la transmission. \u00ab&nbsp;<em>La vie humaine est br\u00e8ve mais je voudrais vivre \u00e9ternellement<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9crivait le 25 novembre 1970 l\u2019auteur japonais Yukio Mishima quelques heures avant de se faire <em>seppuku<\/em>. \u00c0 l\u2019automne d\u2019une vie et m\u00eame de deux, au terme d\u2019une ann\u00e9e et quelque de pand\u00e9mie, et au moment o\u00f9 il appara\u00eet de plus en plus clair que, pour certaines sagas familiales transcontinentales, le report et l\u2019incertitude autour des Jeux olympiques de Tokyo 2020 puis 2021 ont quelque chose d\u2019un supplice de Tantale intime, l\u2019heure est au retour sur soi et sur quelques longs trajets.<\/p>\n\n\n\n<p>Vue d\u2019Europe, la question de la place du judo sur le continent nord-am\u00e9ricain est rarement (p)os\u00e9e. Si tel \u00e9tait le cas, elle pourrait \u00eatre formul\u00e9e ainsi : pourquoi des pays r\u00e9put\u00e9s de premier plan du sport mondial ont-ils produit, en proportion, si peu de judokas de renom ? Pourquoi des nations qui font quasiment cavalier seul sur des disciplines comme la boxe, le sprint, la natation, les sports de balle ou de palet, n\u2019ont-elles accouch\u00e9 jusqu\u2019ici que de si peu de grandes m\u00e9dailles en judogi ? Poser la question, c\u2019est s\u2019int\u00e9resser aux angles morts et aux silences de l\u2019histoire du sous-continent. Dans sa frontalit\u00e9 comme dans ses non-dits, l\u2019interrogation \u00e9claire d\u2019un jour lucide les judo canadien et \u00e9tats-uniens d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. Illustration en revenant sur les parcours d\u2019Hiroshi Nakamura \u00e0 Montr\u00e9al et de Yoshihiro \u00ab&nbsp;Yosh&nbsp;\u00bb Uchida en Californie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><u>\u00bd &#8211; Yoshihiro Uchida \u2013 Monsieur le Maire de Japantown<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> avril 2020, le monde du cin\u00e9ma a une pens\u00e9e pour le Japonais Toshiro Mifune. Disparu en 1997, l\u2019acteur f\u00e9tiche d\u2019Akira Kurosawa, le Kikuchiyo des <em>Sept Samoura\u00efs<\/em>, le Tajomaru de <em>Rashomon<\/em> ou l\u2019inspecteur Murakami de <em>Chien enrag\u00e9<\/em> aurait eu cent ans ce mercredi-l\u00e0. Plus discr\u00e8tement, du c\u00f4t\u00e9 cette fois de San Jose, Californie, un autre homme, bien vivant lui, entre lui aussi dans le club \u00e0 trois chiffres. Yoshihiro Uchida, c\u2019est son nom, souffle ses cent bougies en ce printemps de pand\u00e9mie. Pour les proches de l\u2019un des rares 10<sup>e<\/sup> dan de la plan\u00e8te, un moment d\u2019\u00e9motion pure, trois ans apr\u00e8s la disparition de Ayame Mae, sa compagne n\u00e9e comme lui en 1920. Covid oblige, il a fallu annuler deux semaines \u00e0 l\u2019avance la f\u00eate pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Fairmont. Sept cents invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9commander mais qu\u2019importe. \u00ab&nbsp;<em>Nous avons tous parl\u00e9 \u00e0 Coach le jour de son centi\u00e8me anniversaire, <\/em>positive Keith Nakasone<em>, <\/em>son \u00e9l\u00e8ve depuis 1974 brillamment reconverti dans la vie civile depuis<em>. Nous \u00e9tions Mike Swain, Danny Kikuchi, Dr. Bob Nishime, Marti Malloy et moi. Il est le premier centenaire dont je c\u00e9l\u00e8bre l\u2019anniversaire. C\u2019\u00e9tait un honneur. Son vieillissement s\u2019acc\u00e9l\u00e8re rapidement et nous savons qu\u2019il nous reste peu de temps avec lui. Mon v\u0153u le plus cher est que le Covid-19 puisse \u00eatre bient\u00f4t soign\u00e9, de sorte que Marti, les gars et moi puissions l\u2019emmener dehors pour vraiment c\u00e9l\u00e9brer son anniversaire.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019un \u00e9t\u00e9 avec Marti Malloy et de ce qu\u2019il s\u2019ensuivit\u2026<\/strong> Marti Malloy, justement. C\u2019est par la m\u00e9daill\u00e9e olympique 2012 et vice-championne du monde 2013 des -57 kg, que nous avons pour la premi\u00e8re fois mis un nom sur le visage de celui qu\u2019elle appelle affectueusement \u00ab&nbsp;Yosh&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Mr. Uchida&nbsp;\u00bb. D\u2019avril \u00e0 septembre 2014, nous avions suivi la Californienne pour <em>L\u2019Esprit du judo<\/em>, le temps d\u2019une double page dans le bimestriel fran\u00e7ais et d\u2019une version en anglais pour le site web, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Un \u00e9t\u00e9 avec Marti Malloy&nbsp;\u00bb. SMS, mails, Skype et jusqu\u2019\u00e0 un <em>hug<\/em> final au soir de son championnat du monde \u00e0 Chelyabinsk (Russie), l\u2019Am\u00e9ricaine en profita pour raconter au lectorat fran\u00e7ais un peu de l\u2019histoire du judo sur cette c\u00f4te ouest am\u00e9ricaine si m\u00e9connue sur l\u2019autre rive de l\u2019Atlantique. Originaire de l\u2019\u00c9tat de Washington, elle a d\u2019abord connu la famille Uchida par George, le petit fr\u00e8re de Yoshihiro, \u00ab&nbsp;<em>une ic\u00f4ne du judo par chez moi.<\/em>&nbsp;\u00bb C\u2019est en 2005, \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 la San Jose State University et quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de George, qu\u2019elle fit la connaissance du grand fr\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 octog\u00e9naire. C\u2019est lui qui fit venir du Japon Shintaro Nakano, entra\u00eeneur-cl\u00e9 dans la progression de l\u2019Am\u00e9ricaine jusqu\u2019\u00e0 sa m\u00e9daille olympique de 2012, Jimmy Pedro p\u00e8re et fils prenant le relais sur la chaise \u00e0 l\u2019international\u2026 De son mentor au v\u00e9cu incommensurable, Marti nous donna \u00e0 l\u2019\u00e9poque mati\u00e8re \u00e0 \u00e9crire ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>[Il] est \u00e0 94 ans toujours aussi intraitable en ne-waza, \u00e0 l\u2019automne d\u2019une vie majuscule l\u2019ayant par exemple conduit d\u00e8s 1956 \u00e0 imaginer avec un coll\u00e8gue de l\u2019Universit\u00e9 de Berkeley un syst\u00e8me novateur de cat\u00e9gories de poids. Pour l\u2019anecdote, le dojo o\u00f9 s\u2019entra\u00eene Marti porte le nom du vieux sensei. Il se trouve situ\u00e9 \u2013 silencieuse revanche \u00e0 la nippone \u2013 dans les locaux m\u00eames o\u00f9, pendant la Seconde guerre mondiale, les parents et les fr\u00e8res de Monsieur Uchida furent plac\u00e9s en camp d\u2019internement\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cent printemps.<\/strong> Ce 1<sup>er<\/sup> avril 2020 nous vient donc l\u2019id\u00e9e de prendre des nouvelles du natif de Calexico, Californie. Marti se propose de faire l\u2019interm\u00e9diaire et c\u2019est peu de dire que chacune des r\u00e9ponses qu\u2019elle recueille r\u00e9sonne d\u00e9j\u00e0 du poids de la post\u00e9rit\u00e9 \u2013 mais n\u2019en est-il pas ainsi, dans une vie de journaliste, de chaque parole par nous scrupuleusement consign\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que cela signifie, pour l\u2019enfant de Garden Grove dans le comt\u00e9 d\u2019Orange, de franchir ce cap des cent printemps&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Parfois je peine \u00e0 le croire car, lorsque je regarde l\u2019ensemble des \u00e9tudiants que j\u2019ai aid\u00e9s sur ce chemin, je m\u2019aper\u00e7ois que certains d\u2019entre eux ont eux-m\u00eames d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 le cap des soixante-dix ans. Ils \u00e9taient encore des enfants lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec eux&nbsp;! J\u2019esp\u00e8re qu\u2019ils comprendront, lorsqu\u2019ils arriveront \u00e0 quatre-vingts ans, combien il est important de rendre \u00e0 la communaut\u00e9 judo un peu de ce qu\u2019elle leur a apport\u00e9, et d\u2019\u00eatre reconnaissant pour les multiples fa\u00e7ons dont le judo a impact\u00e9 leur vie. J\u2019esp\u00e8re surtout que, arriv\u00e9s \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0, ils auront accompli quelque chose qui les rende fiers.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re salve. Et qu\u2019est-ce qui le rend fier, justement, lui&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Cr\u00e9er un syst\u00e8me de cat\u00e9gories de poids pour aider le judo \u00e0 int\u00e9grer le mouvement olympique et \u00eatre reconnu en tant que sport a \u00e9t\u00e9 le plus difficile. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, beaucoup ne mesuraient pas la chance qu\u2019offrait ce nouveau syst\u00e8me compar\u00e9 \u00e0 l\u2019ancien. Je me suis battu pour faire comprendre que faire du judo un sport olympique le rendrait bien plus populaire aux yeux du monde. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il s\u2019est produit. D\u2019un art martial, le judo est devenu un sport et, ce faisant, il s\u2019est internationalis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute la plan\u00e8te. En entrant dans la grande famille des sports olympiques, le judo est aussi entr\u00e9 dans l\u2019esprit des gens. C\u2019est d\u2019autant plus important que cette discipline r\u00e9unit les peuples et leur permet de mieux se comprendre mutuellement.<\/em>&nbsp;\u00bb Deuxi\u00e8me salve.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est l\u2019homme qui s\u2019exprime ainsi&nbsp;? Pour nous aider dans ce travail de longue haleine, Marti Malloy nous met en contact avec le premier cercle du valeureux sensei. La premi\u00e8re \u00e0 r\u00e9pondre est Lydia, la deuxi\u00e8me des trois filles Uchida. Janice, l\u2019a\u00een\u00e9e, n\u2019est malheureusement d\u00e9j\u00e0 plus de ce monde&nbsp;: dipl\u00f4m\u00e9e en arts appliqu\u00e9s et en ergonomie, elle eut la douleur de perdre son mari jeune et fut emport\u00e9e \u00e0 son tour par un cancer en 2005. Aileen, la cadette, a \u00e9t\u00e9 dipl\u00f4m\u00e9e de Berkeley en assistance sociale et mena une carri\u00e8re universitaire \u00e0 Hawaii o\u00f9, avec son mari Steven Shimizu, elle consacre aujourd\u2019hui sa retraite \u00e0 la d\u00e9fense de la cause animale. Entre les deux, Lydia \u00e9tudia pour sa part l\u2019Environnement \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berkeley, et dispose d\u2019une chaire en Sciences de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de San Jos\u00e9. Elle et son mari Steve Sakai ont deux gar\u00e7ons, aujourd\u2019hui adultes. Kyle est ing\u00e9nieur m\u00e9canique et Michael aide ses parents au restaurant ainsi que sa m\u00e8re dans le soutien au grand-p\u00e8re. \u00ab&nbsp;<em>Je prends le temps de vous lister nos diff\u00e9rents dipl\u00f4mes car nous avons toutes explor\u00e9 des terrains diff\u00e9rents. Juste avant de mourir, Janice, notre a\u00een\u00e9e, a remerci\u00e9 notre m\u00e8re de nous avoir laiss\u00e9es suivre notre propre route. Ma m\u00e8re disait souvent que, si nous avions \u00e9t\u00e9 des gar\u00e7ons, les attentes autour de nous auraient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le moment Keiko Fukuda.<\/strong> Toute histoire a son contexte. C\u2019est ce que rappelle Lydia en d\u00e9veloppant son rapport au judo et celui de son p\u00e8re, qui noua sa premi\u00e8re ceinture en 1930 pour \u00ab&nbsp;<em>mieux conna\u00eetre ses racines japonaises<\/em>&nbsp;\u00bb, obtint sa noire en 1936, disputa des comp\u00e9titions scolaires de lutte et enseigna le judo \u00e0 des \u00e9tudiants de la police tout en menant de front des \u00e9tudes d\u2019ing\u00e9nieur en chimie. \u00ab&nbsp;<em>Bien que nous soyons all\u00e9es sur \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les comp\u00e9titions de judo, nous n\u2019avons pas eu l\u2019occasion d\u2019en faire, ni avec notre p\u00e8re ni avec aucun des professeurs que nous connaissions. Comprenons-nous bien&nbsp;: ce n\u2019est pas que nous ne voulions pas pratiquer. Dans les ann\u00e9es quarante, cinquante et soixante, il n\u2019y avait simplement presque aucune femme judoka aux \u00c9tats-Unis. Il a fallu que Keiko Fukuda [<\/em>\u00c9l\u00e8ve de Jigoro Kano, n\u00e9e en 1913 et disparue en 2013, elle fut la premi\u00e8re et unique femme \u00e0 atteindre le grade de dixi\u00e8me dan, NDLR<em>] vienne en Californie dans les ann\u00e9es soixante pour que l\u2019attitude de notre p\u00e8re \u00e9volue sur ce point. Elle \u00e9tait envoy\u00e9e pour \u00e9tudier l\u2019anglais \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de San Jos\u00e9 par son grand-p\u00e8re Shoichi Shimizu, un grand ami de mon p\u00e8re. Les femmes \u00e9taient toujours les bienvenues pour participer au cours dans notre \u00c9tat, mais ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante et au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix que mon p\u00e8re a recrut\u00e9 pour de bon une \u00e9quipe f\u00e9minine.<\/em>&nbsp;\u00bb Une (r)\u00e9volution \u00e9tal\u00e9e sur plusieurs d\u00e9cennies, dont les fondements tiennent en deux mots&nbsp;: r\u00e9silience et optimisme. \u00ab&nbsp;<em>Nos parents \u00e9taient des enfants de migrants,<\/em> rappelle Lydia. <em>La vie n\u2019\u00e9tait pas facile pour eux. Ils ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 la discrimination et \u00e0 ces m\u00eames p\u00e9riodes de difficult\u00e9s extr\u00eames qu\u2019exp\u00e9rimentent les immigr\u00e9s contemporains, qu\u2019ils soient fermiers, enseignants, \u00e9tudiants ou entrepreneurs. Et pourtant, l\u2019un comme l\u2019autre ont \u00e9t\u00e9 suffisamment r\u00e9silients pour revenir \u00e0 San Jose apr\u00e8s la guerre afin que mon p\u00e8re [<\/em>qui avait \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9 pendant quatre ans et affect\u00e9 \u00e0 Little Rock, Arkansas, pendant que sa famille \u00e9tait intern\u00e9e dans les camps de Poston, Arizona, et de Tule Lake, Californie, NDLR<em>] puisse terminer ses \u00e9tudes. Avec une femme jeune, un b\u00e9b\u00e9 et de maigres \u00e9conomies, mon p\u00e8re a d\u00fb cumuler trois boulots pour joindre les deux bouts. Il a fini par mettre suffisamment de c\u00f4t\u00e9 et a pu emprunter \u00e0 des m\u00e9decins qui croyaient en son travail pour ouvrir son laboratoire [<\/em>le premier d\u2019une s\u00e9rie de quarante-et-un, NDLR<em>]. Il y a toujours cru.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 l\u2019\u00e9cole de la parole donn\u00e9e.<\/strong> Est-ce que ce dur rapport \u00e0 l\u2019existence a fait de M. Uchida un homme au c\u0153ur de pierre&nbsp;? Non. Nulle surprise en revanche de recouper les traces d\u2019un background carr\u00e9, avec la droiture en pierre angulaire de son syst\u00e8me de valeurs. \u00ab&nbsp;<em>Notre p\u00e8re est de la vieille \u00e9cole<\/em>, admettent en ch\u0153ur Lydia et Aileen. <em>Il croit en la loyaut\u00e9, en l\u2019amiti\u00e9, aux poign\u00e9es de main et \u00e0 la parole donn\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb Beaucoup plus rares sont les occasions de le voir baisser la garde, voire de se laisser aller \u00e0 s\u2019attendrir. Et pourtant\u2026 La cadette des s\u0153urs Uchida y va de son anecdote canine&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Lorsque nous \u00e9tions petites nous avions une petite chienne nomm\u00e9e Sandy. Mon p\u00e8re nous faisait remarquer avec insistance que nous ne prenions pas assez soin d\u2019elle, qu\u2019elle manquait d\u2019exercice, que nous ne lui donnions pas assez le bain. Alors un dimanche il nous a prises, la chienne et moi, pour l\u2019accompagner sur un footing sur le campus. La chienne a tenu, moi non. Elle est ainsi devenue la partenaire de ses footings dominicaux, avec douche obligatoire apr\u00e8s pour ne pas salir la voiture. Il avait une vraie tendresse pour cette chienne. Elle, de son c\u00f4t\u00e9, adorait mon p\u00e8re. Il lui mettait m\u00eame du shampooing pour b\u00e9b\u00e9 afin de ne pas lui br\u00fbler les yeux.<\/em>&nbsp;\u00bb [<em>Sourire<\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amour rugueux.<\/strong> Apr\u00e8s la famille de sang, la famille de sueur. Keith Nakasone est n\u00e9 et a grandi \u00e0 Okinawa, Japon. Il a dix-huit ans en 1974 lorsqu\u2019il arrive \u00e0 la San Jose State University, o\u00f9 Uchida Sensei officie depuis 1947. Titulaire pour l\u2019\u00e9quipe am\u00e9ricaine aux JO de Moscou, il fait malheureusement partie de la g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e de 466 athl\u00e8tes qui, le 12 avril 1980, apprit la mort dans l\u2019\u00e2me le forfait de leur pays sur fond de Guerre froide \u2013 seuls 247 seront pr\u00e9sents quatre ans plus tard \u00e0 Los Angeles. Quel souvenir garde-t-il du professeur Uchida&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Je ne l\u2019ai pas connu comme comp\u00e9titeur lorsque je suis arriv\u00e9 \u00e0 San Jose car il avait d\u00e9j\u00e0 bascul\u00e9 dans l\u2019enseignement \u00e0 plein temps. S\u2019il fallait d\u00e9finir son approche en deux mots, je dirais \u2018<\/em>Amour rugueux<em>\u2019. Ses bases techniques \u00e9taient solides. Pour moi, en tant qu\u2019entra\u00eeneur, il est du m\u00eame bois que les grands John Wooden de UCLA Basketball, Red Auerbach des Boston Celtics ou Vince Lombardi des Green Bay Packers. Tous \u00e9taient de grands leaders, de grands motivateurs, des f\u00e9rus de discipline et surtout de grands hommes&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Non<\/em>&nbsp;\u00bb n\u2019est pas une r\u00e9ponse.<\/strong> Le challenge de cette p\u00e9dagogie hors normes est rehauss\u00e9 par le fait que le judo n\u2019occupe \u00ab&nbsp;que&nbsp;\u00bb 70 % des activit\u00e9s du professeur, les 30 % restants concernent ses actions aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 japonaise de San Jose. Le ratio est avanc\u00e9 par Jan Masuda Cougill, l\u2019assistant personnel de M. Uchida depuis un demi-si\u00e8cle et l\u2019un des rares du premier cercle \u00e0 ne pas \u00eatre judoka. \u00ab&nbsp;<em>Cela va <\/em><em>des collectes de fond pour l\u2019\u00e9quipe de judo ou pour des hommes politiques \u00e0 des projets comme l\u2019installation de l\u2019armoire pour le troph\u00e9e du soixantenaire dans la salle qui porte son nom \u00e0 la San Jose State University.&nbsp;<\/em>\u00bb Une rationalisation du temps qui rejaillit sur son enseignement. \u00c0 l\u2019entra\u00eenement, Marti Malloy d\u00e9crit une attention extr\u00eame port\u00e9e au travail au sol et un style plut\u00f4t franc du collier au moment de d\u00e9briefer d\u2019une technique ou d\u2019une performance. \u00ab&nbsp;<em>Toute sa vie il a pouss\u00e9 les athl\u00e8tes \u00e0 \u00eatre des champions sur et en dehors du tatami. Des champions qui soient utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Lui servait comme technicien m\u00e9dical pour l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine lorsque sa famille a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e en transit avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9e dans les camps d\u2019internement japonais, et c\u2019est cette salle-m\u00eame qui porte aujourd\u2019hui son nom&nbsp;! Il a tellement endur\u00e9, et pourtant il est rest\u00e9 loyal et ferme dans ses convictions, car pour lui le judo rend le monde meilleur.<\/em>&nbsp;\u00bb Intensit\u00e9, t\u00e9nacit\u00e9, envie de se d\u00e9passer. Cette ligne directrice vaut aussi pour les \u00e9tudes, un sujet sur lequel, de par son parcours, il aura toujours \u00e9t\u00e9 pointilleux. \u00ab&nbsp;\u2018<em>Personne ne fera le travail difficile de ta vie pour toi, donc fais-le toi-m\u00eame\u2019 a-t-il coutume de dire.&nbsp;D\u00e8s lors que \u00e7a concerne la r\u00e9alisation de tes objectifs, \u2018non\u2019 n\u2019est pas une r\u00e9ponse. Il m\u2019a aussi dit que je pouvais ne pas plaire \u00e0 tout le monde&nbsp;: \u2018Il y aura toujours des gens pour s\u2019opposer \u00e0 tes id\u00e9es. En aucun cas ces gens ne doivent t\u2019arr\u00eater.\u2019<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Judoka sur et en dehors du tapis.<\/strong> Mike Swain aussi conna\u00eet bien son Yoshihiro Uchida. C\u2019est en remportant \u00e0 l\u2019\u00e2ge de seize ans les <em>trials<\/em> qualificatifs pour les championnats du monde de Barcelone 1977 \u2013 finalement annul\u00e9s pour des raisons li\u00e9es aux relations diplomatiques tendues entre Ta\u00efwan et la R\u00e9publique populaire de Chine &#8211; que le natif de Bridgewater, New Jersey, fut recrut\u00e9 par \u00ab&nbsp;Coach Uchida&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Lorsque je lui ai dit que je n\u2019avais que seize ans, il a paru surpris. Il m\u2019a alors tendu sa carte en me disant de l\u2019appeler sit\u00f4t que je serai dipl\u00f4m\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb Le -71 kg restera \u00e0 la San Jose State University de 1980 \u00e0 1985. Il en sortira dipl\u00f4m\u00e9 en Marketing avec une mineure en Japonais. Yone Yonezuka, son professeur du temps du Cranford Judo Center, NJ, fut en 1988 et 1992 l\u2019entra\u00eeneur de l\u2019\u00e9quipe olympique et veillera toujours sur lui malgr\u00e9 la distance, lui permettant notamment d\u2019aller fr\u00e9quemment s\u2019entra\u00eener au Japon \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Nihon dont il \u00e9tait originaire. \u00ab&nbsp;<em>Coach Uchida avait d\u00e9j\u00e0 soixante ans lorsque je suis arriv\u00e9 \u00e0 SJSU donc je ne l\u2019ai jamais vu s\u2019entra\u00eener. Il \u00e9tait \u00e0 la fois un conseiller, un entra\u00eeneur et un mentor. Il s\u2019assurait que chacun comprenne bien la port\u00e9e philosophique du judo, sur et en dehors du tapis. Il supervisait le programme et faisait venir des instructeurs japonais, tous hautement qualifi\u00e9s. Mais la chose la plus importante pour lui restait les \u00e9tudes. \u00c7a passait avant le judo, toujours. Il \u00e9tait particuli\u00e8rement strict avec les nouveaux. Il pouvait leur demander leur moyenne g\u00e9n\u00e9rale devant tout le monde. Si ce n\u2019\u00e9tait pas bon, il mettait le pauvre d\u00e9butant tellement dans l\u2019embarras que tout le monde comprenait le message, et en premier lieu l\u2019int\u00e9ress\u00e9<\/em>. <em>Idem&nbsp;pour voyager&nbsp;: costume et cravate pour tout le monde&nbsp;!&nbsp;Nous prenions souvent le premier vol de six heures et devions donc le retrouver \u00e0 quatre heures du matin \u00e0 l\u2019a\u00e9roport.<\/em>&nbsp;\u00bb De l\u00e0 sans doute la constitution de l\u2019une des \u00e9quipes les plus solides de cette g\u00e9n\u00e9ration. Bobby Berland, vice-champion olympique 1984 et m\u00e9daille de bronze mondial 1983, Kevin Asano, vice-champion olympique 1988, Mike Swain, en bronze aux JO 1988 et triple finaliste mondial pour un titre de champion du monde en 1987&#8230; \u00ab&nbsp;<em>La force de M. Uchida \u00e9tait de connecter les jeunes lyc\u00e9ens \u00e0 cet amour rugueux. Devenir meilleur sur et en dehors du tapis, tel \u00e9tait son credo et il ne s\u2019embarrassait pas de mani\u00e8res pour vous le dire.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une attitude en h\u00e9ritage. <\/strong>\u00ab&nbsp;<em>Beaucoup ne mesurent pas aujourd\u2019hui l\u2019importance qu\u2019a eu Coach Uchida sur l\u2019histoire du judo am\u00e9ricain, <\/em>poursuit Mike Swain.<em> Comme le professeur Kano, il croyait fermement en la port\u00e9e politique de son engagement. C\u2019est \u00e0 San Jose qu\u2019ont eu lieu les tout premiers championnats am\u00e9ricains, le premier US Open, les premiers championnats des lyc\u00e9es. Cela a demand\u00e9 beaucoup d\u2019efforts, de volontaires, d\u2019argent et de savoir-faire. Il a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident de USJF, de USA Judo et de USA Judo coll\u00e8ge et se battait toujours pour ce qui pourrait aider le judo.<\/em> <em>Je lui ai rendu visite apr\u00e8s six mois de quarantaine. Il faisait comme si de rien n\u2019\u00e9tait et nous avons pass\u00e9 un bon moment \u00e0 \u00e9changer autour du judo. Son histoire m\u2019a ouvert les yeux sur la r\u00e9alit\u00e9 de ce qu\u2019ont v\u00e9cu les Am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise de sa g\u00e9n\u00e9ration. Le plus \u00e9patant est qu\u2019il ne se plaint jamais de ses douleurs physiques, de ses difficult\u00e9s ant\u00e9rieures et des discriminations que sa famille et lui ont subies, \u00e0 moins que vous ne lui posiez la question. Il regarde toujours de l\u2019avant. Il a une force int\u00e9rieure et un esprit de combattant. Il s\u2019est fait tout seul et a de quoi en \u00eatre fier. Il vous donne envie de vous lever et d\u2019essayer de faire mieux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Affronte tes peurs&nbsp;! <\/em><\/strong><em>\u00bb. <\/em>M\u00eame son de cloche pour Bob Berland qui, trois d\u00e9cennies apr\u00e8s s\u2019\u00eatre retir\u00e9 de la comp\u00e9tition, l\u2019appelle toujours \u00ab&nbsp;<em>Mon coach<\/em>&nbsp;\u00bb. Le Chicagoan, pur produit du Midwest, h\u00e9sita longtemps entre football am\u00e9ricain et judo. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, pour un mec de l\u2019Illinois, SJSU \u00e9tait \u00ab&nbsp;<em>l\u2019ennemi<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9quipe \u00e0 abattre. Aussi quelle ne fut pas sa surprise lorsque, \u00e0 seize ans, il est approch\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un championnat des \u00c9tats-Unis \u00e0 Chicago par Yosh lui-m\u00eame. Il d\u00e9cline \u00e9videmment, puis affronte Mike Cochran, un \u00e9l\u00e8ve de San Jose State University, justement. \u00ab&nbsp;<em>Je le croyais gaucher et il m\u2019a jet\u00e9 en dix secondes \u00e0 droite, sur sode-tsuri-komi-goshi. \u00c0 ma sortie du tapis, je suis all\u00e9 trouver Yosh Uchida et lui ai dit&nbsp;: OK, je viens.<\/em>&nbsp;\u00bb Il lui faudra pourtant attendre de s\u2019incliner aux <em>trials<\/em> 1980 pour comprendre qu\u2019il ne pouvait plus cumuler foot US et judo. Il choisit le judo. \u00c0 SJSU, la gentillesse de Yosh Uchida est sa premi\u00e8re surprise. Sur le tapis, Keith Nakasone et Mike Swain repr\u00e9sentent \u00e0 eux-seuls 50 % de l\u2019\u00e9quipe olympique alors pressentie pour les JO de Los Angeles. Pour parachever le tout, le double champion du monde 1975 et 1979 Sumio Endo d\u00e9barque du Japon&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Au sol, il \u00e9tait effrayant<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le sol, parlons-en. \u00ab&nbsp;<em>Il m\u2019a fait redescendre sur terre d\u00e8s mon premier entra\u00eenement l\u00e0-bas. D\u00e9fense de taper sur les immobilisations. Soit tu t\u2019am\u00e9liores, soit tu meurs. Pour lui, la priorit\u00e9 \u00e9tait d\u2019\u00e9liminer les points faibles. J\u2019\u00e9vitais le sol&nbsp;? Alors il m\u2019a fait bosser le sol et mon ne waza est devenu meilleur que mon tachi-waza. \u2018Affronte tes peurs&nbsp;!\u2019 me disait-il. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une le\u00e7on pour la vie.<\/em>&nbsp;\u00bb Car l\u2019exp\u00e9riment\u00e9 sensei a ses astuces pour maintenir ses troupes en \u00e9veil. \u00ab&nbsp;<em>Il nous faisait arriver bien avant la fin du cours des d\u00e9butants qui pr\u00e9c\u00e9dait le n\u00f4tre. Il nous demandait de nous laisser immobiliser par eux, et de nous d\u00e9gager de l\u2019immobilisation sans utiliser ni nos bras, ni nos jambes. Une bonne \u00e9cole.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Impacter des vies.<\/strong> Pour lui, \u00ab&nbsp;<em>il n\u2019y a pas que le judo dans la vie car il y a avant tout de la vie dans le judo. Il nous fallait viser l\u2019excellence \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous souvenir toujours que nous avions une carri\u00e8re \u00e0 b\u00e2tir en dehors du tapis. Il voulait notre succ\u00e8s dans les affaires.<\/em> <em>Il venait en costume au labo, tous les jours, et pouvait au besoin vous embaucher comme chauffeur pour l\u2019y accompagner\u2026 Il ne faut jamais oublier que ses parents ont \u00e9t\u00e9 prisonniers en Arizona pendant que lui servait pour les \u00c9tats-Unis. Toute sa vie, il aura b\u00e2ti des ponts entre Japon et \u00c9tats-Unis. Le premier US Open de l\u2019histoire, c\u2019est \u00e0 San Jose State University et nulle part ailleurs, qu\u2019il a eu lieu. Et, pour l\u2019occasion, il a fait venir Yasuhiro Yamashita\u2026 Son objectif a toujours \u00e9t\u00e9 double&nbsp;: d\u00e9velopper le judo aux \u00c9tats-Unis et impacter des vies. Quand vous impactez cent vies, vous impactez pour mille ans.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le maire de Japantown. <\/strong><em>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9ducation est son autre cheval de bataille, <\/em>encha\u00eeneJan Masuda Cougill<em>. Comme dans tout sport, une blessure peut ruiner une carri\u00e8re, d\u2019o\u00f9 sa vigilance sur ce sujet. San Jose est ainsi le seul centre d\u2019entra\u00eenement olympique rattach\u00e9 \u00e0 une universit\u00e9. Cela a permis d\u2019attirer de nombreux \u00e9tudiants am\u00e9ricains et \u00e9trangers. Vingt d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 olympiens et quatre ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9daill\u00e9s. Il leur dit toujours&nbsp;: \u2018Quelle est ta moyenne g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;?\u2019 Il faut au moins B de moyenne pour rester dans l\u2019\u00e9quipe. Il est fier de la r\u00e9ussite de ses adultes en dehors du judo\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb Et qu\u2019est-ce qui a le plus chang\u00e9 entre les ann\u00e9es soixante et aujourd\u2019hui&nbsp;? Pour son fid\u00e8le assistant<strong>, <\/strong>\u00ab&nbsp;<em>le principal changement est que la voix des Am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise est d\u00e9sormais audible. Les camps d\u2019internement ont principalement affect\u00e9 la premi\u00e8re (<\/em>Issei<em>) et deuxi\u00e8me (<\/em>Nisei<em>) g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019histoire et les injustices de la Seconde guerre mondiale n\u2019ont \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9es que tardivement \u00e0 ces citoyens am\u00e9ricains qui \u2018semblaient diff\u00e9rents\u2019. La troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (<\/em>Sansei<em>) a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9vier de ce mod\u00e8le de la minorit\u00e9 que nos parents nous avaient enseign\u00e9, le fameux <\/em>Gaman<em> (\u2018<\/em>pers\u00e9v\u00e8re et tol\u00e8re avec patience et dignit\u00e9\u2019<em>). Refuser d\u2019\u00eatre rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan dans les ann\u00e9es soixante et soixante-dix est devenu plus audible voire m\u00eame un sujet politique sur les campus de tout le pays. Ils se sont battus pour que soient cr\u00e9\u00e9s des cours d\u2019\u00e9tudes asiatiques, ont travaill\u00e9 sur la r\u00e9paration de l\u2019injustice faite \u00e0 nos parents et grands-parents, le fait qu\u2019ils avaient choisi de ne pas nous transmettre notre langue et notre culture. Eux voulaient que nous soyons \u2018<\/em>plus am\u00e9ricains<em>\u2019 apr\u00e8s la guerre. Invisibles et impeccables. Nous, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 explorer des domaines que nos parents \u00e9vitaient comme la politique et les arts.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et de poursuivre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>M. Uchida m\u2019a toujours dit que, s\u2019il y avait eu davantage d\u2019hommes politiques am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, les camps d\u2019internement n\u2019auraient peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 possibles. Je me souviens avoir lu que les politiciens italiens avaient utilis\u00e9 le champion de baseball Joe DiMaggio comme exemple d\u2019Italien loyal, et qu\u2019ainsi cette communaut\u00e9 n\u2019eut pas d\u2019internement. Yosh a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la man\u0153uvre pour pousser Norman Mineta, un courtier en assurance, \u00e0 s\u2019engager en politique <\/em><em>et \u00e0 briguer le poste de maire. M. Mineta a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu et a m\u00eame poursuivi son ascension jusqu\u2019\u00e0 devenir d\u00e9put\u00e9 au Congr\u00e8s et l\u2019unique ministre d\u00e9mocrate de l\u2019administration Bush en tant que secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Transports. C\u2019est lui qui a pris la d\u00e9cision d\u2019arr\u00eater tous les avions commerciaux suite aux 11-Septembre. Pour vous dire son pouvoir&nbsp;! Lui, Yosh et quelques autres Am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise ont ainsi ouvert la porte \u00e0 d\u2019autres, qui ont su ensuite caler leur pied dans la porte de l\u2019ar\u00e8ne politique pour donner du poids aux Asiatiques. J\u2019ai travaill\u00e9 pour M. Uchida pendant de nombreuses ann\u00e9es. Au sein de la communaut\u00e9 de South Bay, rares sont les candidats aux postes de maire ou de superviseur au Congr\u00e8s, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, au Conseil municipal ou \u00e0 la Vie scolaire, qui ne nous ont pas demand\u00e9 de les aider \u00e0 lever des fonds. Yosh l\u2019a fait pour un nombre infini de personnes auxquelles il croyait, avec ce titre officieux de \u2018Maire de Japantown\u2019. Tous savaient que, s\u2019ils avaient M. Uchida avec eux, ils auraient la majorit\u00e9 du soutien de la communaut\u00e9 japonaise.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un chemin.<\/strong> Le 1<sup>er<\/sup> avril 2021, Yosh Uchida a souffl\u00e9 sa cent-uni\u00e8me bougie. Un anniversaire par Zoom auquel sa fille Lydia nous invita \u00e0 passer une t\u00eate au milieu du cercle des tr\u00e8s proches. Qu\u2019elle soit remerci\u00e9e ici pour cet honneur inoubliable. Comme elle le souligne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pour lui, le judo a toujours \u00e9t\u00e9 un chemin vers une meilleure compr\u00e9hension entre les communaut\u00e9s, que ce soit \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local, national ou international. Les nombreuses amiti\u00e9s durables qu\u2019il a nou\u00e9es tout au long de ces ann\u00e9es rejaillissent sur ses \u00e9l\u00e8ves comme sur les autres entra\u00eeneurs jusqu\u2019au plus haut niveau du sport international.<\/em>&nbsp;<em>L\u2019important pour lui est de toujours remercier et de rendre \u00e0 la communaut\u00e9. Fais des choses que tu aimes ton m\u00e9tier et \u00e7a cessera d\u2019\u00eatre un m\u00e9tier. M\u00eame si au d\u00e9part ce n\u2019est pas ton r\u00eave, tu peux retrouver des bouts de ce r\u00eave dans ton travail.&nbsp;<\/em>\u00bb Les principes de Seriyoku Zenyo (\u00ab&nbsp;<em>efficacit\u00e9 maximale dans l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9nergie<\/em>&nbsp;\u00bb) et de Jita Kyoei (\u00ab&nbsp;<em>entraide et prosp\u00e9rit\u00e9 mutuelle<\/em>&nbsp;\u00bb) ont ainsi toujours gouvern\u00e9 sa vie. \u00ab&nbsp;<em>En randori comme en technique ou aux katas, vous apprenez de vos erreurs, et votre partenaire aussi, conclut-elle. Dans la vie notre p\u00e8re a surmont\u00e9 beaucoup d\u2019obstacles et a toujours su regarder au-del\u00e0, pour voir ce qu\u2019il restait possible de faire. Et il a fait.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><u>2\/2 &#8211; Hiroshi Nakamura \u2013 Comme un rayon de soleil levant<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Pour les Japonais, le deuxi\u00e8me conflit mondial n\u2019est qu\u2019une partie de la \u2018Guerre de la Grande Asie orientale\u2019, qui a commenc\u00e9 avec l\u2019entr\u00e9e de leurs forces en Mandchourie en 1931<\/em>&nbsp;\u00bb rappelle l\u2019historien fran\u00e7ais Jean-Marie Bouissou dans <em>Les Le\u00e7ons du Japon, un pays tr\u00e8s incorrect<\/em>, passionnant exercice de sym\u00e9trie comparative paru en 2019\u2026 Et pourtant. Si la date du 7 d\u00e9cembre 1941 et le nom de Pearl Harbour sonnent familiers aux oreilles occidentales, les r\u00e9pliques canadiennes de ce s\u00e9isme &#8211; dont l\u2019\u00e9picentre aux \u00eeles Hawaii aura une port\u00e9e plan\u00e9taire &#8211; sont moins connues c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en de l\u2019Atlantique. Elles constituent pourtant un chapitre douloureux mais n\u00e9cessaire de <em>Judoka \u2013 L\u2019histoire du judo au Canada<\/em>, ouvrage-somme initialement publi\u00e9 en 1998 par Glynn Arthur Leyshon (1929-2018) et actualis\u00e9 en 2019 par Nicolas Gill, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de Judo Canada. \u00ab&nbsp;<em>En f\u00e9vrier 1942<\/em>&nbsp;<em>[<\/em>soit deux mois apr\u00e8s l\u2019attaque de la base navale am\u00e9ricaine, NDLR<em>]<\/em>, <em>le Cabinet f\u00e9d\u00e9ral promulgue une loi qui enclenche une p\u00e9riode honteuse de l\u2019histoire canadienne. C\u00e9dant \u00e0 la parano\u00efa, le gouvernement ordonne que quelque vingt-deux mille personnes d\u2019origine japonaise soient expuls\u00e9es de leurs foyers si elles r\u00e9sident \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une zone donn\u00e9e de cent milles le long du littoral du Pacifique. Soixante-quinze pour cent des personnes vis\u00e9es sont des citoyens n\u00e9s au Canada ou naturalis\u00e9s. L\u2019ordonnance ne sera pas abrog\u00e9e avant le 31 mars 1949, alors que la guerre a pris fin en ao\u00fbt 1945.<\/em>&nbsp;\u00bb S\u2019ensuivent quelques-unes de ces photos de familles peu glorieuses que chaque nation du globe est appel\u00e9e un jour \u00e0 devoir regarder en face et auxquelles le journaliste britannique Mark Law consacra le huiti\u00e8me des vingt-huit chapitres de <em>The Pyjama Game<\/em>, son \u00e9rudit et exhaustif ouvrage paru en 2007. Titre de ces dix-huit pages&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>La guerre \u2013 Quand le combat dut s\u2019arr\u00eater&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ombre port\u00e9e de ces temps clivants mettra longtemps \u00e0 se dissiper. Plus au sud, \u00e0 Hollywood, elle constituera l\u2019un des nombreux aspects probl\u00e9matiques du tr\u00e8s puritain Code Hays qui, de 1934 \u00e0 1968, enr\u00e9gimenta de mani\u00e8re conservatrice (euph\u00e9misme) la production cin\u00e9matographique d\u2019un pays-continent devenu superpuissance culturelle. Il faut par exemple attendre 1959 et <em>Le Kimono pourpre<\/em> de Samuel Fuller pour voir pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019\u00e9cran une Caucasienne s\u2019amouracher d\u2019un Am\u00e9ricain d\u2019origine japonaise. C\u2019est ce que rappellent les s\u0153urs Clara et Julia Kuperberg dans <em>L\u2019Ennemi japonais \u00e0 Hollywood<\/em>, foisonnant documentaire paru en 2018. Au fil des cinquante-trois minutes de ce redoutable travail d\u2019archives et de remise en perspective, les deux Fran\u00e7aises cochent aussi les marqueurs consid\u00e9rables que constituent l\u2019arr\u00eat <em>Loving contre l\u2019\u00c9tat de Virginie<\/em> qui, en 1967, autorisa les couples mixtes puis, en 1990, la sortie de <em>Bienvenue au Paradis<\/em> du Britannique Alan Parker. Un film pionnier puisque, deux ans apr\u00e8s avoir d\u00e9cortiqu\u00e9 la m\u00e9canique du Ku Klux Klan dans <em>Mississipi Burning<\/em>, le r\u00e9alisateur britannique devient en effet le premier \u00e0 montrer sur grand \u00e9cran la r\u00e9alit\u00e9 de ces camps d\u2019internement de sinistre m\u00e9moire, ces alignements de baraquements bord\u00e9s de barbel\u00e9s o\u00f9 le d\u00e9cret n\u00b09066, promulgu\u00e9 le 19 f\u00e9vrier 1942 par le pr\u00e9sident Franklin D. Roosevelt, parqua \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 titre<\/em> <em>pr\u00e9ventif&nbsp;<\/em>\u00bb cent-vingt mille Am\u00e9ricains d\u2019origine japonaise et eut des cons\u00e9quences au quotidien et sur des g\u00e9n\u00e9rations pour des milliers de concitoyens d\u2019origine italienne ou allemande.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019importe la langue.<\/strong> N\u00e9 \u00e0 Tokyo en cette fameuse ann\u00e9e 1942, venu au judo douze ans plus tard et arriv\u00e9 au Canada en 1968, l\u2019histoire du 9<sup>e<\/sup> dan Hiroshi Nakamura d\u00e9bute l\u00e0 o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve celle de ces ann\u00e9es de larmes, de d\u00e9fiance et de feu. Avant de contacter celui qui fit du Shidokan le dojo n\u00b01 de sa patrie d\u2019adoption &#8211; et fut entra\u00eeneur-chef pour le Canada aux JO 1976, 1988, 1996, 2000 et 2004 &#8211; pour \u00e9voquer plus d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019empreinte sur le sol unifoli\u00e9, cette pr\u00e9caution oratoire aupr\u00e8s de Nicolas Gill, son \u00e9l\u00e8ve embl\u00e9matique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vaut-il mieux engager la conversation en fran\u00e7ais ou en anglais&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb R\u00e9ponse \u00e9nigmatique et pince-sans-rire du double m\u00e9daill\u00e9 olympique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>M. Nakamura parle aussi mal le fran\u00e7ais que l\u2019anglais.<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9change se fera n\u00e9anmoins et il sera gorg\u00e9 d\u2019humanit\u00e9. Quant \u00e0 la langue utilis\u00e9e, nous n\u2019en conservons \u00e0 ce jour aucun souvenir. L\u2019essentiel \u00e9tait ailleurs &#8211; dans les rires, les fiert\u00e9s et les silences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Franchir un cap.<\/strong> Hiroshi Nakamura a vingt-deux ans lorsque les JO 1964 d\u00e9butent. Le Kodokan de Tokyo o\u00f9 il affute son o-soto-gari \u2013 \u00ab&nbsp;<em>la force de ses projections fait perdre connaissance \u00e0 plus d\u2019un adversaire<\/em>&nbsp;\u00bb, rapporte Glynn A. Leyshon dans son ouvrage pr\u00e9cit\u00e9 &#8211; est d\u00e9j\u00e0 un passage oblig\u00e9 pour tout \u00e9tranger qui entend franchir un cap, a fortiori en ce d\u00e9but de <em>sixties<\/em> o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, le judo est au programme des Jeux. Parmi les multiples vagues de visiteurs, le courant passe particuli\u00e8rement avec les Canadiens Terry Farnsworth et Doug Rogers, venus pr\u00e9parer l\u2019\u00e9ch\u00e9ance plan\u00e9taire de l\u2019automne. Doug (1941-2020) remportera la m\u00e9daille d\u2019argent en +80 kg \u2013 \u00ab&nbsp;<em>Doug, c\u2019\u00e9tait quasiment un<\/em> Japonais, s\u2019amuse le sensei. <em>Il s\u2019est tellement entra\u00een\u00e9 sur place&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019invitation pour venir aider au Canada est presque une suite logique. Avant cela, en 1966, Hiroshi Nakamura effectue une tourn\u00e9e de quelques semaines pour enseigner en \u00c9gypte, au Soudan et en Iran, envoy\u00e9 par son minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res et le Kodokan. L\u2019ann\u00e9e suivante, forfait sur blessure pour les championnats du monde de Salt-Lake City, il a la surprise douce-am\u00e8re de voir Eiji Maruki, son rempla\u00e7ant au pied-lev\u00e9, remporter le titre plan\u00e9taire. Alors, en 1968, Hiroshi saute le pas&nbsp;: \u00e0 l\u2019Est, toute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr\u00eacher par l\u2019exemple.<\/strong> Son arriv\u00e9e sur le continent d\u2019en face se fait par \u00e9tapes, de la c\u00f4te ouest US au Qu\u00e9bec. Peu \u00e0 peu, la double barri\u00e8re de la langue et des finances saute. En pleine force de l\u2019\u00e2ge, ses d\u00e9monstrations en ligne deviennent sa meilleure carte de visite. Dans ce Canada o\u00f9 les diff\u00e9rentes chapelles sont encore loin d\u2019\u00eatre unifi\u00e9es, lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler judo, il y a bient\u00f4t Hiroshi Nakamura et les autres. Le bouche-\u00e0-oreille fait le reste, malgr\u00e9 une vilaine blessure \u00e0 la jambe en 1970 qui voit ses \u00e9conomies fondre et l\u2019oblige presqu\u2019\u00e0 red\u00e9marrer de z\u00e9ro. Sa d\u00e9termination d\u2019exil\u00e9 et la fid\u00e9lit\u00e9 de ses \u00e9l\u00e8ves du premier jour lui permettent de reprendre pied. D\u00e9di\u00e9 corps et \u00e2me \u00e0 la transmission de son savoir-faire, le cinqui\u00e8me dan devient bient\u00f4t \u00ab&nbsp;<em>The place to be<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 lui tout seul pour tout Canadien qui entend monter en comp\u00e9tence et ne plus se contenter du \u00ab&nbsp;<em>l\u2019essentiel est de participer<\/em>&nbsp;\u00bb cher au baron Pierre de Coubertin. \u00ab&nbsp;<em>Il pr\u00e9conisait un travail acharn\u00e9, volumineux en randori et se concentrait avant tout sur la technique<\/em>&nbsp;\u00bb, se rem\u00e9more Louis Jani, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de la haute performance \u00e0 Judo Canada. Il fut l\u2019\u00e9l\u00e8ve du Ma\u00eetre de 1975 \u00e0 1988 au Club de judo Shidokan, avant de devenir notamment directeur technique national, directeur de la haute performance et du Centre d\u2019entra\u00eenement national et entra\u00eeneur en chef sur l\u2019olympiade 1997-2000. \u00ab&nbsp;<em>Les autres aspects du coaching, il les laissait \u00e0 d\u2019autres. Il avait un \u00e9norme bagage technique mais, si les meilleurs judokas et les plus motiv\u00e9s sont all\u00e9s vers lui, c\u2019est aussi parce qu\u2019il \u00e9tait peut-\u00eatre le seul coach au Canada qui \u00e9tait disponible sept jours sur sept. C\u2019\u00e9tait un coach professionnel qui pr\u00eachait par l\u2019exemple.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 long terme.<\/strong> Parmi les \u00ab&nbsp;<em>les meilleurs judokas et les plus motiv\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb en question, il y a bien s\u00fbr Nicolas Gill, l\u2019homme aux cinq m\u00e9dailles plan\u00e9taires et aux cinq titres panam\u00e9ricains conquis entre 1990 et 2002. Hiroshi Nakamura et lui, c\u2019est un peu Masami Matsushita et Ezio Gamba en Italie dans les ann\u00e9es soixante-dix. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019avais treize ans, j\u2019\u00e9tais ceinture marron et aucun talent sp\u00e9cial hormis le fait que j\u2019\u00e9tais fonceur<\/em>, s\u2019amuse l\u2019int\u00e9ress\u00e9 en y repensant trente-cinq ans plus tard. <em>C\u2019est bien simple&nbsp;: quand je suis arriv\u00e9, M. Nakamura a tout mis \u00e0 la vidange. Le morote \u00e0 genou qui m\u2019avait jusqu\u2019ici permis de gagner quelques m\u00e9dailles&nbsp;? Il m\u2019a dit de l\u2019oublier. Il faut dire que ma pouss\u00e9e de croissance s\u2019est faite sur le tard. \u00c0 quinze ans je faisais encore cinquante-quatre kilos. Lui, il a regard\u00e9 mon p\u00e8re. Il a vu qu\u2019il \u00e9tait costaud et a aussit\u00f4t su le judo qu\u2019il me fallait construire&nbsp;: main loin dans le dos, o-soto-gari, uchi-mata, o-uchi-gari. C\u2019\u00e9tait un travail \u00e0 long terme, qui a pris quatre bonnes ann\u00e9es \u00e0 porter ses fruits. La pouss\u00e9e de croissance sur laquelle il misait a bien eu lieu et \u00e0 partir de l\u00e0 tout s\u2019est encha\u00een\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un avant et un apr\u00e8s.<\/strong> Les certitudes du professeur Nakamura sont b\u00e2ties sur une succession d\u2019exp\u00e9riences et de paliers. Lorsqu\u2019il est bombard\u00e9 entra\u00eeneur g\u00e9n\u00e9ral en 1973, les JO de Montr\u00e9al sont programm\u00e9s pour dans trois ans et l\u2019\u00e9quipe qui y sera align\u00e9e aura moins de vingt-deux ans de moyenne d\u2019\u00e2ge. Conscient de partir de tr\u00e8s loin, Hiroshi Nakamura \u00e9labore un \u00e9ch\u00e9ancier pr\u00e9cis. L\u2019objectif est de donner progressivement de la confiance \u00e0 ses combattants. Bien s\u00fbr, la r\u00e9ussite de certaines individualit\u00e9s chez le voisin \u00e9tats-unien pourrait susciter des envies de rapprochement et de collaboration \u00e9troite. Mais ce serait m\u00e9sestimer le facteur distance, param\u00e8tre colossal \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du sous-continent, quand bien m\u00eame la renomm\u00e9e d\u2019un Yosh Uchida lui est \u00e9videmment parvenue aux oreilles. \u00ab&nbsp;<em>Aller de Montr\u00e9al \u00e0 Los Angeles ou San Jose, c\u2019est le m\u00eame nombre d\u2019heures d\u2019avion que d\u2019aller de Montr\u00e9al \u00e0 Paris\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb D\u2019o\u00f9 son plan triennal&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La premi\u00e8re ann\u00e9e, je demandais \u00e0 mes combattants de juste suivre l\u2019entra\u00eenement. La deuxi\u00e8me, de venir faire randori \u00e0 l\u2019Insep en France et au Japon. La troisi\u00e8me, de prendre part \u00e0 des comp\u00e9titions dans ces pays-l\u00e0.<\/em>&nbsp;\u00bb Montr\u00e9al 1976 [lien article Montr\u00e9al vu de France&nbsp;: <strong>https:\/\/judocanada.org\/fr\/2013\/12\/29\/montreal-vue-de-france\/<\/strong>] agira alors comme un \u00ab&nbsp;<em>wake-up call<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019occasion de mesurer tout ce qui s\u00e9pare encore le judo du cru des meilleurs combattants de la plan\u00e8te et, petit \u00e0 petit, de poursuivre le patient travail de structuration et d\u2019acculturation amorc\u00e9 au d\u00e9but de cette d\u00e9cennie. \u00ab&nbsp;<em>Il y a d\u00e9finitivement eu un avant et un apr\u00e8s Nakamura en ce qui concerne le judo de haut niveau au Canada<\/em>, confirme Louis Jani. <em>Il nous a rendu palpable ce que faisaient les meilleures nations de judo au monde. Il appr\u00e9ciait autant les athl\u00e8tes talentueux que ceux moins dou\u00e9s mais qui se donnaient \u00e0 fond \u2013 les \u2018plombiers\u2019 comme on dit en hockey. Pour lui, l\u2019attitude mentale primait avant tout. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux envers ses athl\u00e8tes, les aidant parfois financi\u00e8rement, parfois en leur trouvant un sponsor ou, pour ceux qui allaient s\u2019entra\u00eener au Japon, en leur ouvrant des portes l\u00e0-bas. Moi-m\u00eame, lorsque je suis all\u00e9 pour la premi\u00e8re fois m\u2019y entra\u00eener, je suis rest\u00e9 chez ses parents. Quand des sensei japonais me demandaient qui \u00e9tait mon entra\u00eeneur et que je r\u00e9pondais Nakamura Hiroshi, ils voyaient tout de suite qui c\u2019\u00e9tait. Ils disaient \u2018<\/em>yes, very good<em>\u2019 ou parfois \u2018<\/em>aaah\u2026 o-soto-gari<em>\u2019, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son sp\u00e9cial avec lequel il s\u2019\u00e9tait b\u00e2ti une r\u00e9putation de \u2018tueur\u2019 et de technicien au Japon. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette r\u00e9putation qui m\u2019a facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux meilleurs dojos universitaires et \u00e0 celui de la police de Tokyo, ainsi qu\u2019au Kodokan. Ses accomplissements ont d\u2019ailleurs d\u00e9pass\u00e9 le cadre du judo puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 dans les deux pays, respectivement par l\u2019ordre du Canada et celui du Soleil levant \u2013 rayons d\u2019argent.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Scanner mental.<\/strong> Dans un long entretien publi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2020 par la F\u00e9d\u00e9ration japonaise de judo et traduit pour Judo Canada par le septi\u00e8me dan Yves Landry, Hiroshi Nakamura a d\u00e9taill\u00e9 la sorte de scanner mental qui lui a permis, plusieurs d\u00e9cennies durant, de d\u00e9tecter presqu\u2019\u00e0 coup s\u00fbr ces g\u00e9n\u00e9rations de champions qui ont assis sa cr\u00e9dibilit\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>Je regarde les yeux des athl\u00e8tes de quatorze-quinze ans qui aiment vraiment le judo. Un enfant parle avec ses yeux. Un enfant qui aime le judo du matin au soir, qui mange du judo et r\u00eave au judo, c\u2019est la premi\u00e8re condition. Ensuite, les parents. Quel support familial (moral, financier) les parents peuvent-ils apporter \u00e0 l\u2019enfant&nbsp;? Contrairement au Japon, il n\u2019y a pas de cong\u00e9 de frais mensuel, de logement ou de syst\u00e8me de traitement sp\u00e9cial ici. Alors c\u2019est difficile si les parents ne peuvent apporter du support. Troisi\u00e8mement, jusqu\u2019o\u00f9 le premier professeur a-t-il bien enseign\u00e9 les bases du judo&nbsp;? Il y a de terribles dojos o\u00f9 on ne fait pas d\u2019ukemi. Alors, lorsqu\u2019ils chutent, c\u2019est difficile pour eux. C\u2019est difficile par la suite de corriger cette situation et je suis parfois d\u00e9courag\u00e9 avant m\u00eame de d\u00e9buter. Le quatri\u00e8me crit\u00e8re c\u2019est&nbsp;: jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019athl\u00e8te peut-il se rendre&nbsp;? Le coach doit \u00e9valuer jusqu\u2019o\u00f9 il peut se rendre comme athl\u00e8te. Peut-il devenir champion canadien, panam\u00e9ricain ou champion olympique&nbsp;? Le reste, c\u2019est le talent. Quatre-vingt dix pour cent du succ\u00e8s des athl\u00e8tes ayant gagn\u00e9 une m\u00e9daille olympique est bas\u00e9 sur le travail acharn\u00e9 et les quatre facteurs mentionn\u00e9s plus le talent. Pour le reste c\u2019est la chance dans deux ou trois pour cent des cas, ou quelque chose comme une intervention divine qui d\u00e9cidera pour la m\u00e9daille d\u2019or ou d\u2019argent. Je cherche encore ce que \u00e7a peut \u00eatre\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le sillon de la volont\u00e9.<\/strong> De 1976 \u00e0 2014 \u2013 ann\u00e9e de l\u2019ouverture du Centre national d\u2019entra\u00eenement de Montr\u00e9al &#8211; la majorit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe nationale s\u2019entra\u00eene sous son toit, au Club de judo de Shidokan, contribuant ainsi \u00e0 faire basculer vers le Qu\u00e9bec les forces vives d\u2019une nation jadis mieux dot\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 des provinces anglophones de l\u2019Ontario, de la Colombie-Britannique et de l\u2019Alberta, proximit\u00e9 imm\u00e9diate avec la diaspora nippone oblige. Kevin Doherty, Brad Farrow, Wayne Erdman, Rainer Fisher, Ewan Beaton, Jane Patterson ou Marie-H\u00e9l\u00e8ne Chisholm hier, Sasha Mehmedovic, Antoine Valois-Fortier, Louis Krieber-Gagnon ou Arthur Margelidon plus r\u00e9cemment sont tous d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre pass\u00e9s entre ses mains. \u00ab&nbsp;<em>Il a \u00e9t\u00e9 mon coach, pas mon professeur<\/em>, nuance toutefois Louis Jani, qui a d\u00e9but\u00e9 le judo et obtenu son premier dan \u00e0 Paris avant de revenir vivre \u00e0 Montr\u00e9al. <em>Pour autant, quand il enseigne le judo r\u00e9cr\u00e9atif, il a un certain charisme et ses connaissances et son succ\u00e8s d\u2019entra\u00eeneur font que ses \u00e9l\u00e8ves le respectent fortement.<\/em>&nbsp;\u00bb Enseignant \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019ancienne&nbsp;\u00bb dot\u00e9 du degr\u00e9 d\u2019exigence qui va avec et d\u2019un esprit de comp\u00e9tition insatiable et t\u00eatu \u2013 \u00ab&nbsp;<em>aujourd\u2019hui qu\u2019il est moins impliqu\u00e9 dans le judo, c\u2019est devenu tr\u00e8s important pour lui de me battre au golf<\/em>&nbsp;\u00bb sourit affectueusement Nicolas Gill -, il suit d\u2019un \u0153il vif et volontiers malicieux l\u2019\u00e9volution du judo de part et d\u2019autre de l\u2019oc\u00e9an Pacifique, et laisse le soin \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve le plus embl\u00e9matique de mettre des mots sur ce qui a fond\u00e9 leur succ\u00e8s commun et constitu\u00e9 peu \u00e0 peu un d\u00e9clic d\u00e9cisif pour l\u2019ensemble du judo canadien. \u00ab&nbsp;<em>\u00catre tr\u00e8s bien pr\u00e9par\u00e9 physiquement, mentalement et tactiquement, <\/em>r\u00e9sume Nicolas<em>. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019avoir autant de partenaires que nos concurrents, nous pouvons d\u00e9velopper les qualit\u00e9s qui sont entre nos deux oreilles. La volont\u00e9 peut venir \u00e0 bout de bien des obstacles. Ce chemin-l\u00e0, M. Nakamura a commenc\u00e9 par l\u2019incarner puis nous a convaincu que nous aussi, ses \u00e9l\u00e8ves comme les \u00e9l\u00e8ves de ses \u00e9l\u00e8ves, y avions toute notre place. C\u2019est un sillon profond et qui vient de tr\u00e8s loin. \u00c0 nous de nous en souvenir, a fortiori lorsque, comme aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9poque semble chaque jour vouloir nous tester. <\/em>\u00bb <strong>&#8211; Anthony Diao<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Pour lui, la chose la plus importante \u00e0 accomplir est de terminer ses \u00e9tudes et d\u2019obtenir un dipl\u00f4me. 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