{"id":64062,"date":"2023-11-09T12:33:51","date_gmt":"2023-11-09T17:33:51","guid":{"rendered":"https:\/\/judocanada.org\/?p=64062"},"modified":"2023-11-23T06:33:53","modified_gmt":"2023-11-23T11:33:53","slug":"le-developpement-durable-du-judoka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/learning.judocanada.org\/fr\/2023\/11\/09\/le-developpement-durable-du-judoka\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9veloppement durable du judoka"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Penser d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de l\u2019athl\u00e8te (DLTA) c\u2019est penser long, loin, sain et solide. Penser qualit\u00e9, pertinence et globalit\u00e9. Penser DLTA, c\u2019est penser aujourd\u2019hui plut\u00f4t que panser demain.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis leur instauration en 2009, \u00e0 chaque fois que se profilent les championnats du monde cadets, un m\u00eame dilemme journalistique et \u00e9thique. Faut-il m\u00e9diatiser ce rendez-vous dans les m\u00eames proportions qu\u2019au niveau senior et, ce faisant, cautionner l\u2019\u00e9v\u00e8nement&nbsp;? En d\u00e9zoomant l\u2019\u00e9preuve, son bruit, ses dossards et ses straps \u00ab&nbsp;<em>comme les grands<\/em>&nbsp;\u00bb, cela reste des m\u00f4mes de quinze ans, tout juste sortis du coll\u00e8ge. Sont-ils \u00e0 m\u00eame \u00e9motionnellement de bien g\u00e9rer ce virage et cette exposition&nbsp;? L\u2019\u00e9tions-nous nous-m\u00eames au m\u00eame \u00e2ge&nbsp;? Performer implique des raccourcis. \u00ab&nbsp;<em>Maximiser l\u2019efficience<\/em>&nbsp;\u00bb selon la formule d\u2019un ami, \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 il est plut\u00f4t souhaitable de privil\u00e9gier la diversification et le perfectionnement technique. Il y a l\u00e0 un carrefour pour l\u2019\u00e9go, aussi. Lorsqu\u2019elle est publique voire spectaculaire au point d\u2019\u00eatre tik-tokis\u00e9e, la d\u00e9faite peut d\u00e9molir durablement et la victoire flatter pr\u00e9cocement un narcissisme qu\u2019il faudra ensuite garder \u00e0 l\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il faut un village pour \u00e9lever un enfant<\/em>&nbsp;\u00bb, dit le bon sens populaire. Un village, et du temps. Tel le Bol\u00e9ro de Ravel, le <strong>projet de d\u00e9veloppement \u00e0 long terme des athl\u00e8tes<\/strong> est une petite musique qui part de loin, monte doucement en volume et a pour destin d\u2019emplir \u00e0 terme la totalit\u00e9 de la pi\u00e8ce. Il y est question de tranches d\u2019\u00e2ge, de fr\u00e9quences d\u2019entra\u00eenement et de contenu de s\u00e9ances. D\u2019une approche exigeante certes, mais respectueuse de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale et physique du pratiquant au point de lui donner envie de continuer toute sa vie. &nbsp;Qu\u2019est-ce \u00e0 dire&nbsp;? Une d\u00e9finition particuli\u00e8rement \u00e9clairante a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e le 6 septembre 2023 \u00e0 Paris. Le cadre para\u00eet inattendu mais le cheminement est coh\u00e9rent. Ce mercredi-l\u00e0, l\u2019ancien champion d\u2019Europe et m\u00e9daill\u00e9 mondial Patrick Roux est auditionn\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise. \u00c2g\u00e9 de soixante-et-un ans, le septi\u00e8me dan est l\u2019auteur d\u2019un essai remarqu\u00e9 sur les violences dans le judo. Son<em> Revers de la m\u00e9daille<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au printemps 2023 aux \u00e9ditions Dunod, avec la collaboration de la psychologue Karine Rep\u00e9rant \u2013 et celle, plus discr\u00e8te mais pour \u00eatre tout \u00e0 fait transparent, de l\u2019auteur de ces lignes. Trois d\u00e9cennies durant, Patrick Roux fut un entra\u00eeneur respect\u00e9 des \u00e9quipes de France, de Grande-Bretagne puis de Russie. Il est revenu \u00e0 Paris au moment du Covid-19 et est d\u00e9sormais missionn\u00e9 sur le partage et l\u2019optimisation de l\u2019exp\u00e9rience au sein du p\u00f4le Formation de l\u2019Institut national du sport, de l\u2019expertise et de la performance (INSEP). \u00c0 cet instant de sa prise de parole, le technicien cl\u00f4ture quatre heures d\u2019\u00e9changes dans le cadre de la Commission parlementaire de lutte contre les violences dans le sport. Et c\u2019est justement ici que tout se tient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>1\/5 &#8211; Baliser un parcours de formation \u00e9tape par \u00e9tape<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Arrive le moment des derniers mots. Plut\u00f4t que de d\u00e9sesp\u00e9rer au sortir de cette demi-journ\u00e9e de confessions souvent r\u00e9voltantes, Patrick Roux choisit soudain de changer de focale. En levant la t\u00eate du guidon, le p\u00e9dagogue ne fait pas le choix de regarder ailleurs \u2013 attitude qu\u2019il reproche pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 tant de figures d\u2019autorit\u00e9 du monde sportif, en particulier sur le sujet des violences pour lequel il vient \u00e0 cet instant de longuement t\u00e9moigner.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il regarde ailleurs, ce n\u2019est en aucun cas pour fuir une r\u00e9alit\u00e9. S\u2019il regarde ailleurs, c\u2019est pour en observer une autre. Nourrie d\u2019un large \u00e9ventail de sensibilit\u00e9s et d\u2019horizons, affermie au fil des cycles du temps, sa pratique itin\u00e9rante lui a donn\u00e9 une conscience aigu\u00eb des limites d\u2019un syst\u00e8me lorsque celui-ci fonctionne en certitudes et en vase clos. Dojo apr\u00e8s dojo, le disciple du regrett\u00e9 \u00c9mile Mazaudier s\u2019est forg\u00e9 une conviction&nbsp;: &nbsp;il n\u2019y a pas de honte \u00e0 ne pas vouloir rester prisonnier d\u2019\u0153ill\u00e8res dogmatiques. Chacun de ses mots est m\u00fbri par les observations et les ann\u00e9es, un champ-contrechamp sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9 d\u2019intuitions et de recoupements. Extraits&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans la loi sur le Sport, il y a ce qu\u2019on appelle le Projet de performance f\u00e9d\u00e9rale. Mais ce que je ne vois pas dans [cette loi], c\u2019est l\u2019exigence d\u2019un outil comme l\u2019ont cr\u00e9\u00e9 les Canadiens dans les ann\u00e9es quatre-vingt, quatre-vingt-dix, c\u2019est-\u00e0-dire le <\/em>Long Term Athlete Development. <em>C\u2019est <strong>un outil qui balise un parcours de formation \u00e9tape par \u00e9tape des jeunes athl\u00e8tes, depuis le club jusqu\u2019au tr\u00e8s haut niveau, et ensuite la suite du parcours sportif si on veut en faire encore.<\/strong> Il ne s\u2019agit pas du tout de formater ou de dire qu\u2018\u00e0 chaque \u00e2ge on doit faire comme \u00e7a, etc. Il s\u2019agit de donner des recommandations d\u2019usage. Et ces recommandations sont souvent \u00e9tay\u00e9es par des connaissances en physiologie, en psycho-p\u00e9dagogie [etc.]<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis d\u2019encha\u00eener&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On sait par exemple que mettre trop de pression \u00e0 un gamin avant le pic pubertaire, \u00e7a ne sert \u00e0 rien, \u00e7a va entra\u00eener le burn-out et tout un tas de choses [\u2026]. Ensuite il faut exiger des f\u00e9d\u00e9rations que, \u00e0 moyen et long terme, tous les entra\u00eeneurs passent par ces formations, de mani\u00e8re \u00e0 ce que, en amont, du moment o\u00f9 on a besoin de changer ou de renouveler un entra\u00eeneur dans une structure, on ait un personnel qui ait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 form\u00e9. Parce que sinon, qu\u2019est-ce qu\u2019il se passe&nbsp;? Les jeunes entra\u00eeneurs quand ils arrivent, ils sont plein de motivation, ils ont envie de tr\u00e8s bien faire et ils font un copi\u00e9-coll\u00e9 des techniques qu\u2019ils ont eues quand ils \u00e9taient \u00e0 tr\u00e8s haut niveau. Parce qu\u2019ils ont l\u2019impression que c\u2019est [cela] qu\u2019il faut faire. Et l\u00e0 on se cr\u00e9e [tout seuls] plein de probl\u00e8mes\u2026 Dans cette perspective, il y a un enjeu immense, c\u2019est de <strong>travailler sur nos croyances<\/strong>.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et de pr\u00e9ciser&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Dans les pays anglo-saxons, les pays \u00e9mergents comme l\u2019Australie, la Nouvelle-Z\u00e9lande, tous ces pays qui sont en train de nous tailler des croupi\u00e8res aux Jeux olympiques d\u00e9sormais, ce n\u2019est plus du tout la m\u00eame vision. On consid\u00e8re que l\u2019athl\u00e8te robot, c\u2019est pas \u00e7a. Nous, ce qu\u2019il nous faut, [ce sont] des athl\u00e8tes qui aient des facult\u00e9s d\u2019adaptation et de cr\u00e9ativit\u00e9. La question de l\u2019entra\u00eeneur moderne, avec l\u2019appui des sciences du sport, c\u2019est&nbsp;: comment on cr\u00e9e un environnement favorable pour faire \u00e9merger ce type d\u2019athl\u00e8te&nbsp;? Et l\u00e0 il faut interpeller les th\u00e9ories cognitives comportementales. C\u2019est ce champ-l\u00e0 qu\u2019il faut aller chercher. D\u00e9sol\u00e9 mais en France on est en retard par rapport \u00e0 beaucoup de pays. Par contre on commence \u00e0 le voir&nbsp;: [\u2026] plein de pays (le Japon, le Canada\u2026) forment d\u00e9j\u00e0 les athl\u00e8tes depuis tout jeunes en essayant d\u2019aborder ces dimensions-l\u00e0 pour cr\u00e9er l\u2019environnement le plus favorisant parce que, vraisemblablement, apprendre, s\u2019engager, rester motiv\u00e9 tr\u00e8s longtemps et actif, aussi bien au plan mental, intellectuel que physique, \u00e7a se passe mieux dans un environnement o\u00f9 on tient compte de l\u2019\u00e9quilibre de vie de l\u2019athl\u00e8te, o\u00f9 on fait en sorte qu\u2019il ait de bonnes sensations, qu\u2019il soit dans un \u00e9quilibre plut\u00f4t que de penser qu\u2019il faut lui donner des petites tapes tous les jours pour qu\u2019il avance\u2026 [C\u2019est] un changement de paradigme qui, \u00e0 mon avis, peut \u00eatre activ\u00e9 si on passe par un travail dans la loi sur le Sport, qui exige des f\u00e9d\u00e9rations de produire un vrai travail sur ce parcours de formation des jeunes athl\u00e8tes.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas un signe de bonne sant\u00e9 que d\u2019\u00eatre bien adapt\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 malade<\/em>&nbsp;\u00bb disait l\u2019Indien Jiddu Krishnamurti<\/strong> \u2013 cit\u00e9 en 2018 par l\u2019ancien ins\u00e9pien Franck Courtois dans sa \u00ab&nbsp;<em>conf\u00e9rence gesticul\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb intitul\u00e9e <em>Le sport n\u2019est pas un jeu d\u2019enfant<\/em>. Dans un ouvrage pr\u00e9c\u00e9dent (<em>L\u2019Art du judo<\/em>, \u00e9d. inPhobulle, 2014), le m\u00eame Patrick Roux esquissait d\u00e9j\u00e0 une m\u00e9taphore analogue. Il faisait le parall\u00e8le entre l\u2019apprentissage d\u2019un judoka et celui d\u2019un skieur. En sous-texte, les bienfaits d\u2019une approche en apparence contre-intuitive et qui, en r\u00e9alit\u00e9, s\u2019en remet \u00e0 l\u2019intelligence d\u2019opter pour le temps long. \u00ab&nbsp;<em>En ski, les entra\u00eeneurs, pour former les jeunes skieurs dans les p\u00f4les, leur apprennent \u00e0 faire un d\u00e9tour pour prendre de la vitesse avant d\u2019arriver sur la porte, <\/em>\u00e9crit le technicien<em>. Ce d\u00e9tour est un paradoxe&nbsp;: pour aller le plus vite possible, il \u2018vaudrait mieux\u2019, sans doute, aller au plus court, au plus rapide, au plus simple<\/em>&nbsp;\u00bb poursuit-il ensuite dans une parabole qui n\u2019est pas sans rappeler Jean de La Fontaine et sa fable du <em>Li\u00e8vre et de la tortue. <\/em>Le 19 avril 2023, dans un entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 diffus\u00e9 par la cha\u00eene th\u00e9matique SQOOL TV, le m\u00eame enfonce encore le clou en trois affirmations cisel\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019enfant n\u2019est pas un adulte en miniature. Il faut des \u00e9tapes bien structur\u00e9es, et une \u00e9tape ne doit pas nuire \u00e0 la suivante.<\/em>&nbsp;\u00bb Si les m\u00f4mes savaient le nombre d\u2019intellectuels du sport qui phosphorent en amont pour leur permettre d\u2019emprunter les meilleurs chemins de la vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>2\/5 &#8211; Aux avant-postes, le Canada<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>On devient grand le jour o\u00f9 on commence \u00e0 battre son p\u00e8re au golf et adulte le jour o\u00f9 on le laisse gagner<\/em>\u00a0\u00bb dit un m\u00e8me de source incertaine devenu viral sur les r\u00e9seaux sociaux. Le d\u00e9veloppement au long cours des athl\u00e8tes, donc. \u00c0 Montr\u00e9al, cela fait pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies que le sujet est \u00e0 l\u2019ordre du jour. Le postulat\u00a0: <strong>que faut-il mettre en place \u00e0 chaque \u00e9tape de son d\u00e9veloppement pour donner \u00e0 un enfant la meilleure chance de s\u2019engager durablement dans une activit\u00e9 physique b\u00e9n\u00e9fique pour sa sant\u00e9\u00a0? Et, pour ceux qui sortent du lot, les meilleures chances de r\u00e9ussite sportive\u00a0?<\/strong> Sur place, l\u2019interlocuteur de r\u00e9f\u00e9rence est l\u2019ancien international polonais Andrzej Sadej. \u00c0 soixante-cinq ans, celui qui fut quatre fois m\u00e9daill\u00e9 europ\u00e9en entre 1981 et 1987 avoue en souriant s\u2019int\u00e9resser \u00e0 cette th\u00e9matique depuis \u00ab\u00a0<em>grosso modo<\/em> <em>[ses] d\u00e9buts dans le judo<\/em>\u00a0\u00bb. Sa carri\u00e8re sportive termin\u00e9e, l\u2019ancien -78 kg a d\u2019abord roul\u00e9 sa bosse en Allemagne avant d\u2019atterrir en territoire unifoli\u00e9. Entra\u00eeneur de 1991 \u00e0 1993 puis <em>head coach<\/em> de 1993 \u00e0 1996, il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 directeur sportif, une fonction qu\u2019il a cumul\u00e9e, de 2003 \u00e0 2009, avec celle de directeur g\u00e9n\u00e9ral. Il est depuis 2014 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00e9quipe paralympique. Et coordonne en parall\u00e8le le Programme national de certification des entra\u00eeneurs ainsi que le D\u00e9veloppement \u00e0 long terme des athl\u00e8tes, donc. Un interlocuteur incontournable pour appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 de cette nation qui, avant la pand\u00e9mie, comptait trois-cent-quatre-vingt-dix clubs et vingt-deux mille licenci\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ce qui frappe imm\u00e9diatement au Canada, c\u2019est la taille du pays, et donc la vari\u00e9t\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s et des situations, <\/em>resitue Andrzej Sadej.<em> Ayant grandi en Europe de l\u2019Est \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Rideau de fer, j\u2019observe aussi qu\u2019en d\u00e9mocratie les choses ne s\u2019imposent pas verticalement. Il est fondamental de respecter la sensibilit\u00e9 et le libre-arbitre des personnes. S\u2019agissant des judokas d\u2019ici, la grande difficult\u00e9 r\u00e9side dans le fait de parvenir \u00e0 exister aux c\u00f4t\u00e9s des sports professionnels. La reconnaissance sociale est inversement proportionnelle aux efforts fournis pour se hisser au plus haut niveau. Il faut une grande motivation int\u00e9rieure pour r\u00e9ussir \u00e0 faire son trou. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1976, le Canada sort de \u00ab&nbsp;ses&nbsp;\u00bb Jeux olympiques d\u2019\u00e9t\u00e9 de Montr\u00e9al au vingt-septi\u00e8me rang des nations. Trois-cent-quatre-vingt-cinq engag\u00e9s pour six m\u00e9dailles de bronze, cinq d\u2019argent mais aucune d\u2019or \u2013 une triste premi\u00e8re pour un pays organisateur. Alors, lorsqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es deux mille, Vancouver se voit attribuer l\u2019organisation des Jeux olympiques d\u2019hiver 2010, le gouvernement entend cette fois ne pas rentrer bredouille. En France, la s\u00e9quence rappelle celle de 1960 autour du Pr\u00e9sident Charles de Gaulle et de son secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux sports Maurice Herzog, lors du fameux remontage de bretelles administratif et culturel qu\u2019avait v\u00e9cu le sport fran\u00e7ais au retour de JO de Rome achev\u00e9s au vingt-cinqui\u00e8me rang des nations avec trois m\u00e9dailles de bronze, deux d\u2019argent et z\u00e9ro titre pour deux-cent-trente-sept engag\u00e9s. Cette fois ce sont soixante-six disciplines soutenues par le minist\u00e8re des Sports canadien qui se voient invit\u00e9es \u00e0 plancher sur le mod\u00e8le id\u00e9al de d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de leurs propres pratiquants, dans un contexte occidental o\u00f9 l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 et l\u2019inactivit\u00e9 gagnent chaque ann\u00e9e du terrain. Un vrai changement de cap pour un pays qui, dans les ann\u00e9es soixante-dix et quatre-vingts, avait tent\u00e9 de s\u2019inspirer de ce qui se faisait en URSS et en Allemagne de l\u2018Est puis, au tournant du mill\u00e9naire, s\u2019\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 de pr\u00e8s au mod\u00e8le australien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sch\u00e9ma de r\u00e9f\u00e9rence comprend sept \u00e9tapes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Avant huit ans&nbsp;: des d\u00e9buts actifs&nbsp;;<\/li><li>Entre huit et dix ans&nbsp;: s\u2019amuser gr\u00e2ce au sport&nbsp;;<\/li><li>Entre dix et douze ans&nbsp;: apprendre \u00e0 s\u2019entra\u00eener&nbsp;;<\/li><li>Entre douze et quatorze puis quatorze et seize ans&nbsp;: s\u2019entra\u00eener \u00e0 s\u2019entra\u00eener&nbsp;;<\/li><li>Entre seize et dix-huit ans&nbsp;: s\u2019entra\u00eener \u00e0 la comp\u00e9tition&nbsp;;<\/li><li>Entre dix-huit et vingt-et-un ans puis les ann\u00e9es seniors&nbsp;: s\u2019entra\u00eener \u00e0 gagner&nbsp;;<\/li><li>Au-del\u00e0&nbsp;: \u00eatre actif pour la vie.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ces sept \u00e9tapes doivent prendre en compte dix facteurs, auxquels il faut ajouter deux annexes incluses dans le r\u00e9f\u00e9rentiel officiel, permettant aux femmes et aux hommes de proc\u00e9der \u00e0 une auto-\u00e9valuation de l\u2019\u00e9tat d\u2019avancement de leur pubert\u00e9. Les dix facteurs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Les aptitudes physiques<\/li><li>La sp\u00e9cialisation<\/li><li>L\u2019\u00e2ge<\/li><li>La capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019entra\u00eener<\/li><li>Le d\u00e9veloppement intellectuel, \u00e9motionnel et moral<\/li><li>L\u2019excellence prend du temps<\/li><li>Le bon dosage<\/li><li>La comp\u00e9tition<\/li><li>Les capacit\u00e9s d\u2019int\u00e9gration et d\u2019alignement avec le syst\u00e8me<\/li><li>L\u2019am\u00e9lioration permanente<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>En judo, Andrzej Sadej sonde quelques cent vingt entra\u00eeneurs du pays et de nombreux confr\u00e8res \u00e9trangers de sa g\u00e9n\u00e9ration. En 2005, le fruit de ses observations et pr\u00e9conisations est valid\u00e9 en comit\u00e9 de relecture et r\u00e9uni dans un document de synth\u00e8se intitul\u00e9 <em>Taking it to the Mat<\/em>. Autour d\u2019une identification des \u00ab&nbsp;<em>bons endroits<\/em>&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;<em>bons programmes<\/em>&nbsp;\u00bb et des \u00ab&nbsp;<em>bonnes personnes&nbsp;<\/em>\u00bb, l\u2019objectif de Sports Canada est noble&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;<em>Construire une nation saine et en forme pour la vie&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong>. Plus prosa\u00efquement, l\u2019enjeu est aussi la r\u00e9tention des jeunes pratiquants. Malgr\u00e9 des vagues aujourd\u2019hui estim\u00e9es \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>cinq ou six mille nouveaux inscrits chaque ann\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb sur la tranche d\u2019\u00e2ge des 8-12 ans, \u00ab&nbsp;<em>80 % des d\u00e9butants ne d\u00e9passent pas le stade de la pr\u00e9-sp\u00e9cialisation<\/em>&nbsp;\u00bb, comme le rappellera en f\u00e9vrier 2022 Nicolas Brisson &#8211; alors directeur des programmes des \u00e9v\u00e8nements nationaux de Judo Canada, l\u2019ancien international fran\u00e7ais anime ce jour-l\u00e0 un webinaire pour pr\u00e9senter les grandes lignes de ce qui constitue d\u00e9j\u00e0 la V3 du r\u00e9f\u00e9rentiel de 2005.<\/p>\n\n\n\n<p>Les leviers sont connus mais cela va encore mieux en le (re)disant&nbsp;: proposer des structures et un encadrement de qualit\u00e9, des cours s\u00e9curis\u00e9s o\u00f9 l\u2019inclusion est un enjeu non n\u00e9gociable, et la confiance et la motivation sont sans cesse encourag\u00e9es\u2026 Mesurer la progression davantage que la performance, \u00eatre attentif \u00e0 la croissance et \u00e0 l\u2019alimentation, apprendre \u00e0 communiquer avec les m\u00e9dias\u2026 Parmi les variables d\u2019ajustement, le d\u00e9coupage par tranches d\u2019\u00e2ge. Donn\u00e9 \u00e0 titre indicatif, il offre un rep\u00e8re clair \u00e0 l\u2019enseignant quant au degr\u00e9 d\u2019investissement demand\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant \u00e0 un \u00e2ge donn\u00e9. Un plancher d\u2019exigences minimum requises mais, aussi et surtout, un plafond au-del\u00e0 duquel il est urgent d\u2019attendre un peu avant d\u2019y aventurer l\u2019\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il ne faut pas n\u00e9gliger la complexit\u00e9 de la progression judo, <\/em>rappelle Andrzej Sadej<em>. En aviron, en cyclisme f\u00e9minin, certains sont arriv\u00e9s au tr\u00e8s haut niveau olympique apr\u00e8s quelques mois de pratique seulement. En judo c\u2019est impossible<\/em> <em>car beaucoup de param\u00e8tres interagissent.<\/em> <em>Par ailleurs, quatre-vingt-dix pour cent de nos professeurs sont des volontaires et, si nous regardons chez nos voisins des \u00c9tats-Unis, il<\/em>&nbsp;<em>appara\u00eet que la quasi-totalit\u00e9 des m\u00e9daill\u00e9s aux Jeux olympiques ont une famille qui baigne d\u00e9j\u00e0 dans le judo. \u00catre judoka, c\u2019est donc aussi s\u2019inscrire dans une culture. C\u2019est la raison pour laquelle la mise en \u0153uvre de ces pr\u00e9conisations f\u00e9d\u00e9rales d\u00e9pend aussi du bon vouloir des clubs, des provinces et des associations territoriales. Ce cadre pos\u00e9, nous pouvons ensuite avancer sur les notions de plafonnement, de marge de progression, de freins et de motivation, que celle-ci soit intrins\u00e8que ou extrins\u00e8que. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les diff\u00e9rentes options propos\u00e9es lors de la septi\u00e8me et ultime \u00e9tape du r\u00e9f\u00e9rentiel \u2013 Judo pour la vie -, il est symptomatique de se souvenir que, lors des balbutiements du circuit international v\u00e9t\u00e9ran, nombre de judokas canadiens se sont distingu\u00e9s. La reprise en main de ce circuit par l\u2019IJF, sa structuration et son ouverture \u00e0 une concurrence plus vari\u00e9e, ont entra\u00een\u00e9 proportionnellement un net recul du nombre d\u2019engag\u00e9s canadiens. Quand le niveau d\u2019ensemble monte, tout le challenge est de parvenir \u00e0 monter le sien\u2026 \u00e0 condition d\u2019avoir appris \u00e0 le faire. \u00ab&nbsp;<em>La comp\u00e9tition n\u2019est pas tout et c\u2019est l\u00e0 aussi une \u00e9volution int\u00e9ressante,<\/em> sourit Andrzej Sadej. <em>Il y a l\u00e0 un monde d\u2019\u00e9cart avec mon enfance en Pologne o\u00f9, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, seul le r\u00e9sultat compte et o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 devenir un champion\u2026 mais pas forc\u00e9ment \u00e0 devenir un adulte.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>3\/5 &#8211; Au Japon, des r\u00e9sultats en trompe-l\u2019\u0153il<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La terre-m\u00e8re de la discipline doit composer depuis plusieurs ann\u00e9es avec un paradoxe de taille. \u00c0 mesure que sa mainmise sur le circuit international devient implacable \u2013 neuf titres sur quatorze cat\u00e9gories individuelles aux JO 2021, neuf autres aux championnats du monde juniors en octobre 2023 -, le pays du Soleil levant voit le nombre de ses licenci\u00e9s d\u00e9cro\u00eetre \u00e0 vitesse grand V, passant sur la seule derni\u00e8re d\u00e9cennie de deux-cent-six-mille \u00e0 cent-vingt-deux-mille personnes. Sit\u00f4t les derniers JO de Tokyo termin\u00e9s, un comit\u00e9 de r\u00e9flexion sur l\u2019avenir du judo national est mis en place autour de Kosei Inoue, c\u0153ur et \u00e2me de deux olympiades marqu\u00e9es comme jamais \u00e0 l\u2019international par le renouveau total de l\u2019aura nippone. Le docteur Takinori Ishii, vice-pr\u00e9sident de ce comit\u00e9, planche alors pendant un an sur la question du d\u00e9veloppement \u00e0 long terme des athl\u00e8tes, aux c\u00f4t\u00e9s de son homologue Katsuhiro Koyama de l\u2019universit\u00e9 Yamanashi Gakuin. Les deux hommes livrent leurs travaux au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019objectif affich\u00e9 de ce comit\u00e9 est de trouver une parade pour endiguer le s\u00e9v\u00e8re d\u00e9clin du judo japonais<\/em>, confirme le docteur Ishii. <em>Les m\u00e9dailles olympiques sont une chose. Se souvenir que le judo est plus profond que la comp\u00e9tition en est une autre.<\/em>&nbsp;\u00bb Un v\u0153u qui n\u2019est pas sans rappeler des mots prononc\u00e9s jadis par le dixi\u00e8me dan Ichiro Abe (1922-2022)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Avec les Jeux, il n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 question d\u2019autre chose que de sport, de performance. D\u2019abord, tout le monde ne peut pas \u00eatre champion, ensuite le judo est plus grand que cela. Le judo, c\u2019est l\u2019\u00e9ducation d\u2019un homme.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet instant de la d\u00e9marche, les sources d\u2019inspiration sont finalement assez rares. Celles qui existent ont en commun d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement \u00e9labor\u00e9es, \u00e0 l\u2019instar du programme australien FTEM (<em>Foundations Talent Elite and Mastering<\/em>) ou de ce qui se fait du c\u00f4t\u00e9 des \u00c9tats-Unis, de la Grande-Bretagne et, forc\u00e9ment, du Canada. \u00ab\u00a0<em>Au Japon<\/em>, poursuit le docteur Ishii, <em>seul l\u2019athl\u00e9tisme a, \u00e0 ma connaissance, travaill\u00e9 sur un programme de d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de ses athl\u00e8tes<\/em>. <em>Les<\/em> <em>tranches d\u2019\u00e2ge<\/em> <em>que nous avons s\u00e9lectionn\u00e9es<\/em> <em>sont purement indicatives, par exemple. Elles sont au nombre de six et commencent par la p\u00e9riode comprise entre la naissance et l\u2019\u00e2ge de cinq ans, une p\u00e9riode qui doit \u00eatre d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9veil et au plaisir simple d\u2019\u00e9voluer sur un tatami. L\u2019important est que les professeurs soient sensibilis\u00e9s \u00e0 ces donn\u00e9es-l\u00e0.\u00a0\u00bb <\/em>Le document d\u00e9taille les \u00e9tapes conduisant aux habilet\u00e9s physiques, psychologiques, sociales et cognitives, et cite <em>in extenso<\/em> ce paragraphe martial tir\u00e9 du livre <em>Judo, un sport et un art de vivre<\/em> de Michel Brousse et David Matsumoto : \u00ab\u00a0<em>Le judo enseigne \u00e0 ceux qui l\u2019\u00e9tudient les notions de l\u2019\u00e9thique, du comment vivre et du sens de l\u2019existence. Avec le judo, ils apprennent \u00e0 contr\u00f4ler leurs \u00e9motions, leurs d\u00e9sirs et leur excitation. Ils apprennent les valeurs de la patience, du respect, de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 et de la discipline. Ceux qui apprennent le judo d\u00e9veloppent une remarquable \u00e9thique de travail ainsi qu\u2019un sens important du savoir-vivre et de l\u2019\u00e9tiquette. Ils apprennent \u00e0 d\u00e9passer leurs peurs et \u00e0 faire preuve de courage sous la pression. \u00c0 travers la comp\u00e9tition et une pratique quotidienne rigoureuse, ils apprennent la justice et l\u2019\u00e9quit\u00e9. \u00c0 travers leurs exp\u00e9riences, ils apprennent la politesse, l\u2019humilit\u00e9 et bien d\u2019autres valeurs qui leur seront utiles pour r\u00e9ussir en soci\u00e9t\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb Difficile de ne pas \u00eatre fier d\u2019\u00eatre judoka apr\u00e8s avoir lu cela\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Justin Fumiya Imagawa, responsable des \u00e9v\u00e8nements internationaux \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration nippone de judo (AJJF), plusieurs param\u00e8tres doivent \u00eatre gard\u00e9s \u00e0 l\u2019esprit \u00e0 propos de ce qui a, \u00e0 terme, vocation \u00e0 s\u2019appeler le \u00ab&nbsp;<em>Grand dessein<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous sommes une \u00eele en plein d\u00e9clin d\u00e9mographique et avec un taux d\u2019immigration tr\u00e8s faible. La majorit\u00e9 de nos concitoyens ne parle que japonais. Lire et se documenter en langue \u00e9trang\u00e8re est rare, ce qui affecte notre ouverture d\u2019esprit globale. L\u2019autre point de vigilance concerne la baisse globale de pratique du sport \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les \u00e9l\u00e8ves pr\u00e9f\u00e8rent se concentrer sur les mati\u00e8res acad\u00e9miques. En vingt ans, nos championnats des lyc\u00e9es sont pass\u00e9s de soixante-dix mille participants sur l\u2019ensemble du pays \u00e0 dix mille. Il est donc vital que nos enseignants soient en capacit\u00e9 de dispenser un enseignement \u00e0 la fois coh\u00e9rent et consistant.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s avoir longtemps suscit\u00e9 l\u2019admiration plan\u00e9taire sur sa capacit\u00e9 \u00e0 sans cesse imaginer un meilleur \u00ab&nbsp;<em>comment<\/em>&nbsp;\u00bb faire du judo, le Japon remet donc aujourd\u2019hui l\u2019accent sur le \u00ab&nbsp;<em>pourquoi<\/em>&nbsp;\u00bb. Une qu\u00eate de sens qui va de pair avec l\u2019id\u00e9e, si ch\u00e8re \u00e0 Kosei Inoue, de se projeter non pas sur les prochains mois mais bien \u00ab&nbsp;<em>sur<\/em> <em>les cent prochaines ann\u00e9es<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>4\/5 &#8211; Le judo fran\u00e7ais y songe<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La France, deuxi\u00e8me pays du monde en termes de m\u00e9dailles olympiques et mondiales, jouit d\u2019un savoir-faire professoral qui n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer \u2013 lire \u00e0 ce sujet le r\u00e9cent dossier du bimestriel <em>L\u2019Esprit du judo <\/em>consacr\u00e9 \u00e0 ces enseignants fran\u00e7ais dispers\u00e9s aux quatre coins du monde. Force est pourtant de constater que le projet reste pour l\u2019heure \u00e0 l\u2019\u00e9tat de v\u0153u pieu. C\u2019est ce que confirme Fr\u00e9d\u00e9ric Demontfaucon, le directeur de l\u2019Enseignement de la F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de judo et des disciplines associ\u00e9es (FFJDA) depuis ao\u00fbt 2021. M\u00eame au plus fort de sa carri\u00e8re, l\u2019homme qui explique avec douceur aux enfants la dynamique du sutemi en faisant le parall\u00e8le avec \u00ab\u00a0<em>les mouvements vers l\u2019arri\u00e8re du v\u00e9liplanchiste avec sa voile<\/em>\u00a0\u00bb n\u2019a jamais perdu de vue les intentions originelles de Jigoro Kano. Aujourd\u2019hui aux manettes, il a bien saisi l\u2019enjeu et les discours gouvernementaux autour du sport sant\u00e9. Il doit cependant composer avec mille autres urgences f\u00e9d\u00e9rales, en ce premier quart de XXIe si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019approche h\u00e9rit\u00e9e du Bataillon de Joinville et de la culture militaire (\u00ab\u00a0<em>\u00eatre fort pour \u00eatre utile\u00a0<\/em>\u00bb) semble \u00e0 la recherche d\u2019un second souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Cela me fait r\u00e9fl\u00e9chir sur mon propre parcours<\/em>, reconna\u00eet l\u2019ancien -90 kg. <em>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 six ans et suis entr\u00e9 \u00e0 l\u2019INSEP \u00e0 dix-neuf, sans \u00eatre pass\u00e9 par les structures f\u00e9d\u00e9rales entre les deux. Mon professeur m\u2019avait annonc\u00e9 que je n\u2019atteindrais mon top que vers l\u2019\u00e2ge de vingt-sept ou vingt-huit ans, ce qui correspond aux ann\u00e9es o\u00f9 je suis effectivement devenu m\u00e9daill\u00e9 olympique puis champion du monde. C\u2019est comme si les blessures et tous les contretemps que j\u2019avais pu conna\u00eetre avant s\u2019\u00e9taient inscrits dans ce processus.<\/em>&nbsp;\u00bb Tr\u00e8s en phase avec l\u2019id\u00e9e de pratiquer toute sa vie, \u00ab&nbsp;Demontf\u2019&nbsp;\u00bb situe la variable d\u2019ajustement en la capacit\u00e9 du pratiquant \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>moduler l\u2019intensit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb de ses entra\u00eenements. L\u2019approche est pour lui holistique voire multisports, et les leviers se situent autant au niveau de l\u2019encadrement familial que scolaire ou sportif. C\u2019est pourquoi il formule des id\u00e9es pour mettre de la progressivit\u00e9 dans l\u2019\u00e9veil judo et \u00ab&nbsp;<em>faire groupe<\/em>&nbsp;\u00bb, et reste circonspect face \u00e0 un enseignement qui tourne \u00ab&nbsp;<em>trop&nbsp;<\/em>\u00bb autour du seul Tori. \u00ab&nbsp;<em>Pour moi le haut niveau c\u2019est dix ans et la comp\u00e9tition n\u2019est qu\u2019une branche de l\u2019arbre. Valoriser Uke et l\u2019art de la bonne chute renforce la compr\u00e9hension de l\u2019importance du r\u00f4le de partenaire. J\u2019en ai fait maintes fois l\u2019exp\u00e9rience puisque mon sp\u00e9cial \u00e9tant yoko-tomoe nage, si mon partenaire se r\u00e9ceptionne mal c\u2019est un frein \u00e0 la progression, la sienne comme la mienne. Le judo c\u2019est un tout.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans d\u2019autres sports en revanche, la mue est d\u00e9j\u00e0 en cours, quoi qu\u2019elle s\u2019arr\u00eate souvent au stade de la rampe d\u2019acc\u00e8s au haut niveau. L\u2019apr\u00e8s reste un <em>no man\u2019s land<\/em> qu\u2019il appartient visiblement \u00e0 l\u2019athl\u00e8te d\u2019explorer seul, \u00e0 la fa\u00e7on de cette phrase tir\u00e9e du <em>Petit prince<\/em>, d\u2019Antoine de Saint-Exup\u00e9ry&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019avenir, tu ne vas pas le pr\u00e9dire, tu vas le permettre.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, sur la p\u00e9riode d\u2019\u00e2ge allant de six \u00e0 dix-neuf ans, la toute puissante F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de football et ses deux millions deux cent vingt mille licenci\u00e9s propose un Programme \u00e9ducatif f\u00e9d\u00e9ral d\u00e9clin\u00e9 en six th\u00e9matiques (culture foot, environnement, engagement citoyen, fair-play, sant\u00e9, r\u00e8gles du jeu et de l\u2019arbitrage). Objectif avou\u00e9&nbsp;? D\u00e9cloisonner les connaissances du jeune pratiquant et l\u2019\u00e9veiller \u00e0 des enjeux plus vastes.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2023, la F\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise de tennis (un million cent mille licenci\u00e9s) a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 son <em>aggiornamento<\/em>. En cause, la difficult\u00e9 r\u00e9currente des joueurs professionnels fran\u00e7ais \u00e0 faire leur trou sur le circuit international et \u00e0 atteindre la fameuse seconde semaine des tournois du Grand Chelem. Un \u00ab&nbsp;<em>parcours vers le haut niveau<\/em>&nbsp;\u00bb pour les 5-15 ans puis, pour les profils jug\u00e9s aptes, un groupe \u00ab&nbsp;<em>Haut niveau<\/em>&nbsp;\u00bb pour les 16-21 ans. Gilles Moretton, pr\u00e9sident de la FFT, d\u00e9taille cette organisation dans le quotidien <em>Ouest-France <\/em>du 18 septembre 2023&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>D\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, il faut qu\u2019on inculque la responsabilisation aupr\u00e8s des jeunes et des parents, du fait que chacun doit \u00eatre ma\u00eetre de son projet. L\u2019ambition de devenir n\u00b01 est une ambition personnelle, \u00e7a ne peut pas \u00eatre l\u2019ambition de la F\u00e9d\u00e9ration. Mais \u00e7a, \u00e7a doit se travailler d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La tendance concerne donc essentiellement les sports professionnels et\/ou collectifs \u2013 ou \u00ab\u00a0dits\u00a0\u00bb collectifs, attendu que m\u00eame les sports dits \u00ab\u00a0individuels\u00a0\u00bb ont souvent besoin de l\u2019\u00e9mulation de partenaires. Elle conserve ceci de particulier qu\u2019elle regarde davantage le versant comp\u00e9tition, avec force datas, camemberts et graphiques savants. Elle va jusqu\u2019\u00e0 creuser des notions comme le <em>scanning<\/em> (comptabiliser le nombre de regards p\u00e9riph\u00e9riques avant une prise de balle et donc une prise de d\u00e9cision), le <em>bio-branding<\/em> (adapter l\u2019entra\u00eenement des jeunes en fonction de leur \u00e9volution physiologique) ou les polymathes (ces experts qui ont su prendre du recul sur leur domaine de sp\u00e9cialit\u00e9 et s\u2019int\u00e9resser \u00e0 d\u2019autres facteurs de la performance pour augmenter leur pertinence).<\/p>\n\n\n\n<p>Concurrence oblige, l\u2019entonnoir qui m\u00e8ne \u00e0 la performance oblige tr\u00e8s t\u00f4t les encadrants \u00e0 faire le distingo entre \u00ab&nbsp;a<em>voir du potentiel<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>\u00eatre un potentiel<\/em>&nbsp;\u00bb. Ainsi, lors d\u2019un s\u00e9minaire sur la d\u00e9tection au sein des f\u00e9d\u00e9rations organis\u00e9 en mai 2023 \u00e0 l\u2019INSEP de Vincennes, S\u00e9bastien Ratel, enseignant-chercheur en physiologie de l\u2019exercice musculaire chez l\u2019enfant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Clermont-Ferrand, situe le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre en \u00ab&nbsp;<em>la capacit\u00e9 de traduire une capacit\u00e9 prometteuse en comp\u00e9tences, en r\u00e9sultats et en performances<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour ce faire, un certain nombre de cases incontournables sont \u00e0 cocher&nbsp;: d\u00e9velopper les habilet\u00e9s motrices et perceptivo-cognitives, \u00e9viter la sp\u00e9cialisation h\u00e2tive, adapter la charge de travail \u00e0 l\u2019\u00e2ge biologique et au sexe, planifier correctement le calendrier des comp\u00e9titions, etc. Nous sommes ici \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re de la devise h\u00e9doniste et gauloise du neurologue Boris Cyrulnik dans son essai au titre-manifeste <em>J\u2019aime le sport de petit niveau<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le rugby, c\u2019est une heure et demie de match, trois heures de restaurant et une semaine de vantardise.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>5\/5 &#8211; Ailleurs, d\u00e9j\u00e0 des pistes<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9v\u00e8nement plus bouleversant dans une vie que la naissance \u00e0 soi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, disait l\u2019\u00e9crivain Charles Juliet. Cette approche holistique prend parfois des formes inattendues, parfois empiriques, parfois tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9es. Ainsi, lors d\u2019un reportage \u00e0 Cuba au lendemain des JO de Londres, avions-nous eu la surprise de voir d\u00e9barquer sur le tatami du centre d\u2019entra\u00eenement de Cerro Pelado la -57 kg Yurisleidis Lupetey, tauli\u00e8re de la cat\u00e9gorie depuis une d\u00e9cennie mais qui venait d\u2019officialiser sa retraite. \u00c0 la question \u00ab&nbsp;<em>que fais-tu en judogi \u00e0 trottiner au bord du tapis, deux mois apr\u00e8s avoir fait tes adieux&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb, la championne du monde 2001 et m\u00e9daill\u00e9e olympique 2004 avait alors \u00e9voqu\u00e9 une directive gouvernementale appel\u00e9e <em>desentranamiento<\/em>. Selon cette directive, nous expliqua-t-elle alors, \u00ab&nbsp;<em>un athl\u00e8te en fin de carri\u00e8re a l\u2019obligation de maintenir une assiduit\u00e9 \u00e0 l\u2019entra\u00eenement pendant une dur\u00e9e pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 une saison suppl\u00e9mentaire, tout en baissant progressivement l\u2019intensit\u00e9 des s\u00e9ances<\/em>.&nbsp;\u00bb L\u2019objectif&nbsp;? Permettre \u00e0 l\u2019organisme de d\u00e9sapprendre peu \u00e0 peu le rythme \u00e9chevel\u00e9 du haut niveau et favoriser ainsi un retour en douceur \u00e0 la vie \u00ab&nbsp;<em>normale&nbsp;<\/em>\u00bb. Des consid\u00e9rations pas si anodines au regard des sp\u00e9cificit\u00e9s d\u2019une discipline comme le judo, li\u00e9es notamment \u00e0 la gestion des descentes au poids&nbsp;\u2013 comment oublier le d\u00e9c\u00e8s en mars 1996, dans la derni\u00e8re ligne droite qualificative pour les JO d\u2019Atlanta, de l\u2019espoir cor\u00e9en Chung Se-hun&nbsp;? Somm\u00e9 de perdre dans un sauna les derniers de ses huit kilos en trop pour concourir en -65 kg, son c\u0153ur ne r\u00e9sista pas. Il avait vingt-deux ans. \u00ab&nbsp;<em>Chung Se-hun n\u2019ira pas en Am\u00e9rique, <\/em>\u00e9crivit \u00e0 l\u2019\u00e9poque Pascal Ceaux dans le quotidien fran\u00e7ais<em> Le Monde. Il n\u2019ira plus nulle part. Ne fera plus peur \u00e0 personne. Il est mort.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours \u00e0 Cuba, le d\u00e9funt entra\u00eeneur de l\u2019\u00e9quipe f\u00e9minine Ronaldo Veit\u00eda (1947-2022) avait pour habitude de se r\u00e9server le vendredi soir pour aller enseigner aupr\u00e8s d\u2019enfants dans son petit club de quartier. Le but&nbsp;? Ne pas perdre le lien avec la base et rendre concret le r\u00eave olympique pour ces m\u00f4mes. La m\u00eame chose nous fut donn\u00e9e \u00e0 observer en Slov\u00e9nie. Au Judo Klub Sankaku de Celje, l\u2019entra\u00eeneur Marjan Fabjan demande \u00e0 ses athl\u00e8tes, qu\u2019ils soient internationaux ou simple partenaires d\u2019entra\u00eenement, d\u2019aller arbitrer et tenir la table en chaussettes le week-end lors de petits interclubs locaux, \u00ab&nbsp;<em>histoire que mes athl\u00e8tes ne perdent pas le lien avec la r\u00e9alit\u00e9, et que les enfants s\u2019inspirent \u00e0 leur contact.<\/em>&nbsp;\u00bb Ralentir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le rythme pour cultiver l\u2019\u00e9mulation ainsi qu\u2019une attention nouvelle aux autres&nbsp;: la p\u00e9dagogie ne s\u2019arr\u00eate jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles tr\u00e8s diff\u00e9rentes, le judo sud-africain tente lui aussi de s\u2019inscrire dans une d\u00e9marche LTAD, ainsi que le rappelait en 2022 une tr\u00e8s dense contribution de Petrus Louis Nolte et Charl J. Roux, deux universitaires d\u2019\u00c9dimbourg et de Johannesburg, parue dans le n\u00b02 de <em>The Arts and Sciences of judo, le journal interdisciplinaire de la F\u00e9d\u00e9ration internationale<\/em>. En Australie, le r\u00e9f\u00e9rentiel cit\u00e9 par la F\u00e9d\u00e9ration japonaise de judo (vf. <em>supra<\/em>) s\u2019intitule FTEM pour <em>Foundations, Talent, Elite and Mastery<\/em>. Chaque \u00e9tape du parcours de vie d\u2019un sportif s\u2019inscrit dans l\u2019une de ces quatre cases. Il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019aucune tranche d\u2019\u00e2ge n\u2019est cette fois indiqu\u00e9e. Et que la Suisse s\u2019est \u00e9galement dot\u00e9e depuis 2016 d\u2019un programme articul\u00e9 autour du m\u00eame acronyme, mais \u00e0 destination de l\u2019\u00e9lite cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>En Grande-Bretagne, un programme intitul\u00e9 <em>Long Term Player Development<\/em> existe \u00e9galement \u00ab&nbsp;<em>depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise Nigel Donohue, directeur de la performance chez British Judo. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 par le docteur Lisa Allan, actuelle directrice g\u00e9n\u00e9rale de la F\u00e9d\u00e9ration internationale. Le programme comprend six tranches d\u2019\u00e2ge \u00e0 partir de six ans, avec une distinction claire entre les f\u00e9minines et les masculins \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de neuf ans. Ce mod\u00e8le fait lui aussi appara\u00eetre tout ce qui se joue \u00e0 l\u2019adolescence, et l\u2019importance d\u2019avoir un encadrement form\u00e9 \u00e0 la nuance et \u00e0 la complexit\u00e9 du facteur humain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il y a d\u2019ailleurs beaucoup \u00e0 dire sur la fa\u00e7on dont la discipline est incarn\u00e9e par la personne qui la transmet.<\/strong> Il faut lire \u00e0 cet \u00e9gard la tr\u00e8s riche troisi\u00e8me partie du <em>Revers de nos m\u00e9dailles<\/em> de Patrick Roux (pr\u00e9c.), et notamment les pages qu\u2019il consacre \u00e0 Ezio Gamba. De 2013 \u00e0 2021, l\u2019Italien fut son manager au sein de l\u2019\u00e9quipe nationale russe de judo. C\u2019est peu de dire que le Fran\u00e7ais est ressorti grandi de ces ann\u00e9es \u00e0 son contact. \u00ab&nbsp;<em>Respect des personnes<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>calme<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>t\u00eate froide&nbsp;<\/em>\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>s\u00e9r\u00e9nit\u00e9&nbsp;<\/em>\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>coh\u00e9rence<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>planification<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>programmation<\/em>&nbsp;\u00bb, le tout \u00ab&nbsp;<em>afin de construire quelque chose de solide \u00e0 partir de relations saines.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;<em>Il veille en permanence \u00e0 ce que chacun trouve sa place, joue son r\u00f4le et respecte celui des autres, mais aussi [il] prot\u00e8ge constamment son environnement de travail en installant une sorte de parapluie entre l\u2019\u00e9quipe et la gouvernance ou la sph\u00e8re politico-m\u00e9diatique.<\/em>&nbsp;\u00bb Le m\u00eame Ezio Gamba qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a explicitement demand\u00e9 \u00e0 ses entra\u00eeneurs de ne pas tout miser sur les r\u00e9sultats internationaux de leurs cadets et leurs juniors \u2013 cat\u00e9gories d\u2019\u00e2ge o\u00f9 les r\u00e9sultats des judokas russes \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement intimidants. Si l\u2019objectif est de performer au niveau olympique, l\u2019athl\u00e8te doit prendre le temps de cultiver la mani\u00e8re avant le r\u00e9sultat. Et donc accepter de retarder de quelques ann\u00e9es l\u2019\u00e2ge du pic de ses performances, puisqu\u2019il n\u2019en conna\u00eetra peut-\u00eatre pas un second dans sa carri\u00e8re. Une forme de d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de l\u2019athl\u00e8te, en somme.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout doit-il pour autant s\u2019inscrire dans un sch\u00e9ma \u00ab&nbsp;<em>l\u2019enseignant d\u00e9cide, l\u2019athl\u00e8te ex\u00e9cute<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? La r\u00e9alit\u00e9 est plus nuanc\u00e9e. C\u2019est ce que pr\u00f4ne par exemple Claude Fauquet, ancien DTN de la natation fran\u00e7aise et ancien directeur adjoint de l\u2019INSEP. Dans la revue fran\u00e7aise <em>After Foot<\/em> de mai 2023, \u00ab&nbsp;<em>le coach des coaches<\/em>&nbsp;\u00bb (surnomm\u00e9 ainsi en raison de ses r\u00e9flexions souvent tr\u00e8s \u00e9clairantes sur les m\u00e9thodes et enjeux &nbsp;de l\u2019entra\u00eenement et de la performance) se fend par exemple de cette analyse transversale&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Dans le sport, dans l\u2019\u00e9ducation, dans la politique, il y aurait l\u2019autorit\u00e9 qui d\u00e9cide et les autres qui font. Il y aurait des sachants et les autres, qui mettent en \u0153uvre ce que les sachants disent de faire. L\u2019autorit\u00e9 ne se comprend que de mani\u00e8re verticale. Or, quand les joueurs baignent dans un environnement o\u00f9 ils ne sont que les ex\u00e9cutants, ils finissent par n\u2019\u00eatre que des ex\u00e9cutants. Jusqu\u2019\u00e0 \u2018ex\u00e9cuter\u2019 leurs entra\u00eeneurs&nbsp;: \u2018Tu me dis ce que je dois faire et puisque ce que je dois faire ne fonctionne pas, tu en es responsable. On va donc se d\u00e9brouiller pour que tu ne sois plus l\u00e0.\u2019 Ce sont les joueurs qui cr\u00e9ent les conditions du changement de conception. Comment cr\u00e9e-t-on les conditions pour qu\u2019ils deviennent acteurs et responsables de leur jeu&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 que les entra\u00eeneurs sont essentiels. Ils sont porteurs d\u2019une culture du jeu con\u00e7u comme un accompagnement des athl\u00e8tes dans leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre eux-m\u00eames leurs probl\u00e8mes. Comme le th\u00e9\u00e2tre ou la po\u00e9sie, le sport est une forme humaine de cr\u00e9ativit\u00e9. C\u2019est un vrai travail \u00e0 mettre en \u0153uvre pour cr\u00e9er les conditions dans lesquelles les responsabilit\u00e9s se jouent, s\u2019expriment, dans un monde o\u00f9 on a plut\u00f4t tendance \u00e0 faire l\u2019inverse.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 moins\u2026 \u00c0 moins que tout ne soit finalement bien plus simple. Dans des notes \u00e0 ce jour in\u00e9dites d\u2019un entretien pour un article publi\u00e9 en mai 2021 sur le pr\u00e9sent blogue (<em>Le judo transpacifique de Yoshihiro Uchida et Hiroshi Nakamura<\/em>), Hiroshi Nakamura, le plus japonais des judokas canadiens, nous confirma ainsi des observations d\u00e9j\u00e0 diss\u00e9min\u00e9es sur d\u2019autres supports, \u00e0 savoir les ingr\u00e9dients n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019obtention d\u2019une m\u00e9daille&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il faut l\u2019amour du judo, un soutien familial, savoir jusqu\u2019o\u00f9 le premier professeur a enseign\u00e9 les bases et d\u00e9finir jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019athl\u00e8te veut se rendre. \u00c0 cela il convient d\u2019ajouter du travail, du talent et, dans deux ou trois pour cent des cas, de la chance ou une intervention divine.<\/em>&nbsp;\u00bb Pour convertir l\u2019ensemble au d\u00e9veloppement \u00e0 long terme, il ne manque en d\u00e9finitive que la constance du jardinier, la fiabilit\u00e9 des outils et la confiance dans le cycle des saisons. En un mot comme en cent&nbsp;: il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 laisser du temps au temps. &nbsp;<strong>\u2013 Anthony Diao.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Penser d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de l\u2019athl\u00e8te (DLTA) c\u2019est penser long, loin, sain et solide. Penser qualit\u00e9, pertinence et globalit\u00e9. 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